{"id":338,"date":"2025-10-30T13:46:17","date_gmt":"2025-10-30T12:46:17","guid":{"rendered":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/?p=338"},"modified":"2026-01-10T21:24:17","modified_gmt":"2026-01-10T20:24:17","slug":"des-sens-des-espoirs-du-sang-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/10\/30\/des-sens-des-espoirs-du-sang-i\/","title":{"rendered":"Des sens &amp; des espoirs du sang (I)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\">Compte-rendu de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude \u00ab\u00a0Sang sensible&nbsp;: couleur, fluide et fonction vitale dans la litt\u00e9rature et les arts (XIX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle)&nbsp;\u00bb (Universit\u00e9 de Bourgogne, 27 avril 2023)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\"><em>Et si toute pens\u00e9e \u00e9tait p\u00e9riodiquement menstru\u00e9e&nbsp;?<\/em> Roseline Lambert, <em>Les Couleurs accidentelles<\/em> (2018), po\u00e9tesse qu\u00e9b\u00e9coise contemporaine<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"342\" height=\"491\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-342\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-1.png 342w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-1-209x300.png 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 342px) 100vw, 342px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a8e5ac6e636ca7bd4c2909cba1ea4472\">C\u2019est dans une ville nouvelle pour moi, Dijon, mythe gastronomique mordant et ville en ce jour toute claire de soleil, qu\u2019a eu lieu le jeudi 27 avril 2023 une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude, tr\u00e8s belle et aussi tr\u00e8s \u00e9tonnante, intitul\u00e9e&nbsp;\u00ab&nbsp;Sang sensible&nbsp;: couleur, fluide et fonction vitale dans la litt\u00e9rature et les arts (XIX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle)&nbsp;\u00bb. Co-organis\u00e9e par le Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures et Vanessa Besand et Ir\u00e8ne Le Roy Ladurie dans la Maison des Sciences de l\u2019Homme \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bourgogne, la journ\u00e9e avait pour projet d\u2019envisager le sang moins dans sa dimension symbolique que dans sa mat\u00e9rialit\u00e9, et ainsi dans ses couleurs, ses textures, ses densit\u00e9s et ses saveurs, tout en maintenant une perspective intens\u00e9ment interdisciplinaire. En effet, il s\u2019agissait de faire rejoindre le texte et l\u2019image, de confronter, dans un jeu d\u2019\u00e9clairage r\u00e9ciproque, culture populaire et culture savante, arts majeurs et arts mineurs, \u00e9tude rigoureuse et des \u0153uvres et du sensible, dans une d\u00e9marche qui a veill\u00e9 \u00e0 \u00eatre fid\u00e8le jusqu\u2019au bout \u00e0 une disponibilit\u00e9 et une ouverture propres aux \u00e9tudes comparatistes et sensorielles. A ce titre, une fois ces derni\u00e8res inscrites dans une g\u00e9n\u00e9alogie et en particulier dans le sillage des historien.nes du sensible anglo-saxon.nes, nous nous sommes toustes engag\u00e9.es avec attention dans une journ\u00e9e qui aura \u00e9t\u00e9, \u00e0 bien des \u00e9gards, riche de mots, de senset d\u2019images, nourrie par des voix au flux g\u00e9n\u00e9reux, et aussi mises en dialogue avec beaucoup de savoir, de nuance et de bienveillance par les organisatrices et mod\u00e9ratrices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c4cabdaff357eb4aaf5888bd1724e6f7\">Pour commencer, la premi\u00e8re partie de la journ\u00e9e, mod\u00e9r\u00e9e par Vanessa Besand, chercheuse en \u00e9tudes culturelles et sp\u00e9cialiste des formes de la fiction romanesque, a envisag\u00e9 le motif du sang dans une perspective essentiellement litt\u00e9raire. Intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Du sang entre les lignes&nbsp;\u00bb, ce premier vaisseau a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de suivre 3 voies.x, d\u2019une rigoureuse et lumineuse po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-714fd4acabaa50f8cad336445262302f\">Ma\u00ebl Baussand (Universit\u00e9 Sorbonne Nouvelle \u2013 Paris 3) a d\u2019abord propos\u00e9 une communication sur les relations entre \u00ab&nbsp;Sang des femmes et romance vampirique&nbsp;\u00bb. Docteure en Litt\u00e9rature G\u00e9n\u00e9rale et Compar\u00e9e, Ma\u00ebl Baussand a consacr\u00e9 sa th\u00e8se \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique des fluides et s\u00e9cr\u00e9tions, &#8211; sang, sperme et lait<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> -, dans la litt\u00e9rature vampirique. L\u2019intervenante a cherch\u00e9 en particulier \u00e0 \u00e9tudier les singularit\u00e9s des figures de vampire d\u00e9clin\u00e9es au f\u00e9minin au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle dans l\u2019\u0153uvre de Bram Stoker, <em>Dracula<\/em> (1897), et de Sheridan Le Fanu, <em>Carmilla<\/em> (1872), puis aux XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, dans les \u0153uvres de Poppy Z. Brite et Angela Carter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-159819762fd6f58522823e92b5fb6f2a\">Partant donc du pr\u00e9suppos\u00e9 du vampire comme d\u2019un <em>monstre menstru\u00e9<\/em>, Ma\u00ebl Baussand a souhait\u00e9 d\u00e9montrer que le sang, omnipr\u00e9sent dans sa plasticit\u00e9 et qui tisse du lien social entre les personnages, traduit et \u00e9claire la pr\u00e9sence du motif sexuel dans la litt\u00e9rature vampirique. Aussi, d\u2019abord dans le + connu <em>Dracula<\/em>, Lucy Vestenra et Mina Harker sont-elles apparues comme des avatars, dont les destin\u00e9es pourtant diff\u00e9rentes trahissent chacune un regard h\u00e9t\u00e9ro-patriarcal puritain pos\u00e9 sur le f\u00e9minin dans la soci\u00e9t\u00e9 anglo-saxonne de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-50850a3bcc263584111de7058e0386d9\">Lucy en l\u2019occurrence est un personnage sensuel, qui a plusieurs pr\u00e9tendants et qui d\u00e9couvre la sexualit\u00e9 en dehors du mariage, et en cela, elle d\u00e9borde des limites de l\u2019acceptable victorien pour une jeune femme de sa condition, ce qui en fait, dans cette grille de lecture, une figure de l\u2019hyst\u00e9rie f\u00e9minine. Aussi les attaques du vampire perp\u00e9tr\u00e9es sur le personnage prennent-elles dans le r\u00e9cit un caract\u00e8re jouissif et expiatoire, car il s\u2019agit de fait de punir Lucy pour sa relation transgressive aux m\u0153urs impos\u00e9es par son \u00e9poque. Toutefois Ma\u00ebl Baussand, s\u2019opposant \u00e0 cette r\u00e9ception canonique qui fait de Lucy Vestenra, la premi\u00e8re mordue par Dracula, une cr\u00e9ature vorace, voit en elle une jeune femme traumatis\u00e9e par un viol destructeur. A ce premier viol, inscrit dans une ritualit\u00e9 monstrueuse, succ\u00e9dera en outre, pour ajouter de l\u2019horreur \u00e0 l\u2019horreur, comme paroxysme sanglant et sexuel, l\u2019empalement de la jeune femme par tous ses pr\u00e9tendants, y compris son fianc\u00e9, Arthur. Dans ce contexte, la bouche rouge de Lucy, d\u00e9goulinante de sang, et qui fait l\u2019objet dans le texte d\u2019une longue description, serait alors l\u2019image du sexe f\u00e9minin violent\u00e9 apr\u00e8s une sc\u00e8ne de viol collectif. Cette observation m\u2019a rappel\u00e9 les sc\u00e8nes de transfusion de Lucy dans l\u2019\u0153uvre, par tous les hommes qui ont pour elle un int\u00e9r\u00eat sexuel, avec en premier Arthur. Episode visiblement pertinent \u00e0 analyser dans ce cadre selon l\u2019intervenante, il confirmerait aussi le puritanisme oppressant qui p\u00e8se sur la figure f\u00e9minine polyandre, qui serait sacrifi\u00e9e pour sa sensualit\u00e9 mais aussi pr\u00e9cis\u00e9ment et possiblement pour cette trop puissante \u00e9jaculation du sang de tous ces hommes qui s\u2019est d\u00e9vers\u00e9e en elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-10438bbc7c75c78027be363627dd2159\">Comme Lucy, la Carmilla de Sheridan Le Fanu est repr\u00e9sent\u00e9e comme un monstre femelle qui a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre en exc\u00e8s de fluide, ph\u00e9nom\u00e8ne lu dans la m\u00e9decine victorienne comme un signe d\u2019homosexualit\u00e9. En l\u2019occurrence, le r\u00e9cit raconte la relation de Carmilla et Laura et le geste rituel de Carmilla, qui, chaque nuit, draine les seins de Laura, et dont la morsure laisse la marque d\u2019un petit point bleu \u00e9voquant le su\u00e7on que la victime r\u00e9pugne \u00e0 montrer \u00e0 son m\u00e9decin &#8211; ce qui pourrait justement r\u00e9v\u00e9ler que celle-ci lui appara\u00eet comme une blessure intime. La bouche de la vampire, organe de connexion amoureuse, plante de fait 2 petits organes \u00e9rectiles dans les seins de Laura et la succube est finalement empal\u00e9e et d\u00e9capit\u00e9e, comme Lucy apr\u00e8s elle, par des hommes, et ainsi donc par les garants de cette soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9ro-patriarcale, qui viennent restaurer l\u2019ordre qui avait \u00e9t\u00e9 subverti et entach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b401c547237d5e93364caf9516c7e177\">A l\u2019oppos\u00e9 de ces cr\u00e9atures d\u00e9monis\u00e9es, le personnage de Mina Harker cr\u00e9\u00e9 par Bram Stoker appara\u00eet \u00e0 Ma\u00ebl Baussand comme l\u2019avatar de la femme mordue id\u00e9alis\u00e9e. La contamination de Mina est en effet + tardive dans le roman, quand les personnages ont pu prendre la mesure des cons\u00e9quences de la morsure du vampire. En dehors de cette chronologie qui la sauve, le r\u00e9cit que fait le personnage des attaques de Dracula est marqu\u00e9 par une tr\u00e8s grande pudeur, qui fait que la morsure est apparent\u00e9e \u00e0 un moment d\u2019extase qui confine \u00e0 une romantisation du viol, d\u2019ailleurs adress\u00e9e \u00e0 un auditoire masculin. Mina se qualifie en particulier de <em>souill\u00e9e <\/em>(<em>uncleaned<\/em>) et la <em>red mark<\/em> qu\u2019elle porte fait par ailleurs l\u2019objet d\u2019une description inhabituelle&nbsp;qui traduit une sacralisation de la morsure et de sa victime&nbsp;: en effet, aux deux marques de longues canines traditionnelles se substitue dans son cas une seule plaie ruisselante, qui n\u2019est pas, d\u2019apr\u00e8s l\u2019intervenante, sans \u00e9voquer les blessures du Christ. Par ailleurs, le refus de toucher et d\u2019\u00eatre touch\u00e9e peut faire \u00e9cho aux tabous associ\u00e9s aux menstrues dans le L\u00e9vitique, et confirme l\u2019inscription de Mina dans la limite des codes moraux victoriens, elle qui a par ailleurs la d\u00e9cence publique d\u2019\u00eatre horrifi\u00e9e de ces marques, qui prennent aussi de cette fa\u00e7on une connotation sexuelle. Il n\u2019en demeure pas moins que, comme pour Lucy, les fluides sanguin et spermatique se m\u00ealent quand nous apprenons dans le r\u00e9cit que Mina met au monde un enfant qui portera le nom de tous les personnages masculins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-45524aecbb9dd48037537d202f75f8a1\">A ces figures d\u2019un f\u00e9minin vampiris\u00e9 dans la litt\u00e9rature gothique du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle s\u2019ajoutent des relectures de la vampire aux XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, propos\u00e9es par Angela Carter dans \u00ab&nbsp;La Dame de la maison d\u2019amour&nbsp;\u00bb (1979), et Poppy Z. Brite dans <em>\u00c2mes perdues<\/em> (1992).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f3e44e68d812548d23f1eb2a37965689\">Les 2 \u0153uvres abordent toujours la figure de la vampire et le motif du sang, mais pour se repositionner par rapport aux canons de victimes f\u00e9minines du vampire. Ainsi, si dans ce r\u00e9cit issu de <em>La Compagnie des loups<\/em>, Angela Carter met en sc\u00e8ne une vampire pr\u00e9datrice, elle repr\u00e9sente celle-ci autant comme une femme fatale que comme une enfant malade, qui s\u2019\u00e9prend d\u2019un jeune homme qu\u2019elle sauve en refusant de se nourrir de son sang. Cette singularit\u00e9 narrative a pour effet d\u2019inviter le lectorat \u00e0 s\u2019interroger sur qui est v\u00e9ritablement, de la vampire ou du jeune homme, la victime dans le r\u00e9cit. D\u2019une autre mani\u00e8re, dans l\u2019\u0153uvre de Poppy Z. Brite, + proche du <em>torture porn<\/em>, &#8211; forme qui sera au c\u0153ur de la derni\u00e8re communication de la matin\u00e9e -, la description des actes sexuels violents des <em>lost souls<\/em> pose la question de la reproduction des vampires en termes sociaux et politiques. En effet, les femmes vampires y sont d\u00e9crites avec une hypersexualit\u00e9 et une hyperfertilit\u00e9 dans une fiction o\u00f9 l\u2019accouchement appara\u00eet comme une punition de la vampire, dans le ventre de laquelle l\u2019embryon agit comme un parasite et fait de la m\u00e8re un h\u00f4te impuissant vou\u00e9 \u00e0 mourir \u00e0 sa naissance. L\u2019accouchement appara\u00eet donc comme un ch\u00e2timent misogyne de l\u2019hypersexualit\u00e9 des \u00e2mes perdues, vou\u00e9es \u00e0 subir la <em>cruaut\u00e9<\/em> de cette mise au monde<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-752bfb1ffda3162a9ada4f05e6303e06\">&nbsp;Le corpus choisi par l\u2019intervenante, dont les enjeux varient en fonction des \u00e9poques et des auteurices, d\u00e9crit donc bien la f\u00e9minit\u00e9 comme fatalit\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 et du monstrueux, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019adh\u00e9rer au clich\u00e9 ou de le r\u00e9\u00e9crire dans un d\u00e9sir de r\u00e9appropriation et de r\u00e9habilitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-744fc4e50a7b747b88c297ed8d42f667\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;*&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-536864c02a453085e4033681c5778eae\">Dans la continuit\u00e9 de cette premi\u00e8re approche, qui aura r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la porosit\u00e9 des mati\u00e8res, la 2<sup>e<\/sup> communication, assur\u00e9e par Manon Raffard (Universit\u00e9 de Bourgogne), \u00e9tait intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Sang et Encens&nbsp;: penser la chair et le sacr\u00e9 dans la culture d\u00e9cadente (1857-1914)&nbsp;\u00bb. R\u00e9dactrice en cheffe de la revue <em>Eclats<\/em> et sp\u00e9cialiste des interactions culturelles entre olfaction et savoirs abstraits \u00e0 la fin du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle et des rapports entre sens olfactif et litt\u00e9rature, l\u2019intervenante a propos\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la place du sang dans l\u2019imaginaire sacr\u00e9, qui contribue \u00e0 faire des rites des exp\u00e9riences aux fronti\u00e8res du surnaturel. Pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette compl\u00e9mentarit\u00e9 peut-\u00eatre inattendue, la chercheuse a propos\u00e9 de fonder sa d\u00e9monstration sur un corpus r\u00e9unissant l\u2019\u0153uvre de Rachilde (pseudonyme de Marguerite Eymery), <em>La Marquise de Sade<\/em> (1887), et <em>Le Martyre de Saint S\u00e9bastien<\/em> (1911) de Gabriele D\u2019Annunzio.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4b95e3b8459a67f884186e389d5181c9\">Manon Raffard a d\u2019abord cherch\u00e9 \u00e0 dresser une historiographie de l\u2019analogie entre les 2 mati\u00e8res convoqu\u00e9es, en d\u00e9pit de leur apparence oppos\u00e9e, &#8211; la premi\u00e8re, le sang, ayant une corporalit\u00e9 affirm\u00e9e tandis que la seconde, l\u2019encens, se caract\u00e9rise \u00e0 l\u2019inverse justement par son intangibilit\u00e9 -, mais qui se rejoignent d\u2019apr\u00e8s l\u2019intervenante dans leur relation au sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2681a712f9bb0942ceabf2c52e29d8ac\">Dans un premier temps en effet, l\u2019intervenante a rappel\u00e9 que la fabrication de l\u2019encens se fait par extraction des r\u00e9sines aromatiques des plantes \u00e0 parfum. Or, le processus d\u2019extraction consiste pr\u00e9cis\u00e9ment en une incision de la plante, et, par analogie, et des processus et des substances, la s\u00e8ve qui s\u2019\u00e9coule de la tige peut sugg\u00e9rer le sang s\u2019\u00e9coulant d\u2019une plaie. Dans un second temps, la sp\u00e9cialiste a insist\u00e9 sur le fait que de nombreuses pratiques liturgiques anciennes int\u00e8grent le sacrifice animal comme partie constitutive du rite et, quand le sang de l\u2019animal coule et nourrit les dieux dans un objectif d\u2019apaisement, l\u2019encens qui accompagne ce geste s\u2019\u00e9l\u00e8ve quant \u00e0 lui vers le ciel, ascendant des mati\u00e8res aromatiques, con\u00e7u lui aussi comme moyen de communiquer avec le divin. Les deux mouvements oppos\u00e9s, descendant et ascendant, finissent de la sorte par converger dans un m\u00eame dessein. Hormis cette signification proprement sacr\u00e9e, l\u2019usage de l\u2019encens dans ce contexte est pens\u00e9 pour temp\u00e9rer l\u2019odeur des chairs br\u00fbl\u00e9es dans certains rites pa\u00efens, et, dans les rites chr\u00e9tiens, pour d\u00e9sodoriser les \u00e9glises, car les corps des d\u00e9funts \u00e9taient enterr\u00e9s sous les pieds des fid\u00e8les. Enfin, l\u2019intervenante a rappel\u00e9 que les 2 mati\u00e8res ont pu \u00eatre r\u00e9put\u00e9es pour leurs vertus th\u00e9rapeutiques, ce qui ach\u00e8ve d\u2019asseoir leur parent\u00e9&nbsp;: ainsi de la vertu prophylactique attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019encens, &#8211; qui cicatriserait les plaies pour emp\u00eacher l\u2019\u00e9coulement du sang selon certaines croyances \u00e0 la Renaissance -, et du sang et de l\u2019encens que l\u2019on trouve comme ingr\u00e9dients dans certaines recettes magiques chez Agrippa, qui d\u00e9montrent un usage commun de ces 2 mati\u00e8res. C\u2019est + tard, \u00e0 partir des Lumi\u00e8res et du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, que se d\u00e9veloppe une nouvelle sensibilit\u00e9 olfactive qui va impliquer le rejet des mati\u00e8res animales, qui rev\u00eatent alors un parfum de scandale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b9f2e2cebcaa91fd83fdb7b000fa6943\">Une fois l\u2019analogie pos\u00e9e dans les imaginaires pa\u00efen et chr\u00e9tien, la chercheuse a propos\u00e9 d\u2019\u00e9tudier quelques avatars litt\u00e9raires pour penser conjointement le corps et le sacr\u00e9. A l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019hygi\u00e9nisme au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle en effet, l\u2019association des 2 mati\u00e8res s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9e dans la litt\u00e9rature d\u00e9cadente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3cb74a1b65d6d698391518875b3362e2\">Le r\u00e9cit de Rachilde, <em>La Marquise de Sade<\/em>, de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, appara\u00eetrait \u00e0 cet \u00e9gard repr\u00e9sentatif. L\u2019\u0153uvre met en sc\u00e8ne Mary Barbe, une enfant \u00e0 qui l\u2019on fait boire du sang d\u2019animaux pour la prot\u00e9ger de la tuberculose. En grandissant, et cons\u00e9quence de cette m\u00e9decine, Mary d\u00e9veloppe une vigueur pens\u00e9e surprenante pour son sexe et exhale une \u00e9trange odeur de r\u00e9s\u00e9da. Ce sang parfum\u00e9, qui fait ainsi d\u2019elle un \u00eatre v\u00e9g\u00e9tal, lui occasionne des d\u00e9boires avec les hommes en lui donnant une force de s\u00e9duction peu commune dont elle n\u2019arrive pas \u00e0 se d\u00e9barrasser. Il s\u2019av\u00e8re par ailleurs que Mary trouve son plaisir dans les incisions qu\u2019elle fait dans le corps de ses amants et dans la vision de leur sang qui coule. C\u2019est ainsi que le personnage d\u00e9veloppe paradoxalement une volupt\u00e9 \u00e0 la fois immorale et mystique, car sans reproduction et sans consommation du p\u00e9ch\u00e9 de la chair. La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Gabriele D\u2019Annunzio, <em>Le Martyre de Saint S\u00e9bastien<\/em>, du premier XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, raconte de son c\u00f4t\u00e9 les souffrances du saint, victime des pers\u00e9cutions de l\u2019empereur Diocl\u00e9tien. Cette \u0153uvre, d\u00e9crite comme un <em>festival des fluides<\/em>, trouve sa source dans un myst\u00e8re m\u00e9di\u00e9val, et en est une r\u00e9\u00e9criture qui assume pleinement les connotations homo\u00e9rotiques du mythe de saint S\u00e9bastien, attach\u00e9 \u00e0 un poteau et transperc\u00e9 de fl\u00e8ches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-04766eb3082f3a79206008842d6c20db\">Les r\u00e9ceptions de ces \u0153uvres en leur temps sont des r\u00e9ceptions outrag\u00e9es, devant cette figure de femme pr\u00e9datrice situ\u00e9e aux limites impos\u00e9es par son si\u00e8cle \u00e0 son sexe et, dans le cas de la r\u00e9interpr\u00e9tation du mythe du saint, en raison d\u2019une profusion de d\u00e9tails li\u00e9s au texte mais \u00e9galement, \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne. En effet pour commencer, ce dernier texte d\u00e9crit les archers qui pers\u00e9cutent le saint comme ses amants, qui le dardent \u00e0 bout portant, et les <em>encore <\/em>r\u00e9p\u00e9t\u00e9s par saint S\u00e9bastien, d\u00e9crit d\u2019ailleurs dans sa beaut\u00e9 \u00e9ph\u00e9bique ambigu\u00eb, sont un cri marqu\u00e9 par une forte connotation \u00e9rotique. De surcro\u00eet, le texte sugg\u00e8re une assimilation du saint \u00e0 Adonis, marque g\u00eanante pour l\u2019Eglise d\u2019un syncr\u00e9tisme religieux entre christianisme et mythologie syrienne et entre sacr\u00e9 et profane. Mais + encore, c\u2019est la mise en sc\u00e8ne qui a \u00e9veill\u00e9 les foudres de l\u2019institution. Sur une composition de Debussy, la chor\u00e9graphie, cr\u00e9\u00e9e par Michel Fokine, &#8211; chor\u00e9graphe des <em>Ballets russes<\/em> de Serge de Diaghilev de 1909 \u00e0 1923 -, \u00e9tait en effet prise en charge par la danseuse Ida Rubinstein, danseuse juive iconique, qui incarnait le r\u00f4le principal. Or, je me disais que la danseuse \u00e9tait alors connue pour avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019interpr\u00e8te de 2 autres figures f\u00e9minines consid\u00e9r\u00e9es comme hors norme&nbsp;: l\u2019<em>Antigone<\/em> de Sophocle \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg (1904) et la <em>Salom\u00e9 <\/em>d\u2019Oscar Wilde, qu\u2019elle cr\u00e9e en russe et pour laquelle elle danse la d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;danse des 7 voiles&nbsp;\u00bb, con\u00e7ue comme anc\u00eatre du <em>strip-tease<\/em>, durant laquelle la danseuse se d\u00e9shabillait enti\u00e8rement. Le choix d\u2019Ida Rubinstein, une femme, une juive, et qui plus est une danseuse, qui posait nue par ailleurs, pour incarner le r\u00f4le de S\u00e9bastien, un homme et un saint, a scandalis\u00e9 le pape au point de voir pleuvoir des menaces d\u2019excommunication sur les t\u00eates des potentiels spectateurs catholiques de la pi\u00e8ce. Le sacr\u00e9 et le corps apparaissaient donc aussi dans cette r\u00e9ception intimement m\u00eal\u00e9s \u2013 aspect qui m\u2019a rappel\u00e9, tr\u00e8s en amont de la litt\u00e9rature d\u00e9cadente et donc bien loin du corpus choisi, les repr\u00e9sentations ambigu\u00ebs de Saint Jean-Baptiste par Caravage.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"616\" height=\"848\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-348\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-3.png 616w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-3-218x300.png 218w\" sizes=\"auto, (max-width: 616px) 100vw, 616px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e28a80097c90027ef36a2f44b31e1ecb\">&nbsp;Pour terminer, Manon Raffard a cherch\u00e9 \u00e0 tisser du lien entre ces croyances ancestrales, qui avaient d\u00e9velopp\u00e9 cette analogie, &#8211; de l\u2019encens et du sang, du chr\u00e9tien et du pa\u00efen, du sacr\u00e9 et du profane -, et des croyances se d\u00e9veloppant dans les cultures occidentales modernes et contemporaines, dans lesquelles pourtant le positivisme est tr\u00e8s fort. Elle s\u2019est en particulier concentr\u00e9e sur une pratique d\u00e9velopp\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux, qui est celle du <em>vabbing<\/em>&nbsp;: contraction de <em>vagina<\/em> et de <em>dabbing <\/em>(\u00ab&nbsp;tamponner&nbsp;\u00bb), cette technique consiste \u00e0 utiliser les fluides vaginaux pour concevoir des parfums. Les fluides sont alors pens\u00e9s comme ingr\u00e9dients puissants pour cr\u00e9er un \u00e9lixir de s\u00e9duction \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 redoutable. L\u2019intervenante a ainsi brillamment cl\u00f4t sa communication sur la long\u00e9vit\u00e9 de la croyance dans certains \u00e9tats de la mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-077678b7f2cb063ddb1c4a7edb4e55cd\">*&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-78256260f8c6d04bcf51d5f6ac66dfea\">Pour continuer de nourrir un flux d\u00e9j\u00e0 vif et nourrissant, Elise Tourte (Universit\u00e9 de Strasbourg) a propos\u00e9 une communication intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Elles r\u00eavent quand elles saignent&nbsp;: figures du sang menstruel chez quelques po\u00e9tesses francophones contemporaines&nbsp;\u00bb. Professeure de Philosophie G\u00e9n\u00e9rale et sp\u00e9cialiste des figures de la distance chez Henri Michaux, l\u2019intervenante s\u2019est en particulier concentr\u00e9e sur les r\u00e9cits et les vertus du sang menstruel. Empruntant le titre de sa communication \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Nikki Tajiri, <em>She dreams when she bleeds&nbsp;: Poems about periods<\/em> (2019), Elise Tourte a souhait\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chir au sang menstruel comme motif po\u00e9tique mais aussi comme exp\u00e9rience influant l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-41e334be83b80ee42c4ec453f6c3105e\">La sp\u00e9cialiste a ouvert sa communication sur une photographie de Marianne Rosenstiehl, <em>Les Limaces<\/em>, photo de l\u2019exposition consacr\u00e9e aux \u0153uvres de la portraitiste, de novembre \u00e0 d\u00e9cembre 2014. Le titre de l\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 choisi en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un emploi du sang f\u00e9minin, notamment en Anjou au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, o\u00f9 le sang des r\u00e8gles \u00e9tait utilis\u00e9 pour \u00e9radiquer les nuisibles dans les champs. Sur cette photographie, un groupe de femmes parcourt un champs, longs jupons soulev\u00e9s laissant voir des jambes nues et ce sang invisible suppos\u00e9 se d\u00e9verser dans la terre pour la pr\u00e9server des limaces, figures auxquelles s\u2019apparentent de fait ces femmes, dont la peau irradie sous la lumi\u00e8re du jour, pench\u00e9es vers la terre et comme alourdies par une honte qui n\u2019est pas la leur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4daf1f3cba96cea75d1f0afbbf9d1dee\">Intitul\u00e9e <em>The Curse (La mal\u00e9diction)<\/em>, l\u2019exposition avait en effet vocation \u00e0 donner \u00e0 voir un paradoxe&nbsp;: celui de l\u2019invisibilit\u00e9 des r\u00e8gles dans les repr\u00e9sentations visuelles, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne physiologique qui participe de la vie intime de la moiti\u00e9 du genre humain&nbsp;\u00bb, \u00e9crit la photographe dans la pr\u00e9sentation du projet de l\u2019exposition. Ainsi, il s\u2019agissait l\u00e0 de s\u2019int\u00e9resser autant \u00e0 ces traces si nettes d\u2019un quotidien, qu\u2019aux traces laiss\u00e9es par ces r\u00e9cits tenaces au fondement des civilisations qui, en pla\u00e7ant le sang menstruel du c\u00f4t\u00e9 de la honte et de l\u2019impur, ont \u00ab&nbsp;fa\u00e7onn[\u00e9] [des] repr\u00e9sentations sociales et intimes et les liens entre hommes et femmes&nbsp;\u00bb. Aussi l\u2019exposition de Marianne Rosenstiehl avait-elle vocation \u00e0 engager la r\u00e9appropriation d\u2019une mal\u00e9diction, un r\u00e9cit du mal dire ou un mauvais r\u00e9cit des r\u00e8gles, parcours qu\u2019a aussi souhait\u00e9 engager Elise Tourte, en concentrant sa communication sur des po\u00e9tesses qui cr\u00e9ent de nouveaux r\u00e9cits sur les r\u00e8gles, sur le sang du f\u00e9minin, par le f\u00e9minin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-12c0bf0555bcb6d8f711d9d68634ef1c\">Pour ce faire, l\u2019intervenante a d\u2019abord cherch\u00e9 \u00e0 reconstruire une bibliographie du sang f\u00e9minin, pour r\u00e9orienter la grille de lecture vers, non plus donc des r\u00e9cits du <em>mal dire<\/em> des r\u00e8gles, mais vers une b\u00e9n\u00e9diction du sang menstruel. La professeure a alors sollicit\u00e9 un r\u00e9pertoire philosophique et po\u00e9tique foisonnant. Camille Froidevaux-Metterie a \u00e9t\u00e9 en ce sens une r\u00e9f\u00e9rence cyclique \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9clairer un rapport au corps f\u00e9minin et au sang en tant que mati\u00e8re. Philosophe et professeure de sciences politiques, Camille Froidevaux-Metterie \u00e9tudie en effet les mutations de la condition f\u00e9minine par le prisme du corps. Ainsi d\u2019abord, la philosophe revient-elle, dans <em>Un corps \u00e0 soi <\/em>(2021), sur le d\u00e9calage entre la banalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience menstruelle et l\u2019absence du motif dans la litt\u00e9rature, paradoxe qui trouve sa formulation pleine dans l\u2019expression <em>en catimini<\/em>, qui dit justement l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue en cachette, mais aussi d\u2019abord, qui signifie en grec, \u00ab&nbsp;de chaque mois&nbsp;\u00bb. Le corps menstru\u00e9 s\u2019inscrirait donc dans la langue autant dans sa pleine pr\u00e9sence calendaire que dans son invisibilit\u00e9. Partant de la r\u00e9\u00e9criture de la formule de Descartes par Nancy Huston, <em>je saigne, donc je suis<\/em><a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, la sp\u00e9cialiste a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer, sous la cotutelle des 2 autrices, fran\u00e7aise et franco-canadienne, la reconstruction \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019un discours h\u00e9t\u00e9ro-patriarcal par des po\u00e9tesses d\u2019expressions francophones, en particulier suisse, canadienne et qu\u00e9b\u00e9coises. Ce choix de francophonies hors m\u00e9tropole m\u2019a sembl\u00e9 tout de suite merveilleusement adapt\u00e9 pour interroger et remettre en perspective un rapport \u00e0 une langue centralis\u00e9e &#8211; fran\u00e7ais de la m\u00e9tropole, qui correspond \u00e0 une langue francilienne. En effet, je me suis dit que ce rapport \u00e0 une langue centralis\u00e9e pourrait \u00eatre compris ici comme m\u00e9taphore pour dire une reconstruction par rapport \u00e0 un discours officiel qui impose un r\u00e9cit depuis un centre, et qui serait alors le discours sur les r\u00e8gles impos\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 phallocrate. Le temps de cette communication a donc \u00e9t\u00e9 \u00e0 mes yeux, de mani\u00e8re exemplaire, celui d\u2019une r\u00e9appropriation d\u2019un langage mais aussi d\u2019une langue sur les r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c2b32896602b7377bf6b57576a69a64d\">Attentive \u00e0 son projet, qui se concentrait sur l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, Elise Tourte a r\u00e9f\u00e9r\u00e9 entre autres au travail de la po\u00e9tesse et artiste visuelle genevoise Carla Demierre et \u00e0 son \u0153uvre <em>L\u2019Ecole de la for\u00eat<\/em> (2023). Ce r\u00e9cit raconte l\u2019histoire de 2 s\u0153urs, Ariole et Bleuet, qui fuient une communaut\u00e9 religieuse dirig\u00e9e par des hommes et se r\u00e9fugient dans une cabane au c\u0153ur de la for\u00eat. C\u2019est dans cet espace, qui \u00e9chappe \u00e0 un regard soci\u00e9tal homo-centr\u00e9 oppressant, que les 2 s\u0153urs d\u00e9couvrent, en lisant des sources statistiques, qu\u2019elles auront saign\u00e9 6 ans durant leur vie. Cette r\u00e9alit\u00e9 du sang menstruel, inscrite dans sa banalit\u00e9 et sa long\u00e9vit\u00e9, fait ainsi paradoxalement irruption dans leur vie par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un r\u00e9cit, ce qui ne fait que r\u00e9affirmer l\u2019importance des textes pour fonder un rapport au corps menstru\u00e9. L\u2019intervenante a associ\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9f\u00e9rence celles de la po\u00e9tesse canadienne Nikki Tajiri et de la chercheuse en \u00e9pist\u00e9mocritique<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, Az\u00e9lie Fayolle. La 1<sup>\u00e8re<\/sup> autrice, &#8211; au fondement m\u00eame, par le r\u00e9emploi de ses mots, de la communication d\u2019Elise Tourte -, propose dans son recueil de po\u00e8mes un nouveau r\u00e9cit des r\u00e8gles, qui deviennent sous sa plume un motif onirique, pr\u00e9cieux, myst\u00e9rieux, qui n\u2019a plus le sens horrifique qu\u2019il avait dans la litt\u00e9rature masculine, et qui reconqui\u00e8rent alors un sens <em>nouveau<\/em>. Dans le m\u00eame projet, Az\u00e9lie Fayolle part du <em>female gaze<\/em> th\u00e9oris\u00e9 par la critique de cin\u00e9ma am\u00e9ricaine Laura Mulvey<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> pour d\u00e9fendre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un <em>feminist gaze<\/em><a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> et ainsi se r\u00e9approprier l\u2019horreur du sang menstruel pour proposer un autre discours sur le corps menstru\u00e9. C\u2019est aussi dans cette perspective que s\u2019exprime en 2016 Lori Saint-Martin, essayiste qu\u00e9b\u00e9coise et sp\u00e9cialiste des \u00e9tudes f\u00e9ministes en litt\u00e9rature, qui dit le long cheminement n\u00e9cessaire vers la parit\u00e9, qui doit passer par cette prise de conscience de ce prodigieux non-dit, fruit d\u2019une parole masculine qui amu\u00eft et draine la voix et le corps menstru\u00e9.es<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. De l\u2019horreur du sang f\u00e9minin pr\u00e9d\u00e9finie dans son univocit\u00e9 par un regard masculin, il s\u2019agit alors de montrer un regard f\u00e9minin sur le motif, qui n\u2019en \u00e9crase pas les variations de couleurs, &#8211; du rouge sombre au blanc cotonneux, du sang naissant au sang des derni\u00e8res r\u00e8gles avant la m\u00e9nopause -, de textures et de sens, riche nuancier dont t\u00e9moigne aussi l\u2019\u0153uvre de la po\u00e9tesse qu\u00e9b\u00e9coise Marie-H\u00e9l\u00e8ne Voyer, <em>Mouron des champs<\/em> (2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-cbffc210a695c0c60c1e80d718e0f516\">Pour terminer, confiante dans la tutelle de Camille Froidevaux-Metterie qui d\u00e9fend la vertu ontologique des r\u00e8gles, et se pla\u00e7ant aussi dans le sillage de Carole Bijou et de son recueil <em>Ventres<\/em> (2022), l\u2019intervenante a d\u00e9fendu la relation entre l\u2019\u00e9criture et le sang, qui fait qu\u2019on n\u2019\u00e9crit pas de la m\u00eame mani\u00e8re quand on est menstru\u00e9.e&nbsp;; l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine serait tr\u00e8s consciente de cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat du corps et irait justement la r\u00e9v\u00e9ler. De l\u2019importance alors de reconna\u00eetre le corps comme m\u00e9diation n\u00e9cessaire de l\u2019\u00e9criture, approche prenant il me semble le contrepied d\u2019une tradition masculine bien ent\u00e9rin\u00e9e qui consiste \u00e0 l\u2019inverse \u00e0 faire de l\u2019\u00e9criture une exp\u00e9rience d\u2019<em>enthousiasme <\/em>proph\u00e9tique, donc pr\u00e9cis\u00e9ment, un hors-champ du corps. + sp\u00e9cifiquement encore, dans<em> Le Labyrinthe des jours<\/em> (2021), r\u00e9\u00e9criture contemporaine et f\u00e9ministe du mythe d\u2019Ariane et de Th\u00e9s\u00e9e, M\u00e9lanie Leblanc d\u00e9finit les r\u00e8gles comme l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un cycle de fin et de recommencement et reconna\u00eet ainsi aux menstrues une vertu euristique, elles qui apprennent \u00e0 perdre, en imposant chaque mois au corps menstru\u00e9 un petit deuil, mais qui laisse place \u00e0 un autre possible. Ce regard pos\u00e9 sur le cycle a conduit Elise Tourte \u00e0 \u00e9troitement relier les r\u00e8gles \u00e0 la po\u00e9sie, marqu\u00e9e comme celles-ci par une conscience rythmique forte. Aussi les r\u00e8gles ont-elles pu appara\u00eetre comme favorisant, par essence, l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"945\" height=\"631\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-346\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-2.png 945w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-2-300x200.png 300w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-2-768x513.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 945px) 100vw, 945px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">Marianne Rosenstiehl, <em>Les Limaces<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-af189e17b8ea62499c350c37232899c0\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ma\u00ebl Baussand apprendra \u00e0 la salle, lors d\u2019une question pos\u00e9e \u00e0 la fin du premier panel, qu\u2019une th\u00e9orie m\u00e9dicale aristot\u00e9licienne consid\u00e9rait le lait maternel comme le r\u00e9sultat de la coction du sang menstruel et du sperme<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-65fa2f969c37b14d51c5293f6574d2e5\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00ab&nbsp;Cruaut\u00e9&nbsp;\u00bb, du latin <em>cruor<\/em>, \u00ab&nbsp;sang r\u00e9pandu&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-d282e51c0eb902a5a2a208b01a642096\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;Nancy Huston, \u00ab&nbsp;La F\u00e9minit\u00e9 au bout des doigts&nbsp;\u00bb (<em>Sorci\u00e8res<\/em>, 1977)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-c15d00b2de1f0f12faa22c0a3fb34c39\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Epist\u00e9mocritique&nbsp;: \u00e9tude des savoirs non-litt\u00e9raires pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la litt\u00e9rature. Approche qui part du pr\u00e9suppos\u00e9 que la litt\u00e9rature et les sciences ne sont pas des disciplines \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Le.la sp\u00e9cialiste en \u00e9pist\u00e9mocritique pose la question des usages que fait l\u2019\u00e9crivain.e de ce qui rel\u00e8ve des savoirs et qu\u2019il.elle convoque dans ses \u0153uvres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-eab6a669d9b7e3ce7be29a91fb444189\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Laura Mulvey d\u00e9fend en effet en 1975 la th\u00e8se selon laquelle le cin\u00e9ma \u00e9pouse le regard de l\u2019homme r\u00e9ifiant la femme<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-6bb243d2fe2915ebe24d3283c1f50ea6\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Az\u00e9lie Fayolle, <em>Des femmes et du style&nbsp;: Pour un feminist gaze<\/em> (2023)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-f4f2059281f24915b9f0b70949fa1bdc\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00ab&nbsp;Un roman sur l\u2019\u00e9tat de sa prostate et de ses \u00e9rections (voir l\u2019\u0153uvre de Philip Roth) est universel&nbsp;; un roman sur ses ovaires ou ses menstruations n\u2019int\u00e9resse personne&nbsp;\u00bb (Lori Saint-Martin, \u00ab&nbsp;Le Deuil, le combat&nbsp;: du <em>manspreading<\/em> litt\u00e9raire \u00e0 la parit\u00e9 culturelle&nbsp;\u00bb (2016)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-1028bb2cdf33ddc4eabe455ccba8dd25\">Cr\u00e9dit bandeau : Natacha Czornyj-B\u00e9hal, livret d&rsquo;une exposition fictive au Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Dijon, pour un travail d&rsquo;arts plastiques dans le cadre de mon 2e master, \u00ab\u00a0M\u00e9diation culturelle &amp; enseignement\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9ac00cf961d1ea846fe5a532228b76c6\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9ac00cf961d1ea846fe5a532228b76c6\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9ac00cf961d1ea846fe5a532228b76c6\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude \u00ab\u00a0Sang sensible&nbsp;: couleur, fluide et fonction vitale dans la litt\u00e9rature et les arts (XIXe-XXIe si\u00e8cle)&nbsp;\u00bb (Universit\u00e9 de Bourgogne, 27 avril 2023) Et si toute pens\u00e9e \u00e9tait p\u00e9riodiquement menstru\u00e9e&nbsp;? Roseline Lambert, Les Couleurs accidentelles (2018), po\u00e9tesse qu\u00e9b\u00e9coise contemporaine C\u2019est dans une ville nouvelle pour moi, Dijon, mythe gastronomique mordant et ville &hellip; <a href=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/10\/30\/des-sens-des-espoirs-du-sang-i\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Des sens &amp; des espoirs du sang (I)<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":375,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[68,105,100,46,99,94,97,98],"class_list":["post-338","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compte-rendus","tag-corps","tag-etudes-sensorielles","tag-feminist-gaze","tag-litterature","tag-menstruations","tag-reappropriation","tag-roman-gothique","tag-sang"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=338"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":387,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338\/revisions\/387"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media\/375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=338"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=338"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=338"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}