{"id":249,"date":"2025-08-16T18:57:54","date_gmt":"2025-08-16T16:57:54","guid":{"rendered":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/?p=249"},"modified":"2025-08-18T10:01:44","modified_gmt":"2025-08-18T08:01:44","slug":"a-quoi-pense-la-litterature-de-jeunesse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/08\/16\/a-quoi-pense-la-litterature-de-jeunesse\/","title":{"rendered":"\u00c0 quoi pense la litt\u00e9rature de jeunesse ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7fc9ad26cc135bfa3e33b10f66c4fbe4\">Professeure des Universit\u00e9s en philosophie et sciences de l\u2019\u00e9ducation et titulaire de la chaire Unesco \u00ab&nbsp;Pratiques de la philosophie avec les enfants&nbsp;: une base \u00e9ducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale&nbsp;\u00bb, Edwige Chirouter explore, de mani\u00e8re dense, progressive et aussi avec beaucoup de bienveillance et sans dogmatisme, la n\u00e9cessit\u00e9 extraordinaire et surtout, \u00e0 port\u00e9e, qu\u2019il y a \u00e0 philosopher avec les enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-71261e9af47dcd08a7da8349cd7a7048\">S\u2019adressant aux curieuses et curieux et aux professionnel.les de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019enseignement &#8211; mais en tant que toute r\u00e9cente maman, j\u2019en fais par ailleurs une lecture que je sens aussi m\u2019\u00eatre &nbsp;adress\u00e9e -, l\u2019ouvrage<em> \u00c0 quoi pense la litt\u00e9rature de jeunesse&nbsp;? Des enfants, des questions, des histoires<\/em> (L\u2019Ecole des lettres, 2025) est une enqu\u00eate historique et de terrains qui aborde la relation \u00e9vidente mais aussi curieusement maintenue <em>inou\u00efe<\/em>, entre l\u2019enfance et la philosophie, qui se r\u00e9v\u00e8le et se nourrit par la m\u00e9diation du livre jeunesse. Avec cette mise sous silence d\u2019une relation pourtant rayonnante, quand l\u2019exp\u00e9rience, &#8211; qu\u2019elle soit professionnelle et\/ou intime -, montre \u00e0 l\u2019inverse les grands \u00e9tonnement et curiosit\u00e9 des enfants devant le monde, je comprends que la pens\u00e9e est alors, sur ce terrain comme en d\u2019autres, prise au pi\u00e8ge d\u2019impens\u00e9s qui biaisent le raisonnement et, par voie de fait, les enseignements qui peuvent en d\u00e9couler. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-55566206cca07c80e3de1b745047359f\">Si cette note de lecture n\u2019a pas vocation \u00e0 proposer une synth\u00e8se savante ou exhaustive de ce travail, elle a n\u00e9anmoins l\u2019objectif de rendre compte d\u2019un regard, en l\u2019occurrence non \u00e0 ce jour de chercheuse mais de praticienne, form\u00e9e sur un terrain certes, mais pas encore sur le plan universitaire, aux sciences de l\u2019\u00e9ducation &#8211; le master concern\u00e9 n\u2019existait pas l\u2019ann\u00e9e de mon concours mais je suis tr\u00e8s heureuse de prochainement initier un parcours dans ce champ.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"466\" height=\"653\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-37.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-277\" style=\"width:242px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-37.png 466w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-37-214x300.png 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 466px) 100vw, 466px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Edwige Chirouter, <em>\u00c0 quoi pense la litt\u00e9rature de jeunesse&nbsp;? Des enfants, des questions, des histoires<\/em>, L\u2019Ecole des lettres, 2025<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-fcb84dd0469d65b6807367df51ac437d\">D\u2019une part d\u2019abord, enseignante de fran\u00e7ais en lyc\u00e9e depuis un peu + de 10 ans, je me suis souvent demand\u00e9e \u00e0 quoi correspondait une litt\u00e9rature dite<em> de jeunesse<\/em>. De fait dans mes formations et pratiques, le sujet n\u2019est paradoxalement pas vraiment pens\u00e9, et ce m\u00eame si je m\u2019interroge toujours en amont sur les th\u00e9matiques et les mani\u00e8res de les aborder dans les \u0153uvres ainsi que les difficult\u00e9s affectives qu\u2019elles peuvent impliquer. De m\u00eame, si je fr\u00e9quente les biblioth\u00e8ques et observe alors les choix de classement qui peuvent \u00eatre faits dans les rayons et leurs intitul\u00e9s, il reste que j\u2019ai constat\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t que les \u0153uvres que j\u2019\u00e9tudiais avec mes \u00e9l\u00e8ves ne semblaient \u00e0 priori pas entrer dans les cat\u00e9gories du livre jeunesse<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Bien s\u00fbr, mes \u00e9l\u00e8ves sont + \u00e2g\u00e9.es, proches de la majorit\u00e9, donc d\u2019aucuns pourraient me r\u00e9pondre que j\u2019\u00e9tudie par cons\u00e9quent avec elleux une litt\u00e9rature <em>pour adultes<\/em> mais il reste que je pourrais en soi choisir d\u2019\u00e9tudier de la litt\u00e9rature class\u00e9e en <em>young adult<\/em> &#8211; en particulier en seconde, o\u00f9 le programme offre encore la possibilit\u00e9 de choisir les \u0153uvres que l\u2019on souhaite \u00e9tudier en profondeur. Au contraire, sur les \u0153uvres que j&rsquo;\u00e9tudie avec mes classes, &#8211; si je les envisage volontiers \u00e0 parts \u00e9quilibr\u00e9es, donc un peu moins patrimoniales, + matrimoniales et parfois aussi tr\u00e8s visiblement singuli\u00e8res -, un silence sur leur classement, ce qui me faisait d\u00e9duire \u00e0 priori que oui, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 une litt\u00e9rature sous-entendue pour adultes que je faisais d\u00e9couvrir \u00e0 mes classes. Or, un premier pr\u00e9suppos\u00e9 lumineux et rassurant pour moi d\u2019Edwige Chirouter, qui pr\u00e9cise tr\u00e8s t\u00f4t dans son ouvrage que la litt\u00e9rature pour la jeunesse est en fait une litt\u00e9rature qui s\u2019adresse aussi \u00e0 la jeunesse, approche inclusive qui a bien apais\u00e9 mes questionnements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5ee60f6c93f4550fcb58ef60c3458448\">D\u2019autre part, la mati\u00e8re que j\u2019essaie de partager avec mes classes est tr\u00e8s souvent pens\u00e9e dans sa relation conflictuelle avec la philosophie, dont elle constituerait une premi\u00e8re \u00e9tape et qui n\u2019existerait donc pas de mani\u00e8re suffisante et autonome. Si elle peut \u00eatre per\u00e7ue comme artificielle, non pas en raison des enseignant.es qui font battre le c\u0153ur de la mati\u00e8re mais en raison d\u2019une scolarisation des \u0153uvres favoris\u00e9e par les programmes<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, elle peut donc aussi \u00eatre v\u00e9cue comme un tremplin vers ce qui, l\u2019explique de mani\u00e8re tr\u00e8s approfondie Edwige Chirouter, est per\u00e7u comme la mati\u00e8re ultime, le couronnement d\u2019un parcours p\u00e9dagogique obligatoire, &#8211; caract\u00e9ristique qui est un h\u00e9ritage des pens\u00e9es de Platon et de Kant&nbsp;: l\u2019enseignement de la philosophie. Outre cette hi\u00e9rarchisation des 2 disciplines, que je trouve d\u00e9j\u00e0 en soi tr\u00e8s discutable, n\u2019est-ce pas l\u00e0 un paradoxe que ce d\u00e9lai si long alors que les enfants, tr\u00e8s jeunes d\u00e9j\u00e0, s\u2019interrogent et expriment leurs questions et \u00e9tonnement face \u00e0 ce qui constitue la vie&nbsp;? C\u2019est l\u00e0 semble-t-il contribuer \u00e0 accentuer la dimension abstraite de la philosophie et la r\u00e9server d\u2019avance comme un tr\u00e9sor hors de port\u00e9e, ce qui me para\u00eet par d\u00e9finition anti-p\u00e9dagogique&nbsp;: une m\u00e9connaissance peut-\u00eatre mais surtout \u00e0 mon avis une condescendance vis-\u00e0-vis de l\u2019enfance, vue comme p\u00e9riode d\u2019immaturit\u00e9 qui ne saurait donc, \u00e0 priori, aborder des sujets pr\u00e9sum\u00e9s <em>s\u00e9rieux<\/em>. Mais de fait, les enfants nous attendent au tournant et dans la joie, eux qui foisonnent de questions et c\u2019est \u00e0 l\u2019inverse, \u00e0 l\u2019avis d\u2019Edwige Chirouter, davantage notre peur et nos propres tabous d\u2019adultes qui font obstacle \u00e0 des discussions ouvertes avec eux, alors que la fiction est pourtant un m\u00e9dium si porteur.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"699\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-94-699x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-250\" style=\"width:225px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-94-699x1024.png 699w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-94-205x300.png 205w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-94-768x1125.png 768w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-94.png 819w\" sizes=\"auto, (max-width: 699px) 100vw, 699px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-fbd3982998394cd92da42fb36a088eff\">Nathalie Denizot, <em>La Scolarisation des genres litt\u00e9raires, 1802-2010<\/em>, Bruxelles, Peter Lang, coll. \u00ab&nbsp;Th\u00e9oCrit&nbsp;\u00bb, 2013<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-21e26c62e0c57c911b2e1f378065a935\">Un malentendu d\u00e9j\u00e0 donc, que de croire que les enfants ne peuvent pas se confronter \u00e0 des sujets inqui\u00e9tants ou douloureux et en ce sens la sp\u00e9cialiste insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019offrir un espace o\u00f9 exprimer, plut\u00f4t que de mettre sous le tapis des sujets difficiles, qui par ce silence, deviennent + angoissants encore pour les enfants comme pour les adultes. Cela m\u2019\u00e9voque aussi, d\u2019un regard que je comprends comme parall\u00e8le, la confrontation tout \u00e0 fait bienvenue des jeunes lectrices et lecteurs \u00e0 des personnages relevant de la cat\u00e9gorie des <em>m\u00e9chants <\/em>dans les contes. L\u2019importance de cette confrontation a \u00e9t\u00e9 plusieurs fois \u00e9tudi\u00e9e comme n\u00e9cessaire \u00e0 la progression des enfants, par Jo\u00eblle Turin ou, + r\u00e9cemment, par Eva Barcelo-Hermant<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Il s\u2019agirait non pas par l\u00e0 de servir une pens\u00e9e, que je trouve assez brutale et conservatrice, qui verrait dans la confrontation \u00e0 la violence une pr\u00e9paration <em>\u00e0 la vie dure <\/em>et ses maux (pour certains simplement potentiels d&rsquo;ailleurs) \u00e0 venir mais pour nourrir un go\u00fbt du frisson qui s\u2019assouvit dans ce type de lecture, mais de cette peur qui, si elle se vit dans la lecture de fa\u00e7on vive, se vit alors aussi de loin, par le m\u00e9dium et la m\u00e9diation du livre jeunesse, assurant de cette fa\u00e7on un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant. Aussi, malgr\u00e9 les \u00e9preuves v\u00e9cues par les personnages, de l\u2019importance de proposer une fin heureuse, qui permet de ne pas laisser les enfants apeur\u00e9s et enferm\u00e9s dans une fin qui serait alors v\u00e9cue comme un couperet sur le moment et aussi un traumatisme, s\u2019inscrivant alors dans une dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"268\" height=\"425\" src=\"http:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-98.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-261\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-98.png 268w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-98-189x300.png 189w\" sizes=\"auto, (max-width: 268px) 100vw, 268px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-b6e18afecfa5c05f82a1511f0425126c\">Eva Barcelo-Hermant,&nbsp;<em>Contes de loups, contes d\u2019ogres, contes de sorci\u00e8res, la fabrique des m\u00e9chants<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2022<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-fef4a8b1dc474bfa10c560374c452e1c\">Par ailleurs, si la litt\u00e9rature est pens\u00e9e comme une m\u00e9diation pouvant aider \u00e0 une r\u00e9flexion philosophique (ce que la sp\u00e9cialit\u00e9 HLP, Humanit\u00e9s Litt\u00e9rature Philosophie, semble bien prendre en compte), l\u2019autrice a \u00e0 c\u0153ur de bien expliquer qu\u2019une \u0153uvre litt\u00e9raire a une puissance intrins\u00e8que et qu\u2019ainsi, \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature n\u2019a pas besoin de la philosophie pour r\u00e9aliser pleinement [sa] dimension r\u00e9flexive&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Elle s\u2019appuie l\u00e0 sur la pens\u00e9e de Paul Ricoeur, qui \u00ab&nbsp;assigne au texte litt\u00e9raire une v\u00e9ritable sp\u00e9cificit\u00e9 sp\u00e9culative&nbsp;\u00bb et qui affirme en ce sens que <em>Mrs. Dalloway<\/em> illustre moins la philosophie de Bergson que la pens\u00e9e de l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame, singuli\u00e8re \u00e0 <em>Mrs. Dalloway<\/em>. Cette remarque a vraiment fait l\u2019effet d\u2019un choc sur moi car, si quand je me suis par exemple lanc\u00e9e dans la construction d\u2019un projet p\u00e9dagogique autour de la bande dessin\u00e9e je suis vraiment partie de l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9tudier avec les \u00e9l\u00e8ves une BD pour elle-m\u00eame, et non pas comme adaptation d\u2019une autre \u0153uvre relevant d\u2019une litt\u00e9rature + institutionnelle<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, je me rends compte que j\u2019ai d\u00fb tr\u00e8s probablement penser des \u0153uvres litt\u00e9raires comme illustrations de pens\u00e9es philosophiques attribu\u00e9es \u00e0 des philosophes. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-55fcf455406ebdfeff1d6591aa9556e5\">De fait, ce que je trouve tr\u00e8s ambitieux et aussi tr\u00e8s sain dans ce travail de recherche d\u2019Edwige Chirouter est qu\u2019il motive ainsi une prise de conscience de ses propres pratiques d\u2019enseignant.e et de ses propres biais, et que si on en apprend beaucoup<em> sur les enfants, <\/em>l\u2019ouvrage rappelle aussi qu\u2019on apprend beaucoup avec eux et \u00e0 leur contact quotidien. De son c\u00f4t\u00e9, la litt\u00e9rature a cette merveilleuse capacit\u00e9 autant de cr\u00e9er l\u2019identification que d\u2019instaurer une \u00ab distance affective&nbsp;\u00bb qui permet d\u2019envisager avec un recul, + apais\u00e9 que si l\u2019immersion \u00e9tait proprement intime, les grandes questions philosophiques qui nous animent d\u00e8s le + jeune \u00e2ge. A bonne distance aussi l\u2019enseignant, non pas inquisiteur et pourvoyeur vertical de savoir, mais mobilisant une \u00e9nergie remarquable, qui appelle autant de d\u00e9licatesse que de savoir et d\u2019ambition, pour cr\u00e9er un espace et aider, non \u00e0 l\u2019expression d\u2019un relativisme des id\u00e9es, mais \u00e0 de v\u00e9ritables dialogues. La joie est de travailler \u00e0 aider \u00e0 grandir ainsi que d\u00e9fendre avec les enfants comme retrouver pour soi aussi, le cas \u00e9ch\u00e9ant, ce go\u00fbt merveilleux d\u2019explorer et de, pour le moins comme pour le mieux, chercher \u00e0 comprendre ; et voil\u00e0 un espoir vraiment tout de joliesse.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-1eb7dd948ff896b155c5220f1db9bf31\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ph\u00e9nom\u00e8ne qui s&rsquo;\u00e9claire en r\u00e9alit\u00e9, car des \u0153uvres ont \u00e9t\u00e9, par le pass\u00e9, pens\u00e9es pour s\u2019adresser \u00e0 la jeunesse mais celles-ci ont fait l\u2019objet d\u2019une institutionnalisation qui a, \u00e0 mon avis, \u00e9cras\u00e9 cette sp\u00e9cificit\u00e9 au profit de la constitution d\u2019un patrimoine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-0ff505931b301983746d097d91d17cf2\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019\u00e9tudie Nathalie Denizot dans son ouvrage <em>La scolarisation des genres litt\u00e9raires, 1802-2010<\/em>, Bruxelles, Peter Lang, coll. \u00ab&nbsp;Th\u00e9oCrit&nbsp;\u00bb, 2013, et assertion qui me rappelle une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude \u00e0 la maison de&nbsp;Balzac&nbsp;du 17 juin 2022, qui s\u2019intitulait \u00ab&nbsp;Un \u00ab&nbsp;je ne sais quoi de romanesque&nbsp;\u00bb, les enjeux du romanesque balzacien&nbsp;\u00bb. Organis\u00e9e par le groupe international de recherches balzaciennes (GIRB), la journ\u00e9e \u00e9tudiait entre autres les frictions entre romanesque et r\u00e9alisme et la tr\u00e8s belle communication d\u2019Herv\u00e9 Goerger proposait \u00e0 ce titre une lecture renouvelant les r\u00e9ceptions balzaciennes <em>classiques<\/em>, au sens de <em>\u00e9tudi\u00e9es en classe<\/em>, qui m\u2019a ainsi rappel\u00e9e que l\u2019\u00e9cole avait cr\u00e9\u00e9 un \u00ab&nbsp;r\u00e9alisme scolaire&nbsp;\u00bb qui correspondrait, non \u00e0 un mouvement litt\u00e9raire mais \u00e0 une \u00ab&nbsp;vision p\u00e9dagogique du monde&nbsp;\u00bb (Daunay et Denizot), dans l\u2019objectif, entre autres,&nbsp; de r\u00e9pondre \u00e0 des exigences morales &#8211; avec par exemple l\u2019absence dans les manuels d\u2019enseignement, tout au long du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de <em>La Fille aux yeux d\u2019or<\/em>, en raison de la repr\u00e9sentation qu\u2019elle offre du lesbianisme<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-fc1a47fed4f1039c0013171e7de5705c\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jo\u00eblle Turin, <em>Ces livres qui font grandir les enfants, <\/em>Didier jeunesse, 2008, cit\u00e9 par Eva Barcelo-Hermant dans son ouvrage <em>Contes de loups, contes d\u2019ogres, contes de sorci\u00e8res, la fabrique des m\u00e9chants<\/em>, L\u2019Harmattan, 2022<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-df85c3121769f28932ff3ef1581dc0eb\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Edwige Chirouter, <em>A quoi pense la litt\u00e9rature de jeunesse&nbsp;? Des enfants, des questions, des histoires<\/em>, L\u2019Ecole des lettres, 2025, p. 26&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-406d622a8dd488f4beeba3aeeffee9b1\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> M\u00eame si, de fait, la bande dessin\u00e9e aussi se patrimonialise <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9ac00cf961d1ea846fe5a532228b76c6\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeure des Universit\u00e9s en philosophie et sciences de l\u2019\u00e9ducation et titulaire de la chaire Unesco \u00ab&nbsp;Pratiques de la philosophie avec les enfants&nbsp;: une base \u00e9ducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale&nbsp;\u00bb, Edwige Chirouter explore, de mani\u00e8re dense, progressive et aussi avec beaucoup de bienveillance et sans dogmatisme, la n\u00e9cessit\u00e9 extraordinaire et surtout, \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/08\/16\/a-quoi-pense-la-litterature-de-jeunesse\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">\u00c0 quoi pense la litt\u00e9rature de jeunesse ?<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":274,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83],"tags":[89,86,46,85,88],"class_list":["post-249","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-note-de-lecture","tag-contes","tag-enseignement","tag-litterature","tag-litterature-jeunesse","tag-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=249"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":287,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249\/revisions\/287"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media\/274"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=249"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}