{"id":359,"date":"2025-11-04T10:45:49","date_gmt":"2025-11-04T09:45:49","guid":{"rendered":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/?p=359"},"modified":"2026-01-11T09:59:01","modified_gmt":"2026-01-11T08:59:01","slug":"des-sens-des-espoirs-du-sang-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/11\/04\/des-sens-des-espoirs-du-sang-ii\/","title":{"rendered":"Des sens &amp; des espoirs du sang (II)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-bbb0bc768c8b7146d2c4f0d1024f4b5b\">Compte-rendu de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude \u00ab\u00a0Sang sensible&nbsp;: couleur, fluide et fonction vitale dans la litt\u00e9rature et les arts (XIX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle)&nbsp;\u00bb (Universit\u00e9 de Bourgogne, 27 avril 2023)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-3e55d067b2dc3e49e3e99cbc14c2cfef\"><em>Et si toute pens\u00e9e \u00e9tait p\u00e9riodiquement menstru\u00e9e&nbsp;?<\/em> Roseline Lambert, <em>Les Couleurs accidentelles<\/em> (2018), po\u00e9tesse qu\u00e9b\u00e9coise contemporaine<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"342\" height=\"491\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-342\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-1.png 342w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/10\/image-1-209x300.png 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 342px) 100vw, 342px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-09d209c343fb4e35014d0c21497d4199\">La 2<sup>e<\/sup> partie de la journ\u00e9e, continuant d\u2019\u00e9paissir le r\u00e9seau du sang, a port\u00e9 sur les tabous de la mati\u00e8re, situ\u00e9e \u00ab&nbsp;entre occultation et exhibition&nbsp;\u00bb, en particulier dans la bande dessin\u00e9e, la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma. Mod\u00e9r\u00e9 par Ir\u00e8ne Le Roy Ladurie, chercheuse en \u00e9tudes comparatistes et sensorielles sp\u00e9cialiste du geste de la caresse dans les arts visuels et la litt\u00e9rature, ce 2<sup>e<\/sup> vaisseau s\u2019est concentr\u00e9 sur le sang dans son rapport \u00e0 un discours social et a ainsi cherch\u00e9 \u00e0 interroger les complexit\u00e9s propres \u00e0 un rapport au corps censur\u00e9. Dans cet objectif, ce 2<sup>e<\/sup> panel a donn\u00e9 \u00e0 voir le sang, avec ou sans filtre, et aussi, envers et contre tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9dbd8170493b67927ace5bab3444d474\">David Pinho Barros (Universit\u00e9 de Porto) a d\u2019abord propos\u00e9 dans ce sens une communication intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Alix en rouge&nbsp;: portrait d\u2019un sang cach\u00e9&nbsp;\u00bb. Chercheur et curateur dans les domaines de la litt\u00e9rature, du cin\u00e9ma et de la bande dessin\u00e9e, David Pinho Barros a consacr\u00e9 son travail de recherche \u00e0 la ligne claire comme esth\u00e9tique situ\u00e9e entre bande dessin\u00e9e et cin\u00e9ma. Dans la droite ligne de ce travail, l\u2019intervenant a r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 l\u2019occasion de cette journ\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence du motif du sang dans la s\u00e9rie d\u2019aventures <em>Alix<\/em>, \u00e9crite par Jacques Martin, 2 figures embl\u00e9matiques du <em>Journal de Tintin<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-96d8041c3bfcf25d6f2ce019fb1f43b0\">Aborder le sang \u00e0 partir du corpus choisi pouvait sembler relever de la gageure. En effet, dans les magazines jeunesse conservateurs de l\u2019apr\u00e8s-guerre, le sang \u00e9tait proscrit. Il s\u2019agissait donc pour le chercheur de traiter lui aussi un paradoxe, car comment un th\u00e8me r\u00e9current, attendu dans le cadre de r\u00e9cits d\u2019aventures, peut-il n\u2019\u00eatre pas repr\u00e9sent\u00e9&nbsp;? De fait, tout le propos de l\u2019intervenant a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9montrer que le sang, absent explicite de ces \u0153uvres, trouvait sa place et rayonnait dans un implicite lui donnant paradoxalement une pleine lisibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-54bde88b74a1fa3058c7c2d1d54d0e6e\">En particulier, David Pinho Barros a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer comment le recours \u00e0 la figure de l\u2019hypallage, proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique tr\u00e8s en vogue dans le roman naturaliste au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avait contribu\u00e9 \u00e0 exprimer le sang sans l\u2019exposer aux yeux du jeune lectorat. Dans cet objectif, il s\u2019est en particulier fond\u00e9 sur la d\u00e9finition de Fran\u00e7oise Dupeyron-Lafay, professeure de litt\u00e9rature britannique du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle et sp\u00e9cialiste en po\u00e9tique et stylistique, qui d\u00e9finit l\u2019hypallage comme une <em>transferred epithet<\/em> et ainsi comme une figure qui consiste \u00e0 attribuer une qualit\u00e9 \u00e0 un objet qui sert en r\u00e9alit\u00e9 de relais pour qualifier un autre objet, le transfert devant \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 et r\u00e9orient\u00e9 par le lectorat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-1d79ca010e27f2797e24e9e811c6d4d0\">Pour sa d\u00e9monstration, l\u2019intervenant s\u2019est concentr\u00e9 sur 2 planches de Jacques Martin, respectivement issues de <em>L\u2019\u00cele maudite<\/em> (1957) et de <em>La Tiare d\u2019Oribal<\/em> (1958). Dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup>, une case pr\u00e9sente un esclave \u00e0 la fen\u00eatre, criant qu\u2019il vient d\u2019\u00eatre agress\u00e9, et la 2<sup>e<\/sup>, une sc\u00e8ne d\u2019action violente. Dans les 2 exemples convoqu\u00e9s, Jacques Martin a eu recours d\u2019apr\u00e8s l\u2019intervenant \u00e0 une hypallage chromatique pour \u00e9viter la repr\u00e9sentation du sang sur le corps des personnages. Aussi le rideau de la fen\u00eatre, rouge, rev\u00eat-il selon le chercheur une fonction hypallactique, de m\u00eame que, dans la 2<sup>e <\/sup>case, la distribution du rouge en aplats, qui \u00e9pouse un mouvement centrip\u00e8te, oriente le regard vers ce fluide omnipr\u00e9sent qui ne saurait \u00eatre montr\u00e9. Le rouge vif choisi n\u2019offre en effet pas de r\u00e9sistance \u00e0 une lecture s\u00e9miotique, la couleur \u00e9tant bien associ\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif \u00e0 la violence, et ce ne serait-ce que depuis son emploi en ce sens dans l\u2019\u0153uvre de Francisco de Goya, <em>El dos de mayo 1808 en Madrid<\/em> (ou <em>La Charge des mamelouks<\/em>, 1814). + tard au cin\u00e9ma, <em>The Wizard of Oz<\/em> (1939) de Victor Fleming inscrira m\u00eame le rouge dans cette destin\u00e9e rh\u00e9torique du transfert hypallactique, les souliers rouges de Dorothy fonctionnant comme un relais pour p\u00e9n\u00e9trer dans un autre monde, impliquant pr\u00e9cis\u00e9ment un autre r\u00e9gime de lecture.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"474\" height=\"340\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-365\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image.png 474w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-300x215.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 474px) 100vw, 474px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">Victor Fleming, <em>The Wizard of Oz<\/em> (1939)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-90be999b59899558d2c44fd4ab08975d\">De fait, la couleur remue et secoue, et c\u2019est ce qu\u2019a d\u00e9montr\u00e9 David Batchelor, artiste minimaliste et \u00e9crivain, dans son essai <em>Chromophobia <\/em>(2002). Cet ouvrage retrace en effet l\u2019histoire de la haine de la couleur pour les s\u00e8mes qu\u2019elle porterait de la contamination et de l\u2019artifice. C\u2019est par exemple cet emploi que l\u2019on trouverait dans plusieurs bandes dessin\u00e9es de l\u2019apr\u00e8s-guerre, telle que <em>Le Sceptre d\u2019Ottokar<\/em> (1947 pour la version en couleurs). Le rose, qui peut \u00eatre lu comme une forme de rouge d\u00e9s\u00e9paissi, y est ainsi la couleur qui accompagne l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de la Castafiore&nbsp;; celle-ci porte \u00e0 ce moment une coiffe rose tape-\u00e0-l\u2019\u0153il qui traduirait sa superficialit\u00e9 bruyante, comme le rose de la voiture des Dupont.d, qui dirait la tonitruance d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e des personnages. Nous aurions alors ici l\u2019emploi d\u2019un code historiquement marqu\u00e9 pour signifier les sp\u00e9cificit\u00e9s des personnages et pour, dans ce contexte en particulier, cr\u00e9er de l\u2019humour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9f14d8b074b5c2598b54755127eff33d\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; David Pinho Barros a toutefois insist\u00e9 sur le fait que ce n\u2019\u00e9tait pas toujours la couleur en elle-m\u00eame qui pouvait exprimer la violence. La brutalit\u00e9 du surgissement de la violence peut aussi \u00eatre port\u00e9e par les contrastes chromatiques, comme c\u2019est le cas dans le film adapt\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Jean Giono, <em>Un roi sans divertissement<\/em>, de Fran\u00e7ois Leterrier (1963), dans lequel le monde est figur\u00e9 en noir et blanc et o\u00f9 le sang seul se singularise justement par sa couleur. Par ailleurs, m\u00eame si le rapport au sang \u00e9volue dans la bande dessin\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 70, le chercheur a insist\u00e9 sur le fait que ce nouveau r\u00e9gime de transparence, &#8211; que l\u2019on trouverait par exemple repr\u00e9sent\u00e9 dans <em>L\u2019\u0153il de K\u00e9ops<\/em> (1985) d\u2019Andr\u00e9 Juillard et Jacques Martin -, n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 pour autant la coexistence de cette exposition du sang avec la figuration indirecte du motif. Il n\u2019en demeure pas moins que si cette pr\u00e9sence du sang fait partie de cette impulsion vers un portrait complet des \u00e9v\u00e9nements caract\u00e9ristique du r\u00e9alisme historique vis\u00e9 par Jacques Martin, la surexposition du sang pour faire effet de r\u00e9el peut justement \u00eatre un outil favorisant sa remise en cause &#8211; paradoxe sur lequel la journ\u00e9e reviendra.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"560\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-368\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-2.png 400w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-2-214x300.png 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f1455263c21666934b04ee99c4611af7\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette 1<sup>\u00e8re<\/sup> communication, qui interrogeait donc notre relation \u00e0 la couleur et la prise en compte d\u2019un lectorat sp\u00e9cifique, \u00e9tait toute situ\u00e9e pour accueillir le propos de Marie Enriquez (Universit\u00e9 d\u2019Angers), consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00cele au tr\u00e9sor<\/em>, une aventure jalonn\u00e9e de sang&nbsp;: repr\u00e9sentations de cet \u00e9l\u00e9ment symbolique dans les adaptations en bande dessin\u00e9e du roman&nbsp;\u00bb. Chercheuse sp\u00e9cialiste de la post\u00e9rit\u00e9 du roman de Stevenson dans la bande dessin\u00e9e, Marie Enriquez a propos\u00e9 alors une r\u00e9flexion sur les diff\u00e9rents emplois du sang dans l\u2019\u0153uvre de Stevenson mais aussi dans ses r\u00e9\u00e9critures, et a ainsi abord\u00e9 le motif par le biais de ses circulations intertextuelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9b73fc522a410bf6f79ff0dcd3af16a9\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019intervenante a rappel\u00e9 pour commencer l\u2019opposition qu\u2019il y avait entre la profusion de versions abr\u00e9g\u00e9es et \u00e9dulcor\u00e9es de <em>L\u2019\u00cele au tr\u00e9sor<\/em> et la densit\u00e9 intrins\u00e8que de l\u2019\u0153uvre de Stevenson, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e d\u2019un exotisme de carte postale. Ce pr\u00e9requis m\u2019a rappel\u00e9 le travail de r\u00e9flexion de Nathalie Denizot, sp\u00e9cialiste en didactique de la litt\u00e9rature, qui \u00e9tudie ce que l\u2019\u00e9cole fait aux \u0153uvres litt\u00e9raires<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Marie Enriquez a en effet resitu\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t dans sa communication <em>L\u2019\u00cele au tr\u00e9sor<\/em> comme \u0153uvre dystopique, qui dit, \u00e0 rebours de l\u2019\u00e9dulcoration \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans sa r\u00e9ception, le sang de mani\u00e8re explicite et croissante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2cd08aca219aee9d76e334bc22554399\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La sp\u00e9cialiste s\u2019est ensuite attach\u00e9e \u00e0 analyser les diff\u00e9rents emplois du sang dans l\u2019\u0153uvre canonique. Le sang correspondrait en premier selon elle \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019aventure dans le r\u00e9cit, et serait li\u00e9 au parcours du h\u00e9ros, regard qui fait rev\u00eatir au fluide une fonction initiatique. Mais, m\u00eame si le sang est figur\u00e9 dans sa mat\u00e9rialit\u00e9, la plus chaude, poisseuse et qui tache, il n\u2019en demeure pas moins que sa pr\u00e9sence se r\u00e9v\u00e8le par d\u2019autres moyens, proprement rh\u00e9toriques, et c\u2019est ainsi que Marie Enriquez a envisag\u00e9 les jeux de paronomase \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le texte, qui font se confondre <em>treasure<\/em> et <em>feavure<\/em>, de m\u00eame que <em>gold<\/em> et <em>blood<\/em>&nbsp;; comme le lectorat, qui ne peut s\u2019emp\u00eacher de le lire et de l\u2019entendre en latence, le personnage ne peut s\u2019emp\u00eacher de voir le sang tandis qu\u2019il contemple le gigantesque tas de pi\u00e8ces d\u2019or, moment parmi d\u2019autres pour dire pr\u00e9cis\u00e9ment un passage initiatique \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte de l\u2019enfance, alors offerte \u00e0 la violence du monde (Jean-Pierre Naugrette).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-fe3a095272c3ecb778aaef9929ccacad\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourtant, en d\u00e9pit de l\u2019omnipr\u00e9sence du motif dans le r\u00e9cit et la langue, la chercheuse a insist\u00e9 sur l\u2019absence r\u00e9currente du sang dans les mises en images de l\u2019\u0153uvre et a \u00e9tudi\u00e9 les traitements graphiques du fluide dans les m\u00e9dias d\u2019image, qui ont d\u2019apr\u00e8s elle contribu\u00e9 \u00e0 la popularisation et \u00e0 la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre comme <em>\u0153uvre pour enfants<\/em>. Le sang constitue en effet un marqueur discriminant, une tache qui fait sens et le motif pose question au moment du passage \u00e0 l\u2019image, qui a conduit \u00e0 une c\u00e9sure dans le monde de la bande dessin\u00e9e&nbsp;: proscrire toute monstration du sang ou se livrer \u00e0 une d\u00e9bauche d\u2019h\u00e9moglobine qui confine \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique gore&nbsp;? La question n\u2019a pas trouv\u00e9 de r\u00e9ponse \u00e9vidente tant l\u2019\u0153uvre conna\u00eet une extraordinaire r\u00e9ception aupr\u00e8s du m\u00e9dium. Mais dans l\u2019intention historienne de dresser un \u00e9tat des lieux lisible, la sp\u00e9cialiste a fait le choix de se concentrer sur des adaptations de la 2<sup>e<\/sup> moiti\u00e9 du XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle et des ann\u00e9es 1990-2000 et de comprendre ainsi le d\u00e9bat aux confins de 2 \u00e9poques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f5ae66f2e10423864d33d78024a45ab1\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Durant le 2<sup>e<\/sup> XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, le m\u00e9dium n\u2019a en l\u2019occurrence pas le choix et doit se conformer \u00e0 la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destin\u00e9es \u00e0 la jeunesse, qui dans les faits vise surtout les journaux de bande dessin\u00e9e. De la m\u00eame mani\u00e8re, quelques ann\u00e9es + tard, le <em>Comics Code<\/em> am\u00e9ricain (1954) du <em>Comics Code Authority<\/em> (CCA), \u00e0 destination des \u00e9diteurs et auteurs de comics books, interdit les sc\u00e8nes o\u00f9 le sang appara\u00eet excessivement vers\u00e9. Ces r\u00e8gles conduisent \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture de certains passages, avec des personnages, tel Billy Bones, le capitaine, qui ne meurent pas mais disparaissent. Quelquefois, la strat\u00e9gie adopt\u00e9e peut \u00eatre aussi de d\u00e9porter l\u2019attention narrative, qui distrait alors le regard du lectorat de la sc\u00e8ne sanglante pour le diriger vers les t\u00e9moins de celle-ci, comme c\u2019est le cas dans la r\u00e9\u00e9criture de Benjamin Bachelier et Aur\u00e9lien d\u2019Almeida (2019). C\u2019est alors le bruit des mises \u00e0 mort, traduites en onomatop\u00e9es, qui dit la violence de la sc\u00e8ne. Pens\u00e9 vraiment comme strat\u00e9gie pour contourner la violence graphique du sang, ce d\u00e9tournement du regard ne me semble toutefois pas n\u00e9cessairement d\u00e9sengager l\u2019\u00e9motion du lectorat. Cette strat\u00e9gie a fortement r\u00e9sonn\u00e9 avec ma culture classique, en particulier avec les \u0153uvres de Racine et Corneille. Je place le + jeune, Racine, avant, car c\u2019est vrai que ses \u0153uvres \u00e9vacuent le sang pour respecter la r\u00e8gle dite de biens\u00e9ance. Je situe \u00e0 l\u2019inverse Corneille, baroque d\u00e9bordant, apr\u00e8s, car le sang se verse de mani\u00e8re visible dans son \u0153uvre, avec par exemple l\u2019infanticide de la magicienne dans <em>M\u00e9d\u00e9e <\/em>(1635), mais aussi \u00e0 l\u2019oreille, dans la tr\u00e8s discut\u00e9e mort, parce que bruyante, de Camille dans <em>Horace <\/em>(1640). De fait, les effets de la violence ne se vivent pas seulement par la vue, mais trouvent pour moi leur origine dans une congruence de facteurs, qui ne rend que + intense le surgissement de celle-ci. Le bruit des corps mutil\u00e9s, les cris de douleur, m\u2019apparaissent en effet comme un faisceau irradiant participant d\u2019une forme + foisonnante encore du sang et cette communication me l\u2019a intens\u00e9ment remis en m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-eca18c76e5e02c1c0f2f442d100c7aff\">Quoi qu\u2019il en soit, \u00e0 l\u2019inverse de cette tentative de d\u00e9tournement du regard, la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a pu chercher d\u2019apr\u00e8s Marie Enriquez \u00e0 donner \u00e0 voir le sang, jusqu\u2019au gore avec les r\u00e9\u00e9critures de Vastra S\u00e9bastien, <em>Jim Hawkins <\/em>(2015-2021), et de Michel Faure et Fran\u00e7ois Corteggiani (1991) en France, ou + tard, de Mario Gully et Roy Thomas (chez Marvel, 6 num\u00e9ros d\u2019ao\u00fbt 2007 \u00e0 janvier 2008, mise en album unique en 2008) aux Etats-Unis, avec une profusion de sang, derni\u00e8re d\u00e9claration qui a trouv\u00e9 un formidable \u00e9cho dans la communication qui a suivi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"598\" height=\"800\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-369\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-3.png 598w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/11\/image-3-224x300.png 224w\" sizes=\"auto, (max-width: 598px) 100vw, 598px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-513fba1629c893a873518caac1c9af9a\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour clore cette matin\u00e9e, la parole a pour finir \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e au chercheur Fabien Demangeot (Universit\u00e9 Paris 1 \u2013 Panth\u00e9on Sorbonne), pour une communication tourn\u00e9e vers un autre m\u00e9dium d\u2019images, en sons et mouvements, dans un accroissement de la violence et de ses surgissements. Sp\u00e9cialiste de l\u2019\u0153uvre d\u2019Alain Robbe-Grillet et de la transgression dans l\u2019\u0153uvre de David Cronenberg, le chercheur a en effet concentr\u00e9 son propos sur l\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9coulement pornographique&nbsp;: le sang dans le <em>torture porn<\/em> extr\u00eame&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-13cf01277001040d78ea388f41140f59\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019intervenant a dans un premier temps cherch\u00e9 \u00e0 dresser une typologie des diff\u00e9rentes formes d\u2019expression pornographiques que sa communication allait convoquer, qui se distingueraient certes par l\u2019intensit\u00e9 des sc\u00e8nes repr\u00e9sent\u00e9es mais aussi par les relations cultiv\u00e9es avec celles-ci et les effets recherch\u00e9s par la monstration de ces violences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-fa94236db0c94f5d2329854b97774452\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019agissait d\u2019abord pour le chercheur de d\u00e9finir le <em>torture porn<\/em> \u00e0 partir de la pornographie, per\u00e7ue comme une exposition <em>obsc\u00e8ne<\/em> du corps et qui sort ainsi de ce qui peut \u00eatre montr\u00e9 dans l\u2019espace publique \u2013 ce qui, \u00e0 mon avis, a pos\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t la question du cynisme propre \u00e0 cette expression. Le substantif <em>porn<\/em>, + qu\u2019un sens restreint qui le limiterait \u00e0 une mise sous n\u00e9on du plaisir sexuel, pourrait alors se d\u00e9finir + largement comme une <em>fr\u00e9n\u00e9sie du visible<\/em>. A partir de cette d\u00e9finition de l\u2019expression pornographique, Fabien Demangeot a d\u00e9fini le <em>torture porn<\/em> comme une pornographie de l\u2019extr\u00eame en ce qu\u2019il proc\u00e8derait par d\u00e9placement de la visibilit\u00e9 fr\u00e9n\u00e9tique du corps vers celle de la douleur de celui-ci. Ainsi cette forme transgresserait certains interdits associ\u00e9s au corps, tels que la nourriture pourrissante, les excr\u00e9ments ou le sang, dans une repr\u00e9sentation qui f\u00e9tichise les fluides. C\u2019est alors que des films et s\u00e9ries \u00e0 priori grand public mais pr\u00e9sentant des sc\u00e8nes explicites de torture et de mutilation, peuvent constituer un corpus au fondement du <em>torture porn<\/em>, comme <em>La Passion du Christ<\/em> (2004) de Mel Gibson, <em>24h Chrono<\/em> de Joel Surnow et Robert Cochran (2001-2014) ou <em>Irr\u00e9versible <\/em>(2002)de Gaspar No\u00e9. Constitu\u00e9 en genre \u00e0 part enti\u00e8re dans les ann\u00e9es 2000, le <em>torture porn<\/em> r\u00e9unirait + frontalement des films tels que <em>Saw <\/em>(2004) de James Wan, <em>Hostel<\/em> (2006) d\u2019Eli Roth, <em>The Devil\u2019s Rejects<\/em> (2005) de Rob Zombie ou encore <em>Wolf Creek<\/em> (2005) de Greg McLean. Ces films, qui montrent des corps dans le saisissement insoutenable de la douleur, sont d\u2019apr\u00e8s l\u2019intervenant \u00e0 distinguer du <em>gore porn<\/em>, port\u00e9 par exemple \u00e0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par Hideshi Hino. Auteur connu par ailleurs pour ses mangas horrifiques<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, Hideshi Hino a r\u00e9alis\u00e9 en effet 2 des moyens-m\u00e9trages de la s\u00e9rie <em>Guinea Pig<\/em>, <em>Flowers of Flesh and Blood<\/em> (1985) et <em>Mermaid in a manhole<\/em> (1988), qui rel\u00e8veraient donc du <em>gore porn<\/em>, forme transgressive mais purement plastique, sans repr\u00e9sentation de la souffrance de corps pourtant mutil\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c59dd3e435c88cfc8902001e43b9a6a1\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces diff\u00e9rentes ramures du genre pornographique m\u2019ont invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au rapport des r\u00e9alisateurs mais aussi de l\u2019audience vis\u00e9e \u00e0 ce qui est repr\u00e9sent\u00e9. Le corps, figur\u00e9 en tant que mati\u00e8re enti\u00e8rement d\u00e9tachable dans une surench\u00e8re trash, peut-il en effet alors \u00eatre per\u00e7u comme recevable par notre rationalit\u00e9 telle qu\u2019elle s\u2019est construite&nbsp;? Dans les <em>Pouvoirs de l\u2019horreur. Essai sur l\u2019abjection<\/em> (1980), Julia Kristeva d\u00e9finit l\u2019ambivalence comme une des caract\u00e9ristiques de l\u2019abjection, approch\u00e9e d\u00e8s le premier chapitre comme \u00ab&nbsp;tout pr\u00e8s mais inassimilable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;fascin[ant] le d\u00e9sir qui pourtant ne se laisse pas s\u00e9duire&nbsp;\u00bb et faisant \u00ab&nbsp;qu\u2019inlassablement, comme un boomerang indomptable, un p\u00f4le d\u2019appel et de r\u00e9pulsion met celui qui en est habit\u00e9 litt\u00e9ralement hors de lui \u00bb.&nbsp; La relation \u00e0 l\u2019horreur&nbsp;se d\u00e9finit donc comme une tension, avec une audience autant complice que pi\u00e9g\u00e9e et impuissante, mais aussi potentiellement autant saisie qu\u2019incr\u00e9dule. Dans la communication du chercheur, le <em>snuff movie <\/em>en particulier a pu appara\u00eetre comme exemplaire de cette tension. Format singulier dont le march\u00e9 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 de mani\u00e8re souterraine, le <em>snuff<\/em> se caract\u00e9rise en effet par une facture technique volontairement d\u00e9ficiente, avec des vid\u00e9os parfois d\u00e9pourvues de toute information<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> et qui ne seraient pas des performances d\u2019acteur.ice.s mais des images prises sans le consentement des personnes film\u00e9es. Qu\u2019il s\u2019agisse ou non d\u2019une l\u00e9gende urbaine, le <em>snuff movie <\/em>viserait un effet de r\u00e9el, \u00e0 l\u2019inverse il me semble du <em>gore porn<\/em>, qui peut suspendre \u00e0 mon avis la cr\u00e9dulit\u00e9 et favoriser un regard + distanci\u00e9. Mais d\u2019apr\u00e8s l\u2019intervenant, l\u2019adh\u00e9sion peut aussi \u00eatre paradoxalement suspendue dans les films s\u2019inspirant de l\u2019esth\u00e9tique du <em>snuff<\/em>, comme dans ceux de Marco Mallatia<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, avec dans ce cas pr\u00e9cis un noir et blanc granul\u00e9 qui viendrait irr\u00e9aliser la violence repr\u00e9sent\u00e9e. De la m\u00eame mani\u00e8re, le style grand guignolesque de la s\u00e9rie de films <em>Sadi Scream<\/em> (2017) de Masayoshi Shiki, par son outrance m\u00eame, peut \u00e0 mon avis inverser la r\u00e9ception vis\u00e9e de l\u2019audience, devant laquelle ce flot de sang peut sembler pure invraisemblance. Ces formats du sang interrogent donc nos propres limites en tant que spectateurices et une difficult\u00e9 \u00e0 situer sa sensibilit\u00e9, ce qui \u00e0 mon avis peut contribuer \u00e0 accro\u00eetre le malaise devant les productions \u00e9tudi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-88ed796804161d54b0031b3438553d66\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin, dans la mesure o\u00f9 le <em>torture porn<\/em> est surtout d\u00e9velopp\u00e9 pour une audience masculine h\u00e9t\u00e9rosexuelle qui a h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un regard avide de corps f\u00e9minins hypersexualis\u00e9s et offerts, et qui perp\u00e9tue ainsi un imaginaire de la r\u00e9ification du f\u00e9minin, Fabien Demangeot a souhait\u00e9 interroger certaines productions d\u00e9fendues comme f\u00e9ministes. Evoquant entre autres la trilogie de films exp\u00e9rimentaux <em>Vomit Gore<\/em> (2006-2015) de la r\u00e9alisatrice Lucifer Valentine, qui d\u00e9veloppe le motif du vomissement et de la r\u00e9gurgitation des fluides, le chercheur s\u2019est concentr\u00e9 sur le positionnement des actrices. Dans des entretiens accompagnant ces films, celles-ci, anciennes hardeuses d\u00e9truites par le travail du sexe, d\u00e9fendent en effet leur performance et l\u2019inscrivent dans un projet f\u00e9ministe de r\u00e9appropriation et de r\u00e9paration&nbsp;; ces productions leur permettraient de d\u00e9naturaliser les rapports de domination et de se r\u00e9approprier les codes du SM traditionnellement investis par des hommes. Le chercheur a bri\u00e8vement interrog\u00e9 ce positionnement, en insistant sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 de ton de la performance et du propos tenu dans ces entretiens, \u00e9galit\u00e9 qui pour ma part ne m\u2019a pas surprise&nbsp;: j\u2019ai en effet compris avec cette communication que l\u2019intention de ces productions \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment de produire un effet de r\u00e9el donc cette \u00e9galit\u00e9 de ton dans le jeu des actrices et en dehors, si elle m\u2019a interrog\u00e9e pour d\u2019autres raisons (notamment du fait que le film pornographique a longtemps \u00e9t\u00e9 le fait d\u2019hommes, qui ont infus\u00e9 une vision tr\u00e8s hi\u00e9rarchis\u00e9e et violente des relations, qui a eu le temps de s\u2019ent\u00e9riner), ne m\u2019a pas fait douter de l\u2019authenticit\u00e9 du discours des actrices.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-8d11f7d6e433c0e9024a144feb0decfc\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Nathalie Denizot, <em>La Scolarisation des genres litt\u00e9raires (1802-2010)<\/em> (2013)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-2a62ce84e336e8026286d7b14aeb2374\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Tels <em>Hell Baby<\/em> (1989) ou encore la s\u00e9rie <em>Hino Horror<\/em> (16 volumes, 1983-2004)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-f2da8c1508bfc375b72791a337c9afe0\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Telle <em>Trilogy August Underground<\/em> (2001-2007) de Fred Vogel<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-d32e98cafadc14a65edb6fdc03dcac1c\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>No Vaseline<\/em> (2014), <em>Channel 309 <\/em>(2015)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-fda5219e57c5e39af04793b491c56396\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude \u00ab\u00a0Sang sensible&nbsp;: couleur, fluide et fonction vitale dans la litt\u00e9rature et les arts (XIXe-XXIe si\u00e8cle)&nbsp;\u00bb (Universit\u00e9 de Bourgogne, 27 avril 2023) Et si toute pens\u00e9e \u00e9tait p\u00e9riodiquement menstru\u00e9e&nbsp;? Roseline Lambert, Les Couleurs accidentelles (2018), po\u00e9tesse qu\u00e9b\u00e9coise contemporaine La 2e partie de la journ\u00e9e, continuant d\u2019\u00e9paissir le r\u00e9seau du sang, a &hellip; <a href=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/11\/04\/des-sens-des-espoirs-du-sang-ii\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Des sens &amp; des espoirs du sang (II)<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":375,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[106,26,22,36,46,109,98],"class_list":["post-359","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compte-rendus","tag-adaptation","tag-arts-visuels","tag-bande-dessinee","tag-cinema","tag-litterature","tag-pornographie","tag-sang"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/359","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=359"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/359\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":389,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/359\/revisions\/389"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media\/375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=359"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=359"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=359"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}