{"id":55,"date":"2025-08-08T09:50:46","date_gmt":"2025-08-08T07:50:46","guid":{"rendered":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/?p=55"},"modified":"2025-08-08T09:50:46","modified_gmt":"2025-08-08T07:50:46","slug":"des-visages-pieuvres-solidairement-tentaculaires-du-fanzine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/08\/08\/des-visages-pieuvres-solidairement-tentaculaires-du-fanzine\/","title":{"rendered":"Des visages pieuvres, solidairement tentaculaires, du fanzine"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Compte-rendu des 2<sup>\u00e8mes<\/sup> Universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 du fanzine (UEF de la Fanzinoth\u00e8que de Poitiers, du 18 au 21 ao\u00fbt 2022)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ab62852c487eb85292af03feb55f32d1\">Les 2<sup>\u00e8mes&nbsp;<\/sup>Universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 du fanzine, qui se sont tenues \u00e0 Poitiers du 18 au 21 ao\u00fbt 2022, \u00e9taient consacr\u00e9es au fanzine en tant que m\u00e9dia \u00e0 la fois marginal et f\u00e9d\u00e9rant, d\u2019une&nbsp;fabuleuse&nbsp;plasticit\u00e9&nbsp;de formes et de motifs, et la s\u00e9rie de tables rondes propos\u00e9es pour l\u2019occasion, auxquelles j\u2019ai pu assister pour la majorit\u00e9 d\u2019entre elles, avait en particulier vocation \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au(x) rapport(s) de ce m\u00e9dia \u00e0 un geste politique fort. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ce projet ambitieux, ces journ\u00e9es toutes de discussions foisonnantes ont accueilli un large questionnement sur le fanzine comme v\u00e9hicule de transmission d\u2019un rapport \u00e0 soi et d\u2019un rapport au monde engag\u00e9 et<em>&nbsp;virulent<\/em>,&nbsp;surtout&nbsp;en ce que cet espace permet de communiquer un regard singulier sur diff\u00e9rents microcosmes, &#8211;&nbsp;espaces qui&nbsp;n\u2019excluent pas un rapport au macrocosme,&nbsp;bien au contraire&nbsp;-, d\u2019\u00e9tendue variable, mais toujours dans un esprit de communaut\u00e9 qui s\u2019esp\u00e8re,&nbsp;dans diff\u00e9rentes mesures,&nbsp;contagieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-251d4d8903db2a86e187adc8d59e359e\">En ce sens, la journ\u00e9e du vendredi a tr\u00e8s largement et en d\u00e9tail brass\u00e9 l\u2019univers du fanzine dans ses liens avec le politique. Ainsi, la premi\u00e8re table ronde, \u00e0 laquelle je n\u2019ai pas assist\u00e9, annon\u00e7ait d\u2019embl\u00e9e cette couleur s\u00e9mantique. Intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Fanzine et politique&nbsp;\u00bb et mod\u00e9r\u00e9e par Samuel Etienne (\u00e9diteur de fanzines musicaux, litt\u00e9raires et artistiques depuis les ann\u00e9es 80), elle r\u00e9unissait Izabeau Legendre (doctorant en Cultural Studies \u00e0 Kingston, Ontario), Daniel de&nbsp;Ch\u00e9ribibi,&nbsp;Arthur Plateau (graphic designer) et Gildas Lescop (docteur en sociologie et auteur de la th\u00e8se&nbsp;<em>Skinhead, du ph\u00e9nom\u00e8ne de mode au ph\u00e9nom\u00e8ne social<\/em>). Partant du pr\u00e9suppos\u00e9&nbsp;qu\u2019\u00e9diter&nbsp;un fanzine constitue un acte politique en soi, la table ronde a visiblement questionn\u00e9 l\u2019orientation politique qui est celle qui accompagne l\u2019\u00e9dition d\u2019un zine en parcourant entre autres des fanzines affich\u00e9s comme politiques, tels que les anarzines, et des fanzines se revendiquant au contraire comme apolitiques (skinzines).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4e55b6f6b1b4045d4993121c29329ee3\">Dans un esprit coh\u00e9rent mais abordant le sujet d\u2019une mani\u00e8re qui se d\u00e9fendait comme moins g\u00e9n\u00e9rique, la deuxi\u00e8me table ronde \u00e9tait intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Fanzines f\u00e9ministes et sc\u00e8nes DIY&nbsp;\u00bb. Partant de la convocation des mouvements Queercore et Riot Grrrl \u00e9mergeant dans les ann\u00e9es 1990 aux Etats-Unis, la table ronde s\u2019est concentr\u00e9e sur des exemples de fanzines f\u00e9ministes et le parcours de leurs cr\u00e9atrices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2b049d065d559234a6f6d31a80603fe2\">Mod\u00e9r\u00e9e par Louise Barri\u00e8re (doctorante \u00e9tudiant les approches f\u00e9ministes des musiques DIY, sortant des disques avec&nbsp;<em>Skatepizza Record<\/em>&nbsp;et coorganisant des concerts punk dans la r\u00e9gion toulousaine), la table ronde r\u00e9unissait la cr\u00e9atrice de Stryga, fanzine f\u00e9ministe participatif d\u00e9di\u00e9 au Black Metal et \u00e0 l\u2019art underground (prochain num\u00e9ro consacr\u00e9 aux folklores !) et Nathalie du collectif queer, artistique et festif GanG ReineS.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"436\" height=\"573\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-15.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-58\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-15.png 436w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-15-228x300.png 228w\" sizes=\"auto, (max-width: 436px) 100vw, 436px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Fanzine du collectif GanG ReineS, n\u00b01 (2020)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3f26e982356c4418ef59b6ec78f06d6d\">Les deux intervenantes ont d\u2019abord, dans l\u2019esprit de ces universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9, d\u00e9fini leur cr\u00e9ation et leur projet en mettant l\u2019accent sur leur caract\u00e8re politique. Ainsi le fanzine Stryga s\u2019attache \u00e0 montrer les frictions entre f\u00e9minisme et Black Metal, &#8211; avec l\u2019exemple cit\u00e9 de la branche&nbsp;NSBL&nbsp;(National-Socialist Black Metal) -, et le virilisme qui lui est associ\u00e9, fond\u00e9 sur une esth\u00e9tique de la violence et une \u00e9ducation qui d\u00e9veloppe et glorifie des st\u00e9r\u00e9otypes de genre. En coh\u00e9rence et nuance, l\u2019intervenante portant les voix de GanG ReineS a expliqu\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 que les cr\u00e9ations du collectif se&nbsp;fondaient&nbsp;sur une ligne qui \u00e9tait celle d\u2019une diversit\u00e9 des f\u00e9minismes, et a d\u00e9fini ainsi le collectif comme l\u2019espace d\u2019un dialogue appelant un repositionnement permanent d\u00e9pendant de l\u2019\u00e9tape dans la d\u00e9construction o\u00f9 se situe chaque collaboratrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2762666be5ef907c0b36c83285d14b90\">Cette r\u00e9flexion a conduit les intervenantes \u00e0 expliquer les questionnements qui avaient accompagn\u00e9 leur projet. Aussi la cr\u00e9atrice de&nbsp;Stryga&nbsp;s\u2019est-elle inqui\u00e9t\u00e9e du caract\u00e8re \u00e9litiste de sa cr\u00e9ation, obstacle \u00e0 sa vocation f\u00e9d\u00e9ratrice, et a motiv\u00e9 son choix, pour se pr\u00e9server de cet \u00e9cueil, de l\u2019\u00e9criture de son fanzine en anglais, langue d\u2019une culture anglo-saxonne qui lui para\u00eet plus soucieuse et au fait des violences sexistes, racistes et&nbsp;n\u00e9ocolonialistes&nbsp;dans le Black Metal.&nbsp;Dans le m\u00eame esprit, mais se positionnant par rapport \u00e0 la dimension collaborative du fanzine, la repr\u00e9sentante de GanG ReineS a distingu\u00e9 deux \u00e9tapes dans la progression des publications&nbsp;: d\u2019objet qui reposait d\u2019abord sur des contributions \u00e9clat\u00e9es, risquant et un jaillissement de voix cacophonique et un \u00e9litisme isolant, le fanzine du groupe a pu d\u00e9velopper \u00e0 partir du 3<sup>e<\/sup>&nbsp;num\u00e9ro un sentiment collectif, avec un temps de cr\u00e9ation coh\u00e9rent et f\u00e9d\u00e9rant ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f96db40e7436a554f54290319322c38f\">Enfin, dans la ligne de cette inqui\u00e9tude relative au cloisonnement de l\u2019\u0153uvre \u00e0 un lectorat restreint, les deux intervenantes ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la diffusion de leur fanzine&nbsp;: si pour&nbsp;Stryga&nbsp;la vente se fait&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;internet dans une volont\u00e9 d\u2019exploration de lectorats pluriels, GanG ReineS, se diffusant de main \u00e0 main, avec un prix libre dans une d\u00e9marche anticapitaliste, n\u2019avait pas au d\u00e9part vocation \u00e0 l\u2019exportation. Au contraire d\u2019une approche&nbsp;mondialiste,&nbsp;le collectif visait, par l\u2019interm\u00e9diaire du Bar Le L\u00e9zard au Mans, une diffusion au niveau local et une visibilit\u00e9 sur le plan r\u00e9gional. Il reste que la proposition de la Frac Bretagne d\u2019exposer GanG ReineS au Mus\u00e9e d\u2019Art de Rennes a nourri un d\u00e9bat important au sein du collectif, car si celui-ci est favorable \u00e0 la visibilisation, il s\u2019interroge sur les effets de l\u2019institutionnalisation et ses contradictions potentielles avec la marginalit\u00e9 revendiqu\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3b8ee503172ee0b155c5682d4a19d238\">Enfin, la derni\u00e8re table ronde de la journ\u00e9e, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Fanzines et foot&nbsp;\u00bb, portait sur les liens entre fanzine et mouvement Ultra, en \u00e9cho \u00e0 l\u2019exposition \u00ab&nbsp;Ultras&nbsp;: 40 ans de fanzines dans le mouvement supporters&nbsp;\u00bb de la Fanzinoth\u00e8que de Poitiers, et ainsi sur la puissance&nbsp;<em>politique<\/em>&nbsp;du groupe, d\u2019abord en tant qu\u2019il f\u00e9d\u00e8re une communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-72af0f910beed6d2434ea824e2981552\">R\u00e9unissant les membres de l\u2019\u00e9quipe de&nbsp;<em>Gazzetta Ultra\u2019<\/em>, fanzine g\u00e9n\u00e9raliste, la table ronde a expos\u00e9 \u00e0 l\u2019audience une typologie chronologique du mouvement Ultra, n\u00e9 en Italie durant les ann\u00e9es de plomb (1970). Dans ce contexte, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration cherche sa place entre communisme et parti conservateur et commence \u00e0 s\u2019approprier, pour trouver une voie alternative propre, un espace dans le stade. Par d\u00e9finition, cet espace \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du stade est politis\u00e9 dans la mesure o\u00f9 sa coh\u00e9rence repose sur la puissance des chants et animations, par lesquels se cr\u00e9e la renomm\u00e9e d\u2019un groupe, et qui m\u2019a rappel\u00e9 la fonction inspirante et \u00e9pique du barde accompagn\u00e9 de son <em>crwth<\/em> dans l\u2019antiquit\u00e9 celtique &#8211; ce qui \u00e0 mon avis pose la question du rapport \u00e0 la violence, sur laquelle le compte-rendu reviendra par la suite. Les membres de l\u2019\u00e9quipe se sont en particulier attach\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir le supporter Ultra, qu\u2019ils ont d\u00e9fendu comme allant au-del\u00e0 d\u2019un supporter classique. En effet, si celui-ci soutient son \u00e9quipe, le supporter Ultra organise sa vie et pour soutenir son \u00e9quipe et pour faire vivre son groupe. Restant debout durant tout le match pour influer sur la rencontre, il chante avec ses pairs pendant 90 minutes pour manifester son soutien comme son unit\u00e9, tout deux inconditionnels.&nbsp;Par cons\u00e9quent, le supporter Ultra ne se per\u00e7oit pas dans son individualit\u00e9 mais comme partie d\u2019un tout qu\u2019il cherche \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer avec \u00e9nergie et assiduit\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que le fanzine de groupe devient un outil majeur de cette construction collective, lui qui rayonne d\u2019abord dans l\u2019entre-soi comme vecteur de coh\u00e9sion des membres du groupe. Toutefois, d\u00e9sireux de communiquer avec les autres groupes et de r\u00e9pondre \u00e0 des liens fort d\u2019amiti\u00e9s entre membres de diff\u00e9rents groupes, les fanzines g\u00e9n\u00e9ralistes comme&nbsp;<em>Gazzetta Ultra\u2019<\/em>&nbsp;d\u00e9fendent aussi une approche transversale&nbsp;: ils visent en effet&nbsp;la communication intergroupes quand les fanzines exclusifs de groupes appartiennent \u00e0 une communaut\u00e9&nbsp;qui leur est propre et r\u00e9pondent \u00e0 un projet de m\u00e9moire collective&nbsp;de&nbsp;cette&nbsp;communaut\u00e9, y compris anecdotique &#8211; un peu \u00e0 la mani\u00e8re des almanachs, afin de raconter la vie du groupe et ses errances et petites gal\u00e8res quotidiennes.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"774\" height=\"493\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-16.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-59\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-16.png 774w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-16-300x191.png 300w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-16-768x489.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 774px) 100vw, 774px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Fresque murale participative (Exposition \u00ab&nbsp;Ultras&nbsp;: 40 ans de fanzines dans le mouvement supporters&nbsp;\u00bb, Fanzinoth\u00e8que de Poitiers)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-abd3029b94d4652cf89779cf402c6f2d\">Ensuite, les liens entre fanzines de foot&nbsp;et mouvement Ultra&nbsp;apparaissent&nbsp;\u00e9minemment politiques&nbsp;dans le sens o\u00f9 les groupes de supporters Ultra d\u00e9fendent leur ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du club, face auquel ils se positionnent comme un contre-pouvoir. Ils d\u00e9veloppent ainsi une capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019auto-financer pour d\u00e9fendre leur pouvoir de transmission mais aussi&nbsp;par cons\u00e9quent,&nbsp;de subversion,&nbsp;avec l\u2019exemple de l\u2019Egypte, o\u00f9 les autorit\u00e9s institutionnelles lisent&nbsp;et condamnent les Ultras&nbsp;comme&nbsp;elles le feraient pour des&nbsp;associations criminelles.&nbsp;Les&nbsp;Ultras&nbsp;pr\u00e9sents se sont ainsi, de mani\u00e8re attendue, positionn\u00e9s&nbsp;face aux Hooligans, qui se&nbsp;situent&nbsp;d\u2019apr\u00e8s&nbsp;eux&nbsp;dans une logique de confrontation physique, tandis que le supporter Ultra n\u2019est pas n\u00e9cessairement un fan de foot assoiff\u00e9 de voir son \u00e9quipe terrasser son adversaire mais davantage fan de ce que son groupe repr\u00e9sente&nbsp;et de l\u2019incidence que son engagement peut avoir sur l\u2019\u00e9quipe. Le foot appara\u00eet par cons\u00e9quent comme entr\u00e9e en mati\u00e8re et pr\u00e9texte \u00e0 un regard politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-287c87c026f9a16ca470b93e0bee58fa\">Pour&nbsp;terminer, le rapport du fanzine de foot au politique s\u2019est densifi\u00e9 quand il s\u2019est agi de r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00e0 la diffusion du m\u00e9dia, qui a connu un basculement avec l\u2019essor d\u2019internet, avant de vivre un retour en force du fanzine dans le mouvement Ultra dans les ann\u00e9es 2010. Ce retour s\u2019est&nbsp;accompagn\u00e9&nbsp;d\u2019une vision renouvel\u00e9e du fanzine de foot dans son rapport \u00e0 l\u2019institution&nbsp;: en effet, m\u00eame si vendu en kiosque, le m\u00e9dia est consid\u00e9r\u00e9 comme fanzine par les intervenants, donc m\u00e9dia de coh\u00e9sion de marginalit\u00e9s c\u00e9l\u00e9br\u00e9es et contre-pouvoir, mais patrimonialis\u00e9s ou, tout du moins, en voie de patrimonialisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-04f84c410a9b91e4414d692a214c901b\">La journ\u00e9e du samedi a continu\u00e9 de creuser la question du rapport \u00e9troit entre fanzine et politique, mais cette fois-ci en abordant le rapport entre un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb sujet \u00e9crivant et objet de l\u2019\u00e9criture et ses lectorats. Aussi dans un premier temps, c\u2019est l\u2019angle autobiographique qui a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9, par le m\u00e9dia du personal zine ou egozine, avec une 4<sup>e<\/sup> table ronde consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture autobiographique dans le fanzine, sa puissance d\u2019exploration et de rattachement politique et ses limites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-1f4c6d79d4224f00b0b629c898944dc8\">Mod\u00e9r\u00e9e par Guillaume Gwardeath, la table ronde rassemblait Cora Wang-Chang (cr\u00e9atrice du fanzine&nbsp;<em>Bobby Pins<\/em>), Adrien Durand (cr\u00e9ateur du fanzine&nbsp;<em>Le Gospel<\/em>), Delphine Bucher (cr\u00e9atrice des \u00e9ditions de La derni\u00e8re chance), Violette Gauthier (cr\u00e9atrice du fanzine&nbsp;<em>Eau de javel<\/em>) et David Snug (cr\u00e9ateur du fanzine&nbsp;<em>Bonne ambiance<\/em>&nbsp;aux \u00e9ditions de La Petite Maison dans l\u2019imprimerie). La table ronde a en particulier interrog\u00e9 le fanzinat et l\u2019auto-publication en tant qu\u2019ils pouvaient appara\u00eetre comme \u00e9cole et lieu d\u2019apprentissage et de d\u00e9veloppement de l\u2019exercice autobiographique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\">\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"338\" height=\"338\" data-id=\"62\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-19.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-62\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-19.png 338w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-19-300x300.png 300w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-19-150x150.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 338px) 100vw, 338px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"250\" height=\"334\" data-id=\"63\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-20.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-63\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-20.png 250w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-20-225x300.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Violette Gauthier, son fanzine <\/em>Eau de Javel<em> &amp; <\/em>ses172 d\u00e9tails de mes 19 ans<em> (L\u2019Oie de Cravan, 2024)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a62f13c5b8abad3482af8b5785265991\">Les cr\u00e9ateurices pr\u00e9sent.es ont pour ce faire commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir leur fanzine. Violette Gauthier a ainsi expliqu\u00e9 que son fanzine&nbsp;<em>Eau de javel<\/em>&nbsp;\u00e9tait n\u00e9 d\u2019un travail demand\u00e9 par un professeur d\u2019Arts plastiques et n\u00e9 de l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019\u00e9crire un journal intime. Imm\u00e9diatement, le t\u00e9moignage de l\u2019autrice a pos\u00e9 la question de l\u2019ind\u00e9pendance des lectorats par rapport \u00e0 l\u2019horizon d\u2019attente envisag\u00e9 \u00e0 priori. En effet, m\u00eame si les sujets abord\u00e9s dans son fanzine visaient plut\u00f4t un lectorat adolescent, il n\u2019emp\u00eache qu\u2019<em>Eau de javel<\/em> a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 lu par des adultes. De m\u00eame, Adrien Durand et David Snug ont insist\u00e9 sur les sp\u00e9cificit\u00e9s de leur cr\u00e9ation et ont questionn\u00e9 le rapport du m\u00e9dia \u00e0 la culture et \u00e0 la langue. Le premier a en particulier d\u00e9fendu le lien entre pratique du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb autobiographique et litt\u00e9rature para-journalistique, dans la mesure o\u00f9 les 2 seraient autant de fa\u00e7ons d\u2019assumer un contenu personnel orient\u00e9. David Snug a quant \u00e0 lui port\u00e9 son attention sur le rapport du fanzine \u00e0 l\u2019institution par le biais de la langue et a insist\u00e9 sur le fait que son fanzine \u00e9tait traduit d\u2019un \u00ab&nbsp;fran\u00e7ais cacophonique vers le fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb, car au d\u00e9part tr\u00e8s fortement impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019oralit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 devenir un \u00ab&nbsp;fran\u00e7ais qui ne se lit pas&nbsp;\u00bb, appelant selon l\u2019auteur un recadrage pour se conformer \u00e0 un horizon d\u2019attente institutionnel pr\u00e9suppos\u00e9, \u00e0 l\u2019inverse, lisible, r\u00e9flexion qui montre bien la relation solidaire de l\u2019\u00e9criture fanzineuse \u00e0 la marge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e435d0e8589e80b51f206f5bcffee96d\">Pour terminer, cette 4<sup>e<\/sup>&nbsp;table ronde a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019interroger la relation \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 du m\u00e9dia et le foisonnement de ses r\u00e9ceptions. Ainsi,&nbsp;<em>Eau de javel<\/em>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu par son autrice comme un contenu exclusif \u00e0 l\u2019impression et les r\u00e9seaux sociaux, bien que con\u00e7us \u00e0 priori comme lieu de livraison de l\u2019intime, comme un outil de diffusion, et non une fin. Cora Wang-Chang s\u2019est plus pr\u00e9cis\u00e9ment positionn\u00e9e sur ce terrain en r\u00e9fl\u00e9chissant aux lectures qu\u2019appellent les diff\u00e9rents supports des zines. D\u2019apr\u00e8s l\u2019autrice, le livre mat\u00e9riel appelle une lecture plus concentr\u00e9e alors que la lecture d\u2019une page de blog lui appara\u00eet plus \u00e9clat\u00e9e et repose sur un rythme + insaisissable. La limite principale demeure quoi qu\u2019il en soit celle de risquer de cr\u00e9er, par un zine d\u00e9veloppant une singularit\u00e9 affirm\u00e9e et se situant dans une posture qui se pense alternative, une \u0153uvre \u00e9litiste rompant avec la volont\u00e9 de f\u00e9d\u00e9rer. Dans l\u2019assistance, un auditeur attentif et engag\u00e9 sur le sujet, Ma\u00ebl Rannou, a r\u00e9agi en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 l\u2019incidence de la forme du zine, de son \u00e9dition et de sa r\u00e9ception, sur son contenu. Ainsi, l\u2019egozine peut se faire m\u00e9tamorphe quand il passe d\u2019un \u00e9diteur \u00e0 un autre, et ces changements invitent aussi en tant qu\u2019auteur \u00e0 s\u2019interroger sur notre propre rapport \u00e0 la r\u00e9ception que le public fait de nos egozines. Cette question a fait \u00e9cho pour moi \u00e0 la r\u00e9flexion d\u2019Umberto Eco dans son&nbsp;<em>Lector in fabula<\/em>, et en particulier au cas exemplaire des&nbsp;<em>Myst\u00e8res de Paris<\/em>&nbsp;d\u2019Eug\u00e8ne Sue \u00e9tudi\u00e9 par le s\u00e9mioticien, et qui \u00e9tait un ouvrage con\u00e7u d\u2019abord par son auteur comme une \u0153uvre pittoresque sur la mis\u00e8re, toute faite pour rassasier l\u2019app\u00e9tit des classes dominantes pour un folklore riche mais raccourci sur les classes populaires. Or, s\u2019apercevant que son \u0153uvre \u00e9tait lue selon un point de vue tr\u00e8s diff\u00e9rent, comme porte-\u00e9tendard des luttes des populations minor\u00e9es et invisibilis\u00e9es par la litt\u00e9rature institutionnelle (dont ne faisait en effet pas partie le roman-feuilleton), Eug\u00e8ne Sue a fait d\u00e9vier sa cr\u00e9ation de son projet initial, recevant pleinement la r\u00e9ception qui \u00e9tait faite de son \u0153uvre.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d2bad6e49a672e7d1179222f92168c11\">Enfin, en cl\u00f4ture de cette journ\u00e9e, et prenant toujours en compte cette relation des cr\u00e9ateurices avec leur public, la derni\u00e8re table \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 une autre forme de fanzine, les rapzines, con\u00e7us comme les fanzines de foot pour informer et f\u00e9d\u00e9rer une communaut\u00e9 dans ses identit\u00e9s, ses projets et son rapport au monde. Elle a r\u00e9uni Barry Sy Valade, \u00e9tudiant en M2 Soci\u00e9t\u00e9s et Cultures Urbaines \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Bordeaux Montaigne, et Karim Hammou, sociologue et historien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e920d957ee863f1bb698f393b550367e\">Auteur d\u2019<em>Une histoire du rap en France<\/em>, Karim Hammou a en particulier \u00e9tudi\u00e9 dans son travail de recherche l\u2019exemple de&nbsp;<em>Straight Royeur<\/em>, premier groupe de punk-rap f\u00e9ministe en France, \u00e0 Lyon, fond\u00e9 par Cara Zina et Virginie, qui deviendra Virginie Despentes. Ainsi, en \u00e9tudiant la pr\u00e9sence des voix f\u00e9minines et f\u00e9ministes dans le rap, cette derni\u00e8re rencontre a fait \u00e9cho, dans un geste de pleine coh\u00e9rence, \u00e0 la deuxi\u00e8me table ronde de ces universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9, consacr\u00e9e aux fanzines f\u00e9ministes. Alors, qu\u2019est-ce que le fanzine pour le rap&nbsp;? Voici la question qui a guid\u00e9 la discussion de nos deux voix.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"403\" height=\"614\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-21.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-64\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-21.png 403w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-21-197x300.png 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 403px) 100vw, 403px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-1984c1e5b8f3dc411b0f54b88d6b66d6\">Le rapzine a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini comme <em>safe space<\/em> pour le rappeur, en tant qu\u2019il est con\u00e7u comme presse de rap par des amateurs de rap pour des amateurs de rap. Mais une limite a d\u2019embl\u00e9e \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e par le sociologue, qui a sp\u00e9cifi\u00e9 que le fanzine de Cara Zina et Virginie, &#8211; d\u00e9pontifiant dans un geste parodique, grotesque et savant, le renomm\u00e9<em> Rock and Folk<\/em> pour faire na\u00eetre le tonitruant&nbsp;<em>Splash and&nbsp;Prout &#8211;<\/em>, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 un <em>safe space<\/em> pour ses cr\u00e9atrices. En effet, Virginie Despentes a d\u00fb mener un travail de justification fr\u00e9quent dans ses interviews pour d\u00e9fendre le projet du groupe et a essuy\u00e9 des \u00ab&nbsp;d\u00e9nis d\u2019ant\u00e9riorit\u00e9&nbsp;\u00bb, pratique qui se fonde sur le pr\u00e9jug\u00e9 que personne n\u2019a trait\u00e9 le sujet choisi avant l\u2019artiste repr\u00e9sent\u00e9.e. D\u00e9marche pr\u00e9sum\u00e9e f\u00e9ministe, cette pratique est un faux service rendu \u00e0 l\u2019art cr\u00e9\u00e9 par les femmes en ce qu\u2019elle contribue \u00e0 alimenter une construction masculine, qui invisibilise et amu\u00eft les voix des artistes femmes ant\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d80b42a1fcd052139b68739a9cc576b3\">Cette question du sujet rappeur s\u2019exprimant sur son art par sa voix propre serait le fait m\u00eame des communaut\u00e9s hip-hop, dont le discours \u00e9tait d\u2019abord port\u00e9 par une presse rock \u00e9tablie, qui ne plaisait pas aux repr\u00e9sentants et praticiens du hip-hop. Or, c\u2019est par le fanzine que cette communaut\u00e9, par l\u00e0 m\u00eame r\u00e9duite au silence, a pu recouvrer sa voix et se r\u00e9approprier son univers. C\u2019est&nbsp;<em>Get Busy<\/em>, rapzine qui aborde des sujets de soci\u00e9t\u00e9 et qui, comme&nbsp;<em>The Truth<\/em>, a permis cette r\u00e9appropriation en se situant ouvertement sous la tutelle porteuse d\u2019auteurs comme Franz Fanon et en prenant parti publiquement sur la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-caa2fa368abe241c8315cb5546c020c7\">L\u00e0 aussi, en tant qu\u2019il peut \u00eatre traduit par \u00ab&nbsp;on s\u2019occupe, on fait les choses&nbsp;\u00bb, le c\u00e9l\u00e8bre rapzine entre bruyamment en r\u00e9sonance avec le tr\u00e8s politique DIY \u00e9voqu\u00e9 durant la 2<sup>e<\/sup>&nbsp;table ronde du week-end. Toutefois, \u00e0 l\u2019inverse du Black Metal qui se revendique v\u00e9ritablement comme contre-culture underground risquant ainsi l\u2019\u00e9litisme, si le milieu du rap a une dimension puriste et contre-culturelle, Karim Hammou a insist\u00e9 sur le fait que ce milieu ne s\u2019inscrivait pas dans une d\u00e9marche anticapitaliste&nbsp;: en effet, si les rapzines ne sont pas diffus\u00e9s en kiosque, c\u2019est davantage par d\u00e9faut que par pr\u00e9f\u00e9rence alternative, car le milieu, tr\u00e8s professionnel dans son rapport au fanzine, n\u2019appara\u00eet pas du tout adepte du DIY. S\u2019est alors in\u00e9vitablement pos\u00e9e la question de la position d\u00e9fendue par rapport \u00e0 l\u2019institution et \u00e0 l\u2019institutionnalisation. Une auditrice a alors questionn\u00e9 \u00e0 cette occasion la patrimonialisation du fanzine et de la culture hip-hop. Karim Hammou a r\u00e9pondu en indiquant qu\u2019il y avait un vrai d\u00e9bat sur le sujet dans le milieu du rap, loin du consensus, ce qui s\u2019explique selon lui par les temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes repr\u00e9sent\u00e9es. Par ailleurs, les disparit\u00e9s sont aussi plus largement culturelles dans la mesure o\u00f9 la patrimonialisation n\u2019est pas la m\u00eame en France et aux Etats-Unis et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce sujet appelle donc un constant repositionnement. En effet, si en France l\u2019institutionnalisation du milieu est de nature souvent associative, les Etats-Unis proposent surtout des initiatives marchandes, dans la ville de New York par exemple, dont on dit qu\u2019elle \u00ab&nbsp;mus\u00e9ifie&nbsp;\u00bb le hip-hop. Ainsi, comme dans le cas de la bande dessin\u00e9e alternative, la r\u00e9flexion implique un r\u00e9ajustement r\u00e9gulier&nbsp;: les histoires culturelles regorgent d\u2019exemples o\u00f9 des marges revendiqu\u00e9es finissent par \u00eatre absorb\u00e9es et devenir partie constitutive de la culture&nbsp;<em>mainstream<\/em>, comme la Trap, pr\u00e9d\u00e9finie comme sous-genre du rap mais qui repr\u00e9sente aujourd\u2019hui 80&nbsp;% du rap stream\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b3c89e60b7c2179bda9ac13f65f496ea\">Pour terminer, la question s\u2019est pos\u00e9e du rapport du milieu aux supports de m\u00e9diation et celle de la r\u00e9ception. Si la presse rap est repr\u00e9sent\u00e9e dans les ann\u00e9es 90 avec des cr\u00e9ations comme&nbsp;<em>Radical<\/em>,&nbsp;<em>Groove<\/em>,&nbsp;<em>Rer<\/em>, la critique rap passe par diff\u00e9rents canaux&nbsp;: la presse magazine, bien s\u00fbr, mais aussi les forums, et les titres, dans lesquels, entre les lignes, se nouent des inimiti\u00e9s. Tout en nouant un rapport \u00e9troit avec la mat\u00e9rialit\u00e9 de leurs fanzines, les repr\u00e9sentant.es et praticien.nes du rap reconnaissent l\u2019efficacit\u00e9 du m\u00e9dia num\u00e9rique, comme YouTube, qui a permis par exemple \u00e0 Orelsan de percer dans le milieu et l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 se construire une identit\u00e9 et une renomm\u00e9e. Ainsi, c\u2019est surtout le rapport du monde du rap avec les m\u00e9dias traditionnels qui a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9, dans la mesure o\u00f9 ceux-ci sont per\u00e7us par le milieu comme ne t\u00e9moignant que d\u2019un point de vue partiel, partial et n\u00e9cessairement hors jeu. C\u2019est pourquoi selon Barry Sy Valade le monde du rap doit n\u00e9cessairement communiquer par des canaux alternatifs et qu\u2019ainsi le fanzinat rap se d\u00e9finit d\u2019embl\u00e9e comme pamphl\u00e9taire et politique. Karim Hammou a quant \u00e0 lui insist\u00e9 sur la construction difficile d\u2019un espace de r\u00e9flexion sur le rap, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019espace cr\u00e9\u00e9 par&nbsp;<em>L\u2019Ab\u00e9c\u00e9daire du son<\/em>. Le sociologue et historien a rappel\u00e9 \u00e0 ce titre l\u2019affaire Sexion d\u2019assaut et l\u2019opposition violente du groupe \u00e0 la journaliste critique musicale Nathalie Sorlin, qui avait mis au jour les discours homophobes d\u2019un des membres du groupe et qui a \u00e9t\u00e9 blacklist\u00e9e et harcel\u00e9e. La table ronde s\u2019est toutefois achev\u00e9e sur un mot d\u2019espoir d\u2019une auditrice, qui a r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la construction des ic\u00f4nes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la presse musicale et dans le fanzinat (pris alors dans son sens originel, qui implique une figure de <em>fan<\/em>) et a affirm\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir confiance dans les groupes et auditeurices dans leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019extraire du buzz m\u00e9diatique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"425\" height=\"318\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-22.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-65\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-22.png 425w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-22-300x224.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 425px) 100vw, 425px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Stand des <\/em>Ciseaux Fanzine<em> (3\u00e8mes UEF, Utopies estivales du fanzine, Poitiers, du 25 au 27 ao\u00fbt 2023)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b41ad2181905d9ce6c859c4d0ebd4ba8\">Zines de tous visages, explosions &amp; d\u00e9coupages n\u00e9cessaires pour tisser-coller un r\u00e9seau d\u2019\u00e9tincelles solidaires au monde \u00e0 partir du gouffre solitaire d\u2019une subjectivit\u00e9 intime comme de celle qui fait vibrer le c\u0153ur d\u2019une communaut\u00e9 toute enti\u00e8re. Joie, joie, devant ce foisonnement qui s\u2019affranchit et affranchit &#8211; et me voil\u00e0 qui pontifie sur &#8211; et m\u2019englue joyeusement dans &#8211; les marges.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"346\" height=\"452\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-23.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-66\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-23.png 346w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-23-230x300.png 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 346px) 100vw, 346px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Flyer des 3\u00e8mes UEF&nbsp; &amp; <\/em>Du bout des li\u00e8vres<em> d\u2019Ang\u00e8le Douche<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Cr\u00e9dits bandeau : affiche des 2e UEF<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu des 2\u00e8mes Universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 du fanzine (UEF de la Fanzinoth\u00e8que de Poitiers, du 18 au 21 ao\u00fbt 2022) Les 2\u00e8mes&nbsp;Universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 du fanzine, qui se sont tenues \u00e0 Poitiers du 18 au 21 ao\u00fbt 2022, \u00e9taient consacr\u00e9es au fanzine en tant que m\u00e9dia \u00e0 la fois marginal et f\u00e9d\u00e9rant, d\u2019une&nbsp;fabuleuse&nbsp;plasticit\u00e9&nbsp;de formes et de motifs, &hellip; <a href=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/08\/08\/des-visages-pieuvres-solidairement-tentaculaires-du-fanzine\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Des visages pieuvres, solidairement tentaculaires, du fanzine<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":133,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[31,33,29,35,15,30,41,28,34],"class_list":["post-55","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compte-rendus","tag-autobiographie","tag-communaute","tag-diy","tag-fanzine","tag-feminisme","tag-foot","tag-marge","tag-politique","tag-rap"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":134,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions\/134"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media\/133"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}