{"id":98,"date":"2025-08-20T08:10:00","date_gmt":"2025-08-20T06:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/?p=98"},"modified":"2025-08-29T18:20:48","modified_gmt":"2025-08-29T16:20:48","slug":"toute-toute-deuxieme-fois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/08\/20\/toute-toute-deuxieme-fois\/","title":{"rendered":"Toute toute deuxi\u00e8me fois\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Compte-rendu du SoBD 2022 (du 2 au 4 d\u00e9cembre 2022)<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"298\" height=\"398\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-39.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-105\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-39.png 298w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-39-225x300.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 298px) 100vw, 298px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Beno\u00eet Vidal, <\/em>Pauline \u00e0 Paris<em> (FLBLB, 2015)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-592b80d30f1f6b97456a65965f27f5c8\">Voil\u00e0, c\u2019en est fait, je peux le dire : je ne suis plus une profane aussi neuve ni gousse de vanille aussi fra\u00eeche qu\u2019en d\u00e9cembre dernier. Quelle curieuse exp\u00e9rience que faire ce SoBD 2022, 1<sup>er <\/sup>festival BD, cr\u00e9\u00e9 par Renaud Chavanne, que je refais et qui me fait vivre la si vive et singuli\u00e8re po\u00e9sie de la premi\u00e8re deuxi\u00e8me fois ! O\u00f9 j\u2019ai des papillons dans la t\u00eate et dans le ventre, sans \u00eatre bien certaine de les avoir apprivois\u00e9s, o\u00f9 je continue de construire, \u00e0 partir d\u2019un socle doucement \u00e9labor\u00e9, sans rapport nostalgique, toujours \u00e9veill\u00e9e et la curiosit\u00e9 toujours engag\u00e9e, mais avec des questions qui s\u2019ajoutent et s\u2019amoncellent joyeusement les unes sur les autres, comme des murs, des fen\u00eatres, qui se dressent, se nourrissent de mat\u00e9riaux neufs, qui se m\u00ealent aux premiers, et se d\u00e9placent dans les pi\u00e8ces au gr\u00e9 des ouvrages rencontr\u00e9s et donnent \u00e0 la construction d\u2019ensemble une profondeur et une coh\u00e9rence constamment renouvel\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-da981b8a82a6dd9059cfa8ef0ee7716b\">D\u00e8s le vendredi, avec Ir\u00e8ne, co-promeneuse attentive et bienveillante, je parcours les stands, les yeux ouverts mais lointaine, une peu dilettante, car j\u2019aime \u00e0 go\u00fbter les lieux et m\u2019impr\u00e9gner de leur saveur avant d\u2019engager ma pleine et rigoureuse attention. Je me souviens alors de la premi\u00e8re d\u00e9dicace de bande dessin\u00e9e que j\u2019ai obtenue, en d\u00e9cembre 2021, dans ce m\u00eame salon, par un certain Martes Bathori, dont&nbsp;<em>Ho\u00efchi le sans oreilles et autres histoires de fant\u00f4mes japonais&nbsp;<\/em>m\u2019avait tout de suite frapp\u00e9e quand je l\u2019avais vu sur le stand de cette maison d\u2019\u00e9dition dont je sais maintenant prononcer le nom. Le dessin, l\u2019univers, m\u2019avaient interpel\u00e9e, mais aussi le lien avec un projet que j\u2019avais engag\u00e9 en 2016, d\u2019explorer les cultures et litt\u00e9ratures japonaises. C\u2019est que, si j\u2019aime \u00e0 partir \u00e0 l\u2019aventure telle une Don Quichotte convaincue, j\u2019aime \u00e0 le faire avec une ancre pour tisser du lien et des ponts entre les mondes que je d\u00e9couvre. En errant donc dans les all\u00e9es, je m\u2019arr\u00eate au stand d\u2019Adverse, dont je ne vois pas le nom tout de suite, alors qu\u2019avec Atrabile, Cambourakis, The Hoochie Coochie, c\u2019est une maison d\u2019\u00e9dition dont les choix me parlent. Et, pendant que mon amie discute avec l\u2019auteur pr\u00e9sent, un certain J\u00e9r\u00f4me LeGlatin, &#8211; que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 au festival de Colomiers en 2021 mais \u00e7a, je ne le savais pas encore -, mes yeux tombent sur&nbsp;<em>Polyph\u00e8me<\/em>, bande dessin\u00e9e que mon ancien camarade et d\u00e9sormais coll\u00e8gue, Fran\u00e7ois, commissaire d\u2019expo et mod\u00e9rateur \u00e0 Colomiers, m\u2019avait montr\u00e9e en novembre 2021, et je m\u2019\u00e9tais alors dit \u00ab&nbsp;wha, mais \u00e7a me pla\u00eet \u00e7a, c\u2019est \u00e7a que je veux&nbsp;! \u00bb. Je r\u00e9serve donc mon exemplaire aupr\u00e8s de l\u2019auteur, auquel je demande une d\u00e9dicace, et nous fixons un rendez-vous pour le dimanche, puis je me remets en marche, souriante et avec un c\u0153ur vibrant, tout au bord des yeux. C\u2019est que je reprends mon souffle car sais que je me pr\u00e9pare \u00e0 un week-end qui s\u2019annonce riche d\u2019\u00e9motions et d\u2019apprentissages. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4ea235138bda253fae1223127d6d7ba7\">C\u2019est tr\u00e8s justement ce qu\u2019il sera.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e874c7d41990cb9890ee7d17a2a6a28d\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La journ\u00e9e du samedi \u00e9tait consacr\u00e9e aux \u00ab&nbsp;Pratiques traditionnelles&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;nouvelles mani\u00e8res&nbsp;\u00bb de faire de la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8d0ab908ed6759eae51c0ca3395afdcf\">La premi\u00e8re table ronde, mod\u00e9r\u00e9e par Marius Jouanny, &#8211; journaliste sp\u00e9cialis\u00e9 et co-fondateur des \u00e9ditions Azimut bas\u00e9es \u00e0 Angoul\u00eame o\u00f9 celui-ci publie des fanzines en romans-photos -, envisageait le roman-photo comme une des formes de la bande dessin\u00e9e. Cette rencontre r\u00e9unissait Beno\u00eet Vidal, auteur de <em>Pauline \u00e0 Paris<\/em> (FLBLB), une cr\u00e9ation situ\u00e9e \u00e0 mi-chemin entre la BD et le roman-photo, Bruno L\u00e9andri, auteur de photo-bandes dessin\u00e9es pour <em>Fluide Glacial<\/em>, et Jan Baetens, auteur d\u2019un cin\u00e9-roman photo et d\u2019une \u00e9tude <em>Pour le roman-photo<\/em> publi\u00e9e en 2017, et inscrite depuis sur ma liste d\u2019ouvrages \u00e0 lire&nbsp;! Tout de suite, je comprends que la table ronde et la journ\u00e9e seront toute tourn\u00e9es vers les formes pens\u00e9es mineures et leur rapport \u00e0 un patrimoine install\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5d50a1a2eb9441839c4e6af6208e6ce6\">D\u00e8s l\u2019ouverture de la table ronde, les questions qui se posent sont celles de la situation du roman-photo aujourd\u2019hui, compar\u00e9e \u00e0 celle v\u00e9cue par la bande dessin\u00e9e dans le dernier tiers du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, du potentiel cr\u00e9atif de ce m\u00e9dium m\u00e9connu et des motivations des intervenants\u00a0: comment expliquer le choix d\u2019une forme mineure, et ce en d\u00e9pit des stigmates et des clich\u00e9s qui lui sont associ\u00e9s\u00a0? Beno\u00eet Vidal a tout de suite c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la grande plasticit\u00e9 du m\u00e9dium, prenant le contrepied du pr\u00e9jug\u00e9 qui cantonnerait cette forme \u00e0 l\u2019humour et \u00e0 la romance \u00e0 l\u2019eau de rose &#8211; que j\u2019aime aussi, et donc l\u2019argument me fait esquisser un sourire g\u00ean\u00e9, mais bref, passons ! Ainsi selon lui, le m\u00e9dium serait sous-exploit\u00e9. Jan Baetens a de son c\u00f4t\u00e9 imm\u00e9diatement propos\u00e9 un autre \u00e9clairage au sujet, car pas de stigmates marquant cette forme en Belgique d\u2019apr\u00e8s lui, o\u00f9 le roman-photo est per\u00e7u comme un m\u00e9dium l\u00e9gitime. L\u2019intervenant d\u00e9fend ainsi une approche affranchie de plusieurs pr\u00e9suppos\u00e9s\u00a0: selon lui, roman-photo et humour seraient incompatibles et le roman-photo ne serait pas une sorte de bande dessin\u00e9e. Les deux pr\u00e9sentent des traits communs bien s\u00fbr, comme la mise en page et les bulles, mais ceux-ci lui apparaissent comme des traits superficiels. Bruno L\u00e9andri a d\u00e9fendu lui aussi une approche diff\u00e9rente en d\u00e9finissant le roman-photo comme une forme disponible pour accueillir une incapacit\u00e9 \u00e0 dessiner. Le m\u00e9dium serait alors choisi par d\u00e9faut, regard qui est l\u2019occasion pour lui de rappeler la figure tut\u00e9laire de Gotlib, qui voulait justement faire du roman-photo une des variantes de la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"369\" height=\"520\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-40.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-106\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-40.png 369w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-40-213x300.png 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 369px) 100vw, 369px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Jan Baetens, <\/em>Pour le roman-photo<em> (Les impressions nouvelles, 2010)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3260445809603a73308a5e6838143e94\">Les hypoth\u00e8ses de lecture se succ\u00e8dent donc dans leurs contrastes et Beno\u00eet Vidal en est venu, \u00e0 rebours, \u00e0 interroger les implications s\u00e9mantiques du mot compos\u00e9, per\u00e7u l\u00e9gitime en ces lieux, de \u00ab&nbsp;bande dessin\u00e9e&nbsp;\u00bb. Ce corps \u00e0 deux t\u00eates pr\u00e9supposerait en particulier la pr\u00e9sence du dessin tandis que d\u2019apr\u00e8s lui, la bande peut tout \u00e0 fait se suffire et il saisit alors cette occasion pour distinguer la bande dessin\u00e9e de la litt\u00e9rature illustr\u00e9e, o\u00f9 les mots coexisteraient avec le dessin, mais aussi, le dirigeraient. Forme singuli\u00e8re et \u00e9vacu\u00e9e par beaucoup de libraires, &#8211; et, le mod\u00e9rateur le rappelle, absente du concours Jeunes Talents du Festival d\u2019Angoul\u00eame -, car jug\u00e9e difficile \u00e0 classer, tout le temps un peu \u00e0 la marge, le roman-photo rayonne <em>pourtant<\/em> mais aussi, <em>de fait<\/em>, par sa densit\u00e9. Il permettrait en effet la rencontre entre le cin\u00e9ma et la mat\u00e9rialit\u00e9 du livre imprim\u00e9 et se distinguerait par sa formidable capacit\u00e9 \u00e0 favoriser l\u2019identification du lectorat aux personnages (Jan Baetens). En particulier, il serait apte \u00e0 accueillir l\u2019humour et l\u2019absurde anglo-saxon, qui en ferait une sorte de&nbsp;\u00ab&nbsp;cin\u00e9ma pour pauvres&nbsp;\u00bb, &#8211; exception faite du son -, et un exutoire pour les dessinateurices d\u00e9sireux.ses de s\u2019affranchir des cases, \u00e0 l\u2019exemple de Jean Teul\u00e9, qui retravaillait graphiquement les photos qu\u2019il faisait (Bruno L\u00e9andri).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d2aeede5837c88f9bf563c3bf5892eda\">Dans un regard non pas lin\u00e9aire mais qui circule avec souplesse dans cette chronologie du roman-photo, la table ronde s\u2019est ouverte pour terminer sur l\u2019affirmation d\u2019un d\u00e9sir de l\u00e9gitimit\u00e9, de l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un avenir du roman-photo pour le documentaire, le reportage et le t\u00e9moignage, et d\u2019un d\u00e9sir pas si secret de voir cr\u00e9er un prix du roman-photo&nbsp;; et, pour se souvenir autant que pour se tourner vers ce futur inspirant, les voix pr\u00e9sentes ont rappel\u00e9 les balbutiements de cette forme&nbsp;: Nadal, la publicit\u00e9 p\u00e9dagogique sous forme de romans-photos pour le placement de produits (je l\u2019ignorais \u00e0 ce moment, mais c\u2019\u00e9tait l\u00e0 une stimulante projection vers la 3<sup>e<\/sup> table ronde de la journ\u00e9e), le cin\u00e9-roman des ann\u00e9es 80, Marie-Fran\u00e7oise Plissart et son <em>Droit de regards<\/em>, r\u00e9f\u00e9rences non pas issues d\u2019une frange mineure selon Jan Baetens mais bien d\u2019un patrimoine culturel oubli\u00e9. C\u2019est ce dont a t\u00e9moign\u00e9 cette r\u00e9f\u00e9rence au <em>Club Doroth\u00e9e magazine<\/em> dans les ann\u00e9es 90, \u00e9voqu\u00e9e par une auditrice, qui comprenait des captures d\u2019\u00e9cran des s\u00e9ries avec des bulles, mais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9chapp\u00e9e de la m\u00e9moire collective de cette petite salle 2 de la Halle des Blancs Manteaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d288f2b3759e1418c8599379e4d8078f\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La m\u00e9moire collective et le d\u00e9sir de l\u00e9gitimit\u00e9 sont des enjeux qui ont \u00e9galement infus\u00e9 la 2<sup>e<\/sup> table ronde de la journ\u00e9e, qui portait sur le manfra et le global manga. Mod\u00e9r\u00e9e par Florian Rubis, commissaire d\u2019exposition, journaliste et chercheur, la rencontre a fait \u00e9changer Robin Jolly, \u00e9diteur chez Gl\u00e9nat qui d\u00e9veloppe une ligne de r\u00e9cits de genre ou hybrides (BD\/Manga) d\u2019auteurs nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, Herv\u00e9 Brient, \u00e9diteur de Tezuka et cr\u00e9ateur de la revue <em>Manga 10 000 images<\/em> sur la BD japonaise, et Richard Marazano, sc\u00e9nariste de nombreuses bandes dessin\u00e9es hybrides internationales r\u00e9alis\u00e9es avec des auteurs chinois ou vivant au Japon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-eb71f378181f2e315438e79448c44c9b\">Le 1<sup>er<\/sup> projet de cette deuxi\u00e8me table ronde a \u00e9t\u00e9 de chercher \u00e0 d\u00e9finir les termes qui allaient jalonner cette rencontre. Au sein des 2 autres courants de la bande dessin\u00e9e, le comics am\u00e9ricain et la BD franco-belge, de nombreux.ses dessinateurices ont adopt\u00e9 un ou plusieurs des caract\u00e8res formels dont on cr\u00e9dite g\u00e9n\u00e9ralement le manga, litt\u00e9rature dessin\u00e9e originellement d\u2019expression japonaise dont le succ\u00e8s est aujourd\u2019hui international. On parle ainsi, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, de <em>global manga<\/em>, tandis que des n\u00e9ologismes ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s pour d\u00e9signer des formes locales, comme le <em>manfra <\/em>pour les mangas d\u2019expression francophone.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0cc5eb14a114ac8a4bfaa67a2d2abcb3\">Herv\u00e9 Brient s\u2019est dans un premier temps attach\u00e9 \u00e0 inscrire l\u2019origine du manfra dans le milieu du fanzinat des ann\u00e9es 90 avec des amateurices d\u2019\u0153uvres japonaises, dont certain.es sont pass\u00e9.es pro chez Gl\u00e9nat et Delcourt. Cette forme conna\u00eet ses d\u00e9buts en 2005 et se caract\u00e9rise d\u2019abord par son petit format en noir et blanc. Les premiers manfras, rappelle Herv\u00e9 Brient, ont \u00e9t\u00e9 des \u00e9checs commerciaux, leur principal d\u00e9faut d\u2019apr\u00e8s une frange du lectorat \u00e9tant qu\u2019ils ne venaient pas du Japon, mais les mentalit\u00e9s ont tout de m\u00eame fini par s\u2019assouplir. Le global manga quant \u00e0 lui est une bande dessin\u00e9e qui aspire \u00e0 ressembler \u00e0 un manga, mais dans un contexte occidental ou hors asiatique, et d\u00e9veloppant un style semi-r\u00e9aliste n\u00e9ot\u00e9nique (j\u2019ai d\u00fb chercher&nbsp;! Donc, ayant rapport \u00e0 la n\u00e9ot\u00e9nie, qui a l\u2019apparence d\u2019un nourrisson. Les joues pleines, les grands yeux, sont des caract\u00e8res n\u00e9ot\u00e9niques) et dont l\u2019\u00e9diteur doit \u00eatre professionnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-51738051257b039474e140c86c013dfa\">Les intervenants se sont ensuite attach\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux codes de cette forme extraordinairement mondialis\u00e9e\u00a0: d\u2019apr\u00e8s Robin Jolly, les 1<sup>ers<\/sup> mangas publi\u00e9s n\u2019ont pas implant\u00e9 de codes, qui sont en r\u00e9alit\u00e9 venus de l\u2019animation, et l\u2019intervenant a alors inscrit tout de suite les origines du m\u00e9dium au c\u0153ur de la notion de transm\u00e9dialit\u00e9 \u2013 notion qui avait justement parcouru la premi\u00e8re table ronde consacr\u00e9e au roman-photo. Ce point de vue sera compl\u00e9t\u00e9 par celui d\u2019Herv\u00e9 Brient, qui a mis en avant la contribution de Tezuka dans la construction et l\u2019imposition d\u2019une grammaire graphique sp\u00e9cifique. Richard Marazano, dans la continuit\u00e9 de cette question du lien, a + particuli\u00e8rement r\u00e9fl\u00e9chi aux relations entre manga chinois et japonais, et a dans ce cadre d\u00e9fini le manga japonais comme source, tandis qu\u2019Herv\u00e9 Brient a davantage insist\u00e9 sur la sp\u00e9cificit\u00e9 des codes des mangas chinois et cor\u00e9ens \u2013 et avec, en Chine, des lignes \u00e9ditoriales diff\u00e9rentes puisque le manga, d\u00e9j\u00e0, y est en couleurs. Cet \u00e9change a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour Robin Jolly d\u2019\u00e9voquer la s\u00e9rie qu\u2019il a lanc\u00e9e, <em>Banana Sioule<\/em>, pour laquelle il n\u2019utilise pas de terminologie diff\u00e9renci\u00e9e\u00a0: celui-ci aime en effet envisager cette \u0153uvre comme bande dessin\u00e9e hybride, marqu\u00e9e qu\u2019elle est par un fort syncr\u00e9tisme culturel. De m\u00eame, pour Richard Marazano, qui s\u2019est d\u00e9fini comme nourri au franco-belge, le manga japonais ne correspond pas \u00e0 un style \u00e0 une voix et l\u2019intervenant d\u00e9fend en l\u2019occurrence une vision beaucoup plus large qui repose sur la reconnaissance des relations entre diff\u00e9rentes cultures, avec l\u2019exemple de Taniguchi d\u00e9fini comme tr\u00e8s influenc\u00e9 par Moebius.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"244\" height=\"345\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-41.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-107\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-41.png 244w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-41-212x300.png 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Osamu Tezuka, <\/em>Astro Boy<em> (Kana, Tome 6, 2012)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-56e69a7fb56d483e2000e507e84b2b98\">Parler des innutritions respectives a n\u00e9cessairement conduit les intervenants \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux r\u00e9ceptions, individuelles comme collectives, des mangas. Richard Marazano est ainsi revenu sur sa prime exp\u00e9rience de lecteur de mangas\u00a0: s\u2019il \u00e9tait d\u2019abord r\u00e9ticent en raison d\u2019apr\u00e8s lui d\u2019une similitude graphique dans les traits des personnages qui l\u2019emp\u00eachait d\u2019acc\u00e9der \u00e0 cet univers, il a toutefois reconnu la part d\u2019artifice qu\u2019il y a \u00e0 se concentrer sur les codes dans la pratique de la lecture. Robin Jolly a de son c\u00f4t\u00e9 approch\u00e9 la r\u00e9ception par le rapport \u00e0 la couleur, qui toucherait davantage d\u2019apr\u00e8s lui les lecteurices de bande dessin\u00e9e hors manga.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"434\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-42.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-108\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-42.png 300w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-42-207x300.png 207w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Micha\u00ebl Sanlaville, <\/em>Banana Sioule<em> (Gl\u00e9nat, tome 1, 2022)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-92792948f90e0346cd36c1910e685fca\">Cette remarque de l\u2019intervenant m\u2019a imm\u00e9diatement renvoy\u00e9e \u00e0 ma propre exp\u00e9rience de jeune exploratrice et d\u00e9terr\u00e9e de fra\u00eeche date du 9<sup>e<\/sup> art, qui en est au stade de la d\u00e9couverte d\u2019un certain franco-belge, &#8211; et pas du tout encore du manga -, et je me percevais jusqu\u2019\u00e0 il y a quelques mois encore comme une lectrice tr\u00e8s sensible \u00e0 la couleur. Mais la fr\u00e9quentation de bandes dessin\u00e9es en noir et blanc et la rencontre avec le mangaka canadien Michael Nicoll Yahgulanaas \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que Jacques Kerchache du Quai Branly en septembre dernier m\u2019ont d\u00e9montr\u00e9 que mon rapport \u00e0 la couleur \u00e9tait plus ambigu que je ne le pensais. Le mangaka invit\u00e9 au mus\u00e9e est en effet connu pour \u00eatre le cr\u00e9ateur du manga ha\u00efda, en couleurs et qui m\u00eale le genre du manga au style graphique de l\u2019archipel du Pacifique Nord de Haida Gwaii, dont il est issu, et je me suis rendue compte lors de sa communication que, plus qu\u2019un go\u00fbt de la couleur dont je croyais qu\u2019il me caract\u00e9risait, j\u2019\u00e9tais sensible aux densit\u00e9s des textures et leurs contrastes ainsi qu\u2019aux jeux de d\u00e9s\u00e9quilibre entre un statisme imposant et la vitalit\u00e9 d\u2019un mouvement dans le dessin mais aussi dans la construction des cases et de leurs rapports entre elles.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"764\" height=\"556\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-44.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-110\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-44.png 764w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-44-300x218.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 764px) 100vw, 764px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Michael Nicoll Yahgulanaas, <\/em>Red\u00a0: a haida manga<em> (2010, extrait)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c3ae4ef3fabf319250fc50b2db815012\">Pour en revenir \u00e0 la table ronde et pour terminer sur cette question si riche des r\u00e9ceptions, Herv\u00e9 Brient a tenu \u00e0 rappeler le fait que, contrairement \u00e0 certaines id\u00e9es re\u00e7ues, il n\u2019y avait pas eu d\u2019envahissement, par le Japon, \u00e0 l\u2019international. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019inverse qui se serait produit qui est qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 le tr\u00e8s grand succ\u00e8s de la cr\u00e9ation au Japon, des maisons d\u2019\u00e9dition locales sont all\u00e9es chercher les auteurices des styles repr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019archipel, mais qu\u2019il n\u2019emp\u00eache que l\u2019hybridation s\u2019est faite et continue de se faire dans tous les sens, sp\u00e9cificit\u00e9 rendue en particulier notable par le num\u00e9rique \u2013 remarque qui aura aussi permis de se projeter vers la derni\u00e8re table ronde de la journ\u00e9e. Quoi qu\u2019il en soit, si r\u00e9ception hostile au manga il y a eu au d\u00e9part, aujourd\u2019hui le rayonnement international de cette forme peut sembler si puissant que beaucoup d\u2019auteurices europ\u00e9en.nes se sentent menac\u00e9.es par ce leadership. Robin Jolly a alors \u00e9voqu\u00e9 la r\u00e9cente affaire du Pass Culture, qui a soulev\u00e9 une r\u00e9ticence \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale&nbsp;: ces jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui, avec ce pass, risquent de se procurer des mangas&nbsp;ou comment encourager la jeunesse \u00e0 fr\u00e9quenter une part non institutionnelle d\u2019une sous-litt\u00e9rature encore objet de bien des m\u00e9pris. Bigre, message bien re\u00e7u en tout cas de la sous-sous enseignante que je suis&nbsp;! Au-del\u00e0 de cette affaire que je trouve quand m\u00eame assez douteuse et qui peut faire sourire, Richard Marazano a rappel\u00e9 l\u2019identit\u00e9 solidement litt\u00e9raire de la France et de la Chine, qui font encore \u00e0 ce jour des mots le seul vrai patrimoine litt\u00e9raire install\u00e9 \u2013 justement \u00e0 la diff\u00e9rence du Japon, qui a un rapport plus r\u00e9cent \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019expression japonaise. Cette r\u00e9flexion sur les r\u00e9ceptions a soulev\u00e9 une question au sein de l\u2019audience sur la perception des auteurs occidentaux qui font du global manga et sur leur mani\u00e8re de s\u2019envisager en auteurs de bandes dessin\u00e9es ou en mangaka, ce \u00e0 quoi les intervenants ont r\u00e9pondu en insistant sur la diversit\u00e9 des postures (cette question m\u2019a beaucoup interpel\u00e9e et j\u2019aimerais bien compl\u00e9ter ces recherches de mon c\u00f4t\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b02aa4911972bb1bcbacbdae9bcffc25\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour terminer, les intervenants ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019avenir de la bande dessin\u00e9e et \u00e0 l\u2019incidence potentielle du global manga sur celle-ci (la dissociation est faite donc, au moins pour partie). Pour Robin Jolly, il conviendrait de d\u00e9velopper cette hybridit\u00e9, \u00e0 m\u00eame de renouveler les canons du franco-belge, tandis que pour Herv\u00e9 Brient, c\u2019est l\u2019incertitude qui pr\u00e9domine&nbsp;: tout d\u00e9pendra de l\u2019\u00e9volution des go\u00fbts des jeunes publics, avec le webtoon par exemple, qui sera justement au programme de la 4<sup>e<\/sup> table ronde de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-40e0b004fcddf0d273a9a59e98e74f67\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La troisi\u00e8me table ronde, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Les banques de donn\u00e9es de BD improbables&nbsp;\u00bb a continu\u00e9 d\u2019interroger le rapport d\u2019une litt\u00e9rature dessin\u00e9e \u00e0 un r\u00e9pertoire institutionnel d\u2019\u0153uvres, \u00e0 la fois tr\u00e8s probable et tr\u00e8s improbable. Mod\u00e9r\u00e9e par Philippe Morin, \u00e9diteur chez PLG et notamment de la collection M\u00e9moire vive consacr\u00e9e aux \u00e9tudes sur la bande dessin\u00e9e, la table ronde rassemblait Jean-Paul Jennequin, auteur, \u00e9diteur, traducteur, sp\u00e9cialiste de la small press anglo-saxonne et animateur de la revue LGBT BD, et Hugo Benavente, alias El Chico Solo, professeur d\u2019arts plastiques et auteur de fanzines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-77d1ceedde8ee9f4c95b2ee3a576e84c\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu\u2019est-ce qu\u2019une bande dessin\u00e9e improbable&nbsp;? Voici la question sur laquelle s\u2019est ouverte cette troisi\u00e8me rencontre. Expression cr\u00e9\u00e9e par Beno\u00eet Barale, de son nom d\u2019auteur BSK, auteur de la BD<em> La Bande dessin\u00e9e ou comment j\u2019ai rat\u00e9 ma vie <\/em>(2018), celle-ci d\u00e9signe des albums, que l\u2019on trouvait beaucoup dans les ann\u00e9es 70-80, pas forc\u00e9ment assum\u00e9s par des auteurs-dessinateurs. A partir de cette d\u00e9finition n\u00e9cessairement tr\u00e8s stimulante pour une auditrice curieuse des formes marginalis\u00e9es et marginales, la table ronde s\u2019est construite comme un parcours de Poucette, caillout\u00e9 d\u2019exemples \u00e9clairants et tous d\u2019une famili\u00e8re \u00e9tranget\u00e9. Le cort\u00e8ge foisonnant de r\u00e9f\u00e9rences a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par Philippe Morin, qui a \u00e9voqu\u00e9 pour commencer le cas de <em>La Lettre \u00e0 Christophe<\/em>, bande dessin\u00e9e des ann\u00e9es 70 \u00e0 vocation p\u00e9dagogique qui visait \u00e0 expliquer les codes postaux&nbsp;: on suivait alors le parcours d\u2019une lettre avec la camionnette des PTT. L\u2019\u00e9diteur cite encore l\u2019exemple, dans les m\u00eames ann\u00e9es, de la bande dessin\u00e9e <em>Na\u00eetre femme aujourd\u2019hui<\/em>, qui traite le sujet tr\u00e8s technique de l\u2019examen vaginal dans l\u2019objectif de vendre des serviettes hygi\u00e9niques et celui de <em>La Cuisine, les tours de main<\/em>, par Anne-Marie Pajot et Roland Garel, guide culinaire pratique, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres sp\u00e9cimens touche-\u00e0-tout, vrillant du bricolage \u00e0 la cong\u00e9lation. Imm\u00e9diatement, le regard port\u00e9 par le mod\u00e9rateur sur cette litt\u00e9rature dessin\u00e9e circonstanci\u00e9e se distingue par sa tendresse, sensible qu\u2019il est \u00e0 la po\u00e9sie \u00e0 la fois inattendue et inh\u00e9rente \u00e0 la maladresse de ces cr\u00e9ations. Par ailleurs, l\u2019\u00e9diteur de PLG a tr\u00e8s vite mis en avant le lien qu\u2019il y a d\u2019apr\u00e8s lui entre bande dessin\u00e9e improbable et bande dessin\u00e9e auto-\u00e9dit\u00e9e car il s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s souvent que les auteurices recal\u00e9.es par les maisons d\u2019\u00e9dition s\u2019auto-\u00e9ditent et imitent, pensant trouver une l\u00e9gitimit\u00e9 dans les c\u0153urs du lectorat, les auteurices traditionnel.les et le format de leurs \u0153uvres. Cette r\u00e9flexion m\u2019a renvoy\u00e9e \u00e0 mon parcours de seizi\u00e9miste et \u00e0 cette litt\u00e9rature bleue dite de colportage, qui imite les \u0153uvres d\u2019une litt\u00e9rature publi\u00e9e et patrimonialis\u00e9e, mais d\u00e9fend un rapport + \u00e9troit et, \u00e0 mon avis, reconnaissant <em>la <\/em>et <em>de la<\/em> diversit\u00e9 des lectorats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f4cddfecec16085e987d36d1d9b34f9d\">Pour terminer, Hugo Benavente et Jean-Paul Jennequin ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 faire part de leurs exp\u00e9rience et expertise en la mati\u00e8re, et le premier a en particulier insist\u00e9 sur l\u2019extraordinaire dynamisme de cette litt\u00e9rature et de la communaut\u00e9 vivante et prot\u00e9iforme qui lui est associ\u00e9e &#8211; et qui sera un sujet essentiel de la 4<sup>e<\/sup> table ronde consacr\u00e9e aux webtoon. Le second intervenant a quant \u00e0 lui davantage insist\u00e9 sur la r\u00e9ception et les questions que soul\u00e8ve cette expression de \u00ab\u00a0bande dessin\u00e9e improbable\u00a0\u00bb car en l\u2019occurrence, m\u00eame s\u2019il accepte ce terme d\u2019 \u00ab\u00a0improbable\u00a0\u00bb, n\u2019importe quelle BD peut \u00eatre l\u2019improbable de quelqu\u2019un et ainsi la d\u00e9finition de l\u2019expression change selon le visage et la distribution des biblioth\u00e8ques personnelles. Ainsi selon Jean-Paul Jennequin, une bande dessin\u00e9e est improbable tant qu\u2019elle n\u2019est pas devenue tr\u00e8s probable. Cette approche a fait \u00e9cho pour moi au point de vue de Borges, cher \u00e0 la th\u00e8se des biblioth\u00e8ques mouvantes et infinies, avec laquelle les livres se d\u00e9placent sur les \u00e9tag\u00e8res et ont une incidence sur les livres dont ils fr\u00e9quentent le dos, la 1<sup>\u00e8re<\/sup> et la 4<sup>e<\/sup> de couverture. L\u2019intervenant cite l\u2019exemple des albums souvent distribu\u00e9s gratuitement dans le cadre de campagnes de pr\u00e9vention adress\u00e9es aux adolescent.es et celui des paraboles de J\u00e9sus, tr\u00e8s vendus aux Etats-Unis, avec le cas repr\u00e9sentatif de la s\u00e9rie <em>The Crusaders<\/em>, qui montre tout le paradoxe que constitue cette litt\u00e9rature\u00a0: certes, un patrimoine bien ancr\u00e9 mais non reconnu (r\u00e9alit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e dans la table ronde consacr\u00e9e aux romans-photos) et qui int\u00e8gre une violence que l\u2019on ne retrouve que dans les bandes dessin\u00e9es underground. <em>Warrior Nun Areala<\/em>, comics qui met en sc\u00e8ne un ordre de nonnes guerri\u00e8res subordonn\u00e9 \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 du Vatican, le furry porno avec <em>Genus<\/em>, le furry porno gay avec <em>Genus Male<\/em>, et <em>Nash<\/em>, avec plus de 90 num\u00e9ros, autant d\u2019exemples r\u00e9v\u00e9lateurs de la fronti\u00e8re mouvante et t\u00e9nue qui s\u00e9pare l\u2019improbable du finalement tr\u00e8s probable. Aux curieux.ses du sujet a \u00e9t\u00e9 chaudement recommand\u00e9 l\u2019ouvrage de Richard Graham, <em>Government issue, comics for the people, 1940s-2000s<\/em> (2011), qui recense et expose les comics officiels publi\u00e9s par les agences du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral pour diffuser les r\u00e9cits souhait\u00e9s au plus grand nombre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"416\" height=\"640\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-45.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-111\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-45.png 416w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-45-195x300.png 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 416px) 100vw, 416px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-55ffe8152e1f207aa4dbf8267aff7809\">Enfin, cette premi\u00e8re journ\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 merveilleusement inspirante, s\u2019est achev\u00e9e sur une 4<sup>e<\/sup> table ronde consacr\u00e9e aux \u00ab&nbsp;webtoon, webcomics, et nouvelles BD num\u00e9riques&nbsp;\u00bb et \u00e9tait mod\u00e9r\u00e9e par Ir\u00e8ne Le Roy Ladurie, docteure en litt\u00e9rature compar\u00e9e dont la th\u00e8se porte sur le motif de la caresse dans l\u2019\u00e9criture de l\u2019\u00e9rotisme en litt\u00e9rature et bande dessin\u00e9e et r\u00e9dactrice en chef adjointe du site Neuvi\u00e8me Art. La rencontre r\u00e9unissait Ga\u00eblle Kovaliv, co-directrice de BDFIL, festival de bande dessin\u00e9e de Lausanne, &#8211; que la sp\u00e9cialiste co-dirige avec L\u00e9onore Porchet -, et doctorante qui \u00e9tudie les conditions de production et de r\u00e9ception des bandes dessin\u00e9es francophones nativement num\u00e9riques, Camille Martinez, sp\u00e9cialiste de la popularisation de la bande dessin\u00e9e asiatique et des nouveaux modes de lecture, et Wandrille Leroy, pionnier de la BD num\u00e9rique en France et fondateur du festival berlinois <em>Comics \u00fcber Berlin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0ee11e1bd5f4410df4ed9d06b8581e4a\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le projet de cette 4<sup>e<\/sup> table ronde a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 de d\u00e9finir le webtoon, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une mince affaire. Le portail web cor\u00e9en Daum a cr\u00e9\u00e9 une plateforme de webtoon en 2003 et, si selon Camille Martinez, il s\u2019agit d\u2019un genre tr\u00e8s codifi\u00e9 en Cor\u00e9e du sud, plus proche des s\u00e9ries anim\u00e9es, la sp\u00e9cialiste diff\u00e9rencie cette approche de l\u2019emploi du mot en France, o\u00f9 le webtoon correspondrait davantage \u00e0 un format de BD vertical qui se lit sur t\u00e9l\u00e9phone. C\u2019est sensiblement le m\u00eame point de vue qu\u2019a d\u00e9fendu Wandrille Leroy, pour qui le webtoon est une BD pour t\u00e9l\u00e9phone, une BD scroll\u00e9e, \u00ab&nbsp;en ascenseur&nbsp;\u00bb, m\u00eame si l\u2019intervenant pr\u00e9cise qu\u2019il travaille sur des webtoon adapt\u00e9s en papier \u2013 sujet sur lequel la table ronde reviendra. Ga\u00eblle Kovaliv a de son c\u00f4t\u00e9 insist\u00e9 sur le mode de diffusion propre au webtoon, tr\u00e8s rythm\u00e9, et la mod\u00e9ratrice, soucieuse de faire dialoguer les voix, a alors r\u00e9agi au paradoxe qui fait que le webtoon rev\u00eat dans l\u2019imaginaire commun l\u2019apparence d\u2019une cr\u00e9ation tr\u00e8s imm\u00e9diatement accessible. L\u2019approche du m\u00e9dium d\u00e9pend ainsi de l\u2019origine du regard port\u00e9 sur lui, nourri \u00e0 des postulats et pratiques culturels diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f08c8dcb151c74c8a0cf8bec3d0251da\">Dans un second temps, les intervenant.es ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9.es \u00e0 interroger la singularit\u00e9 du webtoon par rapport au webcomic, qui a pu \u00eatre per\u00e7u, en dehors de cette table ronde, comme une forme plus ancienne \u00e0 laquelle rattacher le webtoon. Ga\u00eblle Kovaliv a interpr\u00e9t\u00e9 cette lecture comme une tentative un peu risible de l\u00e9gitimation. La l\u00e9gitimit\u00e9 du webtoon trouverait selon la doctorante son explication, non uniquement dans le succ\u00e8s de son contenu, mais aussi dans la fabuleuse vitalit\u00e9 des r\u00e9actions et commentaires qui donnent une long\u00e9vit\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence de la communaut\u00e9 sur la plateforme. C\u2019est aussi en ce sens que s\u2019est positionn\u00e9 Wandrille Leroy, pour lequel le webtoon se distingue surtout par sa dimension de r\u00e9seau social, d\u2019auteurices \u00e0 lecteurices et vice versa, et au sein m\u00eame du lectorat, tandis qu\u2019auparavant, chacun.e pouvait bien s\u00fbr alimenter sa plateforme, avec l\u2019exemple des blogs, mais celle-ci relevait \u00e9videmment d\u2019une micro-structure \u00e0 port\u00e9e limit\u00e9e. La dimension communautaire est donc apparue assez neuve, productrice de nombreuses rencontres entre lecteurices\/commentateurices de webtoon, singularit\u00e9 qui g\u00e9n\u00e8re de la lecture dans la lecture d\u2019apr\u00e8s Wandrille Leroy, point de vue partag\u00e9 par Ga\u00eblle Kovaliv. D\u2019apr\u00e8s les deux intervenant.es, cette place de la communaut\u00e9 pousse n\u00e9cessairement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au r\u00f4le du lectorat dans la construction d\u2019un r\u00e9cit car celui-l\u00e0 donne de fait son avis sur les \u0153uvres en commentaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-615a8e5b36fc6cac6784ca4fe250952a\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La table ronde s\u2019est ensuite, de mani\u00e8re attendue, positionn\u00e9e sur la question, intens\u00e9ment sensible en France, du rapport au papier. A ce titre, Camille Martinez a insist\u00e9 sur le fait que la France se distingue tr\u00e8s nettement sur le sujet en d\u00e9fendant un rapport intime au papier, qui \u00e9tonne beaucoup d\u2019apr\u00e8s elle en Asie &#8211; observation qui m\u2019a renvoy\u00e9e \u00e0 une remarque sur le sujet durant la 2<sup>e<\/sup> table ronde de la journ\u00e9e consacr\u00e9e aux manfra et global manga, et aussi dans la mesure o\u00f9 Wandrille Leroy et Ga\u00eblle Kovaliv ont respectivement envisag\u00e9 le webtoon comme simili-manga et proto-manga. Quoi qu\u2019il en soit, le premier pr\u00e9cise qu\u2019il travaille justement sur des webtoon adapt\u00e9s en papier, d\u00e9marche qui prend donc le contrepied du processus d\u2019adaptation canonique (du papier vers un autre m\u00e9dium) dans un regard fran\u00e7ais port\u00e9 sur le webtoon &#8211; et cette pr\u00e9cision qu\u2019il fait s\u2019accompagne au passage d\u2019une r\u00e9flexion sur la couleur dans le webtoon num\u00e9rique&nbsp;: le blanc sur \u00e9cran fatigue les yeux, ce qui explique d\u2019apr\u00e8s lui que de plus en plus de webtoon se d\u00e9clinent sur un fond noir. En tout cas, la France est connue pour avoir d\u00e9velopp\u00e9 une grande culture du livre, qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un soutien et structurel et politique. Pour le livre, d\u2019apr\u00e8s Wandrille Leroy, l\u2019imprim\u00e9 est un passage incontournable pour acqu\u00e9rir une l\u00e9gitimit\u00e9, voire, une sanctification. Ga\u00eblle Kovaliv a alors r\u00e9agi en citant l\u2019exemple du festival de bande dessin\u00e9e de Lausanne, pour lequel la question des d\u00e9dicaces de webtoon et de leurs modalit\u00e9s se pose, et la doctorante a d\u00e9montr\u00e9 ainsi la prise en compte particuli\u00e8rement vive, par le BDFIL, de questionnements \u00e9troitement contemporains. Cette r\u00e9flexion collective sur le support a conduit la mod\u00e9ratrice \u00e0 interroger la relation du webtoon \u00e0 la notion de transm\u00e9dialit\u00e9&nbsp;: le webtoon peut-il prendre la forme, par exemple, d\u2019une \u0153uvre impliquant une ambiance sonore enrichissant sa s\u00e9mantique ? Cette question m\u2019a rappel\u00e9 la d\u00e9couverte que j\u2019avais faite \u00e0 ce m\u00eame salon l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e de la maison d\u2019\u00e9dition Patayo et de l\u2019\u0153uvre <em>Fantaisie ordinaire<\/em> de Kwong-Shing Lau et Victor Butzelaar, qui ne rel\u00e8ve pas du webtoon mais dont le dessin s\u2019accompagne d\u2019une partition page apr\u00e8s page \u00e0 jouer ou \u00e9couter \u00e0 partir d\u2019un QR code, et qui se meut au rythme de la marche des personnages. Quoi qu\u2019il en soit, selon Wandrille Leroy, le webtoon est une \u0153uvre con\u00e7ue pour \u00eatre lue en 5 minutes et donc ne saurait impliquer de fioritures, y compris transm\u00e9diatiques. Camille Martinez est alors intervenue pour nuancer ce discours au moyen du mod\u00e8le cor\u00e9en, connu pour \u00eatre plus long et ainsi probablement plus apte \u00e0 accueillir une <em>prot\u00e9iforme<\/em>, m\u00eame si l\u2019objectif assum\u00e9 demeure celui d\u2019accrocher rapidement le lectorat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-cec1ef8b5dd2a5345a32cbc51adbf7e4\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La table ronde a pour finir abouti sur une question d\u2019un auditeur portant sur l\u2019\u00e9volution du webtoon&nbsp;: peut-on envisager un changement de contenu \u00e9tant donn\u00e9 que le webtoon est lu par les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es avec le num\u00e9rique et qui vont elles-m\u00eames \u00e9voluer&nbsp;? Camille Martinez a \u00e0 cette occasion alert\u00e9 sur une ambigu\u00eft\u00e9 dans le rapport au dessin, d\u2019apr\u00e8s elle propre \u00e0 la France, qui cantonnerait celui-ci \u00e0 la litt\u00e9rature jeunesse. A l\u2019inverse en effet, la sp\u00e9cialiste a insist\u00e9 sur la particularit\u00e9 du webtoon cor\u00e9en, d\u2019un \u00e9rotisme volontiers explicite, et qui ainsi, ne pr\u00e9sente pas n\u00e9cessairement, \u00e0 proprement parler, un contenu jeunesse. La question de la m\u00e9tamorphose de la forme ne pourra ainsi \u00eatre observ\u00e9e qu\u2019au fur et \u00e0 mesure de l\u2019avanc\u00e9e des g\u00e9n\u00e9rations nativement num\u00e9riques vers l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ee5b8da2567c83f0ce9f9eaf658e472c\">Dimanche, 2<sup>e<\/sup> jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-70f25114a0b595de9df6ce40ce9466a8\">A nouveau, me voil\u00e0 lanc\u00e9e, cotillon de mille couleurs au bout d\u2019un cornet, et je parcours, d\u2019un regard un peu plus p\u00e9n\u00e9trant, les diff\u00e9rents stands et commence \u00e0 m\u2019engager plus consciemment entre les all\u00e9es, \u00e0 envisager les emplettes \u00e0 venir, que j\u2019ai appris \u00e0 laisser pour le dernier jour des festivals &#8211; c\u2019est que j\u2019essaie d\u2019\u00eatre un peu raisonnable, m\u00eame si mes efforts sont sans doute \u00e0 ce titre plus touchants qu\u2019efficaces. Je rejoins comme convenu l\u2019auteur avec lequel j\u2019ai pris rdv, qui me propose de m\u2019asseoir du c\u00f4t\u00e9 de la table r\u00e9serv\u00e9 aux exposant.e.s. L\u2019autre c\u00f4t\u00e9. J\u2019aime cette porosit\u00e9 des fronti\u00e8res entre les espaces d\u2019\u00e9criture et de lecture, que j\u2019exp\u00e9rimente \u00e0 vrai dire depuis le festival Fumetti de Nantes, o\u00f9 j\u2019ai eu la joie d\u2019avoir une petite place de curieuse-amoureuse, au stand si cr\u00e9atif, si \u00e0 m\u00eame d\u2019inspirer ma peut-\u00eatre un peu folle curiosit\u00e9 th\u00e9orique et anthologique, de l\u2019Egouttoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e437cfdab77c6cf606bd3912052c307e\">La rencontre avec l\u2019auteur J\u00e9r\u00f4me LeGlatin a \u00e9t\u00e9 pour moi un moment tr\u00e8s dense, tr\u00e8s profond. Discuter avec J\u00e9r\u00f4me m\u2019a permis de faire une pause r\u00e9flexive dans ce rythme soutenu de d\u00e9couverte, de revenir sur tout ce qui explique ma pr\u00e9sence ici, tout ce parcours, initi\u00e9 en juillet 2021. Avec J\u00e9r\u00f4me, nous discutons de <em>Polyph\u00e8me<\/em>, l\u2019\u0153uvre \u00e9crite avec son fr\u00e8re, Emmanuel, et je suis frapp\u00e9e du regard qu\u2019il partage avec moi, g\u00e9n\u00e9reux, et aussi sensible et voyant, sur une \u0153uvre et un personnage, qui \u00e0 force d\u2019\u00eatre creus\u00e9, se densifie, s\u2019ambigu\u00efse, jusqu\u2019\u00e0 \u00e9chapper \u00e0 ses cr\u00e9ateurs. Mes proches savent combien je suis sensible \u00e0 cette question de la r\u00e9ception, y compris quand elle est le fait des auteurs eux-m\u00eames, en fervente des th\u00e8ses de Borges, Eco, Iser, Calvino, Bayard. Un cri enjou\u00e9 et peut-\u00eatre un peu na\u00eff me vient en t\u00eate, \u00ab&nbsp;pour toujours + de Don Quichotte et de Tristram&nbsp;! \u00bb, mais de fait, si j\u2019aime le patrimoine et me r\u00e9jouis que ces \u0153uvres, &#8211; qui marchent un pas de c\u00f4t\u00e9, boiteuses et radieuses, et plus exactement sans doute pour moi, radieuses d\u2019\u00eatre boiteuses -, puissent pr\u00e9tendre trouver voix au chapitre institutionnel, j\u2019aime aussi \u00e0 savoir ces \u0153uvres en paix dans cet attirant et doux inconfort de la berge mineure.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:100%\"><div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"471\" height=\"625\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-46.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-112\" style=\"width:378px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-46.png 471w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-46-226x300.png 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 471px) 100vw, 471px\" \/><\/figure>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\"><em>J&amp;E LeGlatin, <\/em>Polyph\u00e8me<em> (Adverse, 2017, extrait)<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"245\" height=\"403\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-47.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-113\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-47.png 245w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-47-182x300.png 182w\" sizes=\"auto, (max-width: 245px) 100vw, 245px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Laurence Sterne, <\/em>La vie et les opinions de Tristram Shandy, Gentleman (1767 pour la publication originale)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-80273286d6c4fbb04f698897a1f6a468\">Cette discussion avec l\u2019auteur m\u2019a beaucoup \u00e9mue, en plus de la bienveillance et de la richesse de l\u2019\u00e9change, en ce qu\u2019elle m\u2019a conduite \u00e0 essayer de regarder po\u00e9tiquement, et donc lucidement pour moi, les choses. Je suis enseignante et me sentais alors intimement en lutte avec le programme du lyc\u00e9e tel qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u lors de la derni\u00e8re r\u00e9forme, qui m\u2019a tr\u00e8s s\u00e9rieusement fait envisager une reconversion en 2018 &#8211; ann\u00e9e durant laquelle j\u2019ai construit un dossier dans l\u2019objectif de devenir biblioth\u00e9caire. Les mots sont sans doute durs pour un point de vue ext\u00e9rieur, mais le programme m\u2019a effray\u00e9e et, c\u2019est du moins ce que j\u2019ai cru en tout cas, d\u00e9sarm\u00e9e. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 effray\u00e9e \u00e0 la perspective d\u2019\u00eatre b\u00e2illonn\u00e9e, d\u2019\u00eatre contrainte de circuler dans un patrimoine que j\u2019aime mais que je ne voulais pas enseigner aux \u00e9l\u00e8ves d\u2019une mani\u00e8re aussi lin\u00e9aire et aussi exclusive. Mais voil\u00e0, cette r\u00e9forme a eu malgr\u00e9 tout une incidence heureuse pour moi, qui n\u2019ai finalement pas pu me r\u00e9soudre \u00e0 renoncer \u00e0 mon m\u00e9tier. Elle m\u2019a rappel\u00e9e qui j\u2019\u00e9tais et la conception de la lecture que je d\u00e9fendais. En effet, ce qui \u00e9tait \u00e9vident pour moi ne l\u2019\u00e9tait plus avec cette r\u00e9forme et cette sensation d\u2019\u00e9touffement m\u2019a rappel\u00e9 un temp\u00e9rament et un d\u00e9sir profond, que j\u2019avais oubli\u00e9s, qui \u00e9tait d\u2019\u00eatre toujours libre de m\u2019\u00e9merveiller, et ce qui \u00e9tait spontan\u00e9 chez moi a donc pris la couleur d\u2019une lutte et s\u2019est impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019un sens nouveau. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-75dc59672412c12427bfa25b8a4bfece\">C\u2019\u00e9tait l\u00e0 pour moi une tr\u00e8s belle transition vers la 2<sup>e<\/sup> journ\u00e9e, consacr\u00e9e au \u00ab&nbsp;cycle \u00e9tranger&nbsp;: la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que \u00bb, qui s\u2019est distingu\u00e9e par une opacit\u00e9 \u00e0 laquelle je m\u2019attendais, \u00e9tant donn\u00e9 ma m\u00e9connaissance profonde de la culture tch\u00e8que. Je pr\u00e9cise \u00e0 ce titre que j\u2019ai eu la possibilit\u00e9 de lire en parall\u00e8le le catalogue d\u2019exposition co-\u00e9crit par Pavel Ko\u0159\u00ednek et Tom\u00e1\u0161 Prok\u016fpek et aussi le livret des auteurices de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que contemporaine pour envisager un peu plus sereinement le compte-rendu de cette 2<sup>e<\/sup> journ\u00e9e. Par cons\u00e9quent, je me permets de compl\u00e9ter ce que j\u2019ai entendu lors de cette deuxi\u00e8me journ\u00e9e avec des connaissances compl\u00e9mentaires acquises ensuite et dans un autre contexte, ce qui fait que cette \u00e9tape du compte-rendu va rev\u00eatir une forme un peu diff\u00e9rente et \u00e0 la fois + nourrie de mani\u00e8re autonome et aussi, probablement, + h\u00e9sitante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-025b2da7182cbb79e981c62a8543a480\">*<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"790\" height=\"547\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-49.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-115\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-49.png 790w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-49-300x208.png 300w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-49-768x532.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 790px) 100vw, 790px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">La bande dessin\u00e9e tch\u00e8que contemporaine<em>, catalogue d\u2019exposition du SoBD 2022<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-52583db230adeff5c49378153d9b5079\">Pavel Ko\u0159\u00ednek et Tom\u00e1\u0161 Prok\u016fpek, historiens et th\u00e9oriciens de la bande dessin\u00e9e, ont \u00e9crit avec Martin Foret et Michal Jare\u0161 une <em>Histoire de la bande dessin\u00e9e tch\u00e9coslovaque du XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle<\/em>, elle aussi sur ma liste d\u2019ouvrages&nbsp;! Ce que je comprends apr\u00e8s lecture du catalogue est que l\u2019histoire de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que est l\u2019histoire d\u2019une qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9, leitmotiv des tables rondes de ce salon. En effet, le d\u00e9veloppement de la BD tch\u00e8que a \u00e9t\u00e9 interrompu par des bouleversements politiques et \u00e9conomiques qui ont frapp\u00e9 le pays et qui en ont fragilis\u00e9 la prime ossature, aussi du fait que le 9<sup>e<\/sup> art a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme une empreinte suspecte de la culture occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8ad8e334e0ad1469c4ee1c4b981c9add\">A ce titre, les ann\u00e9es 2000 constituent une p\u00e9riode de renaissance pour ce que le catalogue appelle alors une \u00ab&nbsp;subculture&nbsp;\u00bb avec la cr\u00e9ation de plusieurs projets num\u00e9riques (<a href=\"http:\/\/comics.cz\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">comics.cz<\/a>,&nbsp;<a href=\"http:\/\/komiks.cz\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">komiks.cz<\/a>,&nbsp;<a href=\"http:\/\/comx.cz\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">comx.cz<\/a>), qui proposent des articles th\u00e9matiques, des analyses et aussi des plateformes de communication qui font dialoguer des communaut\u00e9s de cr\u00e9ateurices et de fans. Le milieu de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que contemporaine se fonde d\u00e8s lors sur les contacts existants du tr\u00e8s foisonnant fandom de la SF, qui remontent aux ann\u00e9es 80, et a recours \u00e0 des conventions ou fan cons qui renforcent les relations existantes entre cr\u00e9ateurices, \u00e9diteurices et lecteurices des 1<sup>ers <\/sup>fanzines. De fait, plusieurs maisons d\u2019\u00e9dition, comme Crew et Comics Centrum, sont cr\u00e9\u00e9es au d\u00e9part par des fans et li\u00e9es au large r\u00e9seau du fandom de la SF et proposent donc surtout des titres anglo-am\u00e9ricains issus de la production mainstream (thriller, action, super-h\u00e9ros, SF, fantasy) quand d\u2019autres maisons d\u2019\u00e9dition, telle que Mot, pr\u00e9sentent au public tch\u00e8que la production europ\u00e9enne alternative actuelle. Le 1<sup>er<\/sup> fanzine publi\u00e9 (2000) et qui poursuit sa publication aujourd\u2019hui, le magazine <em>Aargh&nbsp;!<\/em>, devient rapidement, tout en pr\u00e9sentant la sc\u00e8ne BD des autres pays d\u2019Europe, le porte-\u00e9tendard de la BD tch\u00e8que, dans un milieu au d\u00e9part underground et luxuriant de fanzines. Ainsi, si j\u2019ai bien tout compris, la qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9 de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que ne passe pas n\u00e9cessairement par une qu\u00eate d\u2019autonomie, m\u00eame si bien s\u00fbr l\u2019entr\u00e9e de la BD tch\u00e8que dans les galeries d\u2019art en 2000 et 2002-2003 est per\u00e7ue comme le franchissement d\u2019un seuil vers une reconnaissance culturelle. La l\u00e9gitimit\u00e9 et la diversit\u00e9 des \u00e9diteurs sont des sujets qui ont en particulier parcouru la 2<sup>e<\/sup> et la 3<sup>e<\/sup> tables rondes, qui avaient vocation \u00e0 introduire aux auteurices et \u0153uvres du 9<sup>e<\/sup> art tch\u00e8que et \u00e0 exposer \u00ab&nbsp;la sc\u00e8ne contemporaine de la BD en R\u00e9publique tch\u00e8que&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-60f9adc0280a8a11190f89aeaac37725\">La 2<sup>e<\/sup> table ronde pour commencer donc, \u00ab&nbsp;Br\u00e8ve histoire de la BD tch\u00e8que&nbsp;\u00bb, mod\u00e9r\u00e9e par Florian Rubis, \u00e9tait pour l\u2019essentiel \u00e0 port\u00e9e historique et g\u00e9n\u00e9rique. Elle r\u00e9unissait Pavel Ko\u0159\u00ednek et Tom\u00e1\u0161 Prok\u016fpek, co-auteurs du catalogue d\u2019exposition dont il a \u00e9t\u00e9 question, d\u2019une histoire de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que et d\u2019une histoire de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et pour le 2<sup>e<\/sup>, r\u00e9dacteur en chef de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> revue tch\u00e8que de BD.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b9afde2f9cacbd1f56b740cf7b1a5f07\">Les objectifs de la rencontre \u00e9taient de d\u00e9limiter un contexte de naissance de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que et \u00e9galement de r\u00e9fl\u00e9chir aux influences de celle-ci et \u00e0 sa circulation. Le milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, sous domination austro-hongroise, est connu pour \u00eatre une p\u00e9riode de censure et de forte pression politique. N\u00e9e en amont du r\u00e9gime, en 1833, la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que,\u00a0d\u00e9sign\u00e9e lors de la table ronde comme \u00ab\u00a0protocomics\u00a0\u00bb, se d\u00e9finissait alors par une suite d\u2019images soulign\u00e9es par un texte. Cette tradition, que l\u2019on retrouve, d\u2019apr\u00e8s le mod\u00e9rateur, en Pologne, se distingue de la bande dessin\u00e9e am\u00e9ricaine, qui impliquait des bulles d\u00e8s ses origines, mais se rapproche de la tradition europ\u00e9enne, qui a pratiqu\u00e9 celles-ci \u00e0 partir des ann\u00e9es 20-30, et, si le mod\u00e9rateur \u00e9voque imm\u00e9diatement \u00e0 cette occasion T\u00f6pffer, les intervenants disent ne pas \u00eatre en mesure \u00e0 ce jour de retracer la circulation des mod\u00e8les. Ils lisent en v\u00e9rit\u00e9 surtout cette pratique comme un t\u00e9moignage du go\u00fbt de la litt\u00e9rature dessin\u00e9e tch\u00e8que pour l\u2019exp\u00e9rimentation, et cette pratique du texte sous l\u2019image a en particulier \u00e9t\u00e9 lue comme g\u00e9n\u00e9rant un rythme narratif singulier qui sugg\u00e8re celui, plus contemplatif, de la po\u00e9sie. A cette approche esth\u00e9tique s\u2019est ajout\u00e9e une r\u00e9flexion sur une appropriation du m\u00e9dium par la langue, dans la mesure o\u00f9 les bandes dessin\u00e9es tch\u00e8ques \u00e9taient publi\u00e9es conjointement dans les presses tch\u00e8que et allemande &#8211; derni\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence per\u00e7ue comme mod\u00e8le par Florian Rubis avec la p\u00e9pite et surprenante et savoureuse de <em>Max et Moritz<\/em>. Toutefois, les intervenants ont insist\u00e9 sur le fait qu\u2019il n\u2019y avait pas l\u00e0 de d\u00e9chirure entre les 2 cultures et qu\u2019ainsi, il convenait davantage d\u2019adopter un regard englobant sur ces \u0153uvres et d\u2019accepter leur n\u00e9cessaire h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"356\" height=\"461\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-50.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-116\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-50.png 356w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-50-232x300.png 232w\" sizes=\"auto, (max-width: 356px) 100vw, 356px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-554524a2267972bb38dbb22ac29564c1\">La 3<sup>e<\/sup> table ronde de la journ\u00e9e&nbsp;ajoutait \u00e0 ce point de vue historique celui des \u00e9diteurices et continuait d\u2019enrichir un regard d\u00e9j\u00e0 si nouveau pour moi par principe. Cette rencontre, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;La sc\u00e8ne contemporaine de la BD en R\u00e9publique tch\u00e8que&nbsp;\u00bb, \u00e9tait mod\u00e9r\u00e9e par Philippe Marcel, fondateur des Editions La Cafeti\u00e8re et membre du comit\u00e9 de pilotage du SoBD.&nbsp; Elle portait les voix d\u2019Ond\u0159ej Kaval\u00edr, des Editions Labyrint, dramaturge et traducteur connu pour sa traduction de la bande dessin\u00e9e culte <em>Rudo<\/em>, qui a remport\u00e9 le Muriel Award (2015), Richard Kl\u00ed\u010dn\u00edk, des Editions Argo et d\u00e9crit comme un pont entre les auteurs franco-belges et la Tch\u00e9quie, o\u00f9 il a traduit et publi\u00e9 plusieurs d\u2019entre eux, et Karolina Vo\u0148kov\u00e1, des Editions Lipnik, autrice et f\u00e9ministe qui a r\u00e9cemment publi\u00e9 un album faisant le portrait de 30 femmes exceptionnelles oubli\u00e9es par l\u2019Histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3b6631e66b74195acdff81eabdbea897\">Cette table ronde a dans un premier temps cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir les lignes \u00e9ditoriales des diff\u00e9rentes maisons d\u2019\u00e9dition repr\u00e9sent\u00e9es, qui elles aussi \u00e9taient marqu\u00e9es par leur fabuleuse vari\u00e9t\u00e9.&nbsp;Lipnik a ainsi d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par Karolina Vo\u0148kov\u00e1 comme une micro-\u00e9dition&nbsp;; en effet, celle-ci \u00e9dite 2 bandes dessin\u00e9es par an maximum et exclusivement des b\u00e9d\u00e9istes tch\u00e8ques contemporain.es. Cette premi\u00e8re maison d\u2019\u00e9dition est tr\u00e8s vite apparue comme un cas particulier en R\u00e9publique tch\u00e8que, pays pour lequel le mod\u00e9rateur rappelle qu\u2019il y a peu de maisons d\u2019\u00e9dition sp\u00e9cialis\u00e9es \u00e0 ce jour. A l\u2019inverse de cette microstructure pour moi d\u00e9j\u00e0 des plus stimulantes, Labyrint a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 par Ond\u0159ej Kaval\u00edr comme une structure plus grande et install\u00e9e. Maison qui existe depuis environ 30 ans, elle \u00e9dite en moyenne 15 livres par an, surtout des livres pour enfants et, depuis 2003, des bandes dessin\u00e9es, et fait le choix de donner beaucoup de place aux auteurices d\u00e9butant.es. Enfin, Argo, repr\u00e9sent\u00e9e par Richard Kl\u00ed\u010dn\u00edk, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par ce dernier comme une grande maison&nbsp;d\u2019\u00e9dition. Fond\u00e9e en 1991, celle-ci \u00e9dite en moyenne 200 livres par an dont 15 bandes dessin\u00e9es, surtout des traductions, avec quelques auteurices tch\u00e8ques. Cette diversit\u00e9 des formats et la proportion de bandes dessin\u00e9es traduites dans les grandes structures ont conduit le mod\u00e9rateur \u00e0 interroger l\u2019autonomie de la bande dessin\u00e9e dans les maisons d\u2019\u00e9dition tch\u00e8ques et la visibilit\u00e9 du m\u00e9dium dans les m\u00e9dias. Richard Kl\u00ed\u010dn\u00edk a alors appris \u00e0 l\u2019audience qu\u2019il n\u2019y avait pas de sp\u00e9cialisation dans la bande dessin\u00e9e parmi les \u00e9diteurs, \u00e0 l\u2019exception d\u2019Albatros, qui publie des bandes dessin\u00e9es fran\u00e7aises traduites. Les bandes dessin\u00e9es traduites pr\u00e9valent donc tr\u00e8s largement dans la production &#8211; chez Labyrint par exemple, avec des traductions de BD anglo-saxonnes, franco-belges et des mangas. Cette diff\u00e9rence de sch\u00e9mas induit par ailleurs une singularit\u00e9 par rapport au contexte fran\u00e7ais : Philippe Marcel insiste en effet sur le fait que les micro-\u00e9ditions sont souvent utilis\u00e9es en France comme terrain de d\u00e9frichage par les grandes maisons d\u2019\u00e9dition, mais les intervenant.es ont bien indiqu\u00e9 que le contexte \u00e9tait en l\u2019occurrence tr\u00e8s diff\u00e9rent en R\u00e9publique tch\u00e8que. Selon Richard Kl\u00ed\u010dn\u00edk, cette r\u00e9alit\u00e9 fait aussi que la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une assez grande visibilit\u00e9 dans les m\u00e9dias, aussi car il y a assez peu de concurrence selon Ondrej Kaval\u00edr et aussi en raison d\u2019un caract\u00e8re conservateur que l\u2019\u00e9diteur associe au lectorat tch\u00e8que, qui lui semble pr\u00e9f\u00e9rer la production tch\u00e8que \u00e0 la production \u00e9trang\u00e8re. L\u2019\u00e9diteur oppose ainsi le statut d\u2019auteur de bandes dessin\u00e9es \u00e0 celui de romancier, qui doit vraiment lutter pour se faire une place parmi la concurrence locale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-dd01f5f6c29f96ff790581297c5d8e70\">Le catalogue d\u2019exposition insistait dans un dernier temps sur un infl\u00e9chissement marquant dans l\u2019histoire de la bande dessin\u00e9e, qui se fait en 2006 avec la 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition du festival Komiks Fest (derni\u00e8re \u00e9dition : 2015), qui pr\u00e9sente un large \u00e9ventail de genres et propose un contenu un peu diff\u00e9rent des fan cons tel que propos\u00e9 par le Comiczcon. Ainsi, les ann\u00e9es 2000-2010 constituent une nouvelle \u00e9tape dans la phrase de l\u00e9gitimation de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que, en recherche de nouveaux formats et de nouvelles plateformes. A partir de 2010, on peut dire que la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que trouve pleinement sa place dans l\u2019espace culturel, aussi par une forte f\u00e9minisation du secteur, autant dans la cr\u00e9ation, l\u2019organisation que dans le lectorat vis\u00e9. D\u2019autre part, les travaux d\u2019interpr\u00e9tation et d\u2019analyse du medium par les historiens se multiplient (<em>La BD tch\u00e8que dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>&nbsp;d\u2019Helena Diesing et&nbsp;<em>Avant la bande dessin\u00e9e<\/em> de Tom\u00e1\u0161 Prok\u016fpek et Martin Foret) et la BD se d\u00e9veloppe aussi en tant qu\u2019objet d\u2019\u00e9tude acad\u00e9mique avec les <em>comics studies<\/em> et dans les universit\u00e9s tch\u00e8ques, avec des s\u00e9minaires consacr\u00e9s \u00e0 la bande dessin\u00e9e dans les cursus classiques de sciences sociales et d\u2019histoire de l\u2019art. En 2011, l\u2019universit\u00e9 de Boh\u00eame de l\u2019Ouest de Plze\u0148 ouvre m\u00eame un 1<sup>er <\/sup>atelier d\u00e9di\u00e9 exclusivement \u00e0 cette pratique, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Bande dessin\u00e9e et illustration pour enfants&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8e33dc68ea018a59480cfe570be5c75a\">La bande dessin\u00e9e tch\u00e8que est dans les faits constamment mise en relation avec la cr\u00e9ation \u00e9trang\u00e8re et avec par ailleurs, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la rencontre avec la culture japonaise, en particulier le manga et l\u2019anime. Mais il m\u2019a sembl\u00e9, \u00e0 la lecture du catalogue, que la particularit\u00e9 constitutive de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que \u00e9tait qu\u2019elle trouvait sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans un \u00e9clectisme assum\u00e9, qui ne se revendique d\u2019aucun postulat graphique, t\u00e9moignage exemplaire d\u2019un libre acc\u00e8s \u00e0 la production mondiale. Les 1<sup>\u00e8re<\/sup> et 4<sup>e<\/sup> tables rondes ont de fait abord\u00e9 ces questions de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de la cr\u00e9ativit\u00e9 trouv\u00e9es dans un \u00e9clectisme pluri-m\u00e9dia enrichi de r\u00e9ceptions inspirantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9c4b43d0efca79281b4dd405c61057f1\">La 1<sup>\u00e8re<\/sup> table ronde, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Introduction aux auteurs et aux \u0153uvres du 9<sup>e<\/sup> art tch\u00e8que&nbsp;\u00bb, \u00e9tait mod\u00e9r\u00e9e par Antoine Sausverd, sp\u00e9cialiste de la bande dessin\u00e9e du XIX<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et connu pour son blog \u00ab&nbsp;T\u00f6pfferiana&nbsp;\u00bb. Cette table ronde r\u00e9unissait Pavel \u010cech, auteur de BD pr\u00e9sent\u00e9 comme un v\u00e9t\u00e9ran des techniques du graphisme et de la peinture \u00e0 l\u2019huile, et comme un inventeur inspir\u00e9 de r\u00e9cits et de livres d\u2019art pour enfants, et 2 auteurices qui se caract\u00e9risent par un rapport pluriel au 9<sup>e<\/sup> art&nbsp;: Kate\u0159ina \u010cupov\u00e1, dessinatrice de BD plusieurs fois r\u00e9compens\u00e9e (sa BD, <em>Ka\u0161na<\/em>, remporte le prix Muriel de la Meilleure bande dessin\u00e9e courte et, avec <em>R.U.R.<\/em>, l\u2019autrice obtient le Golden Ribbon Award, cat\u00e9gorie meilleur roman graphique de l\u2019ann\u00e9e) et animatrice (et qui donc fera aussi partie de la 4<sup>e<\/sup> table ronde), et le tr\u00e8s intrigant pour moi, Franti\u0161ek Sk\u00e1la, sculpteur, peintre, illustrateur de livres pour enfants, mais aussi musicien et danseur, qui a repr\u00e9sent\u00e9 son pays dans la 45<sup>e <\/sup>Biennale de Venise \u2013 figure \u00e9clectique dont l\u2019\u0153uvre a fait \u00e9cho pour moi \u00e0 la table ronde consacr\u00e9e au roman-photo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e71a803ba521113a09a3e2514e95ac08\">Le 1<sup>er<\/sup> objectif de cette table ronde a \u00e9t\u00e9 de pr\u00e9senter une s\u00e9lection d\u2019auteurices et d\u2019\u0153uvres remarquables et, pour celle et ceux pr\u00e9sent.es, d\u2019\u00e9voquer les \u0153uvres qui avaient orient\u00e9 et nourri leur d\u00e9sir d\u2019\u00e9criture. C\u2019est d\u2019abord Katerina \u010cupov\u00e1 qui a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 pr\u00e9senter son parcours. L\u2019autrice publie des strips dans des recueils de mangas et affirme son go\u00fbt pour les exp\u00e9rimentations en dessin. Son approche est influenc\u00e9e par l\u2019art de la sc\u00e9nographie, le dessin anim\u00e9 et est aussi fortement impr\u00e9gn\u00e9e par la culture japonaise, dont la litt\u00e9rature est ais\u00e9ment accessible en R\u00e9publique Tch\u00e8que en traduction depuis environ 10 ans. Avant que celles-ci ne soient directement accessibles, l\u2019autrice lisait ces bandes dessin\u00e9es en polonais, ce qui pose l\u00e0 aussi, \u00e0 nouveau, la question de la r\u00e9ception par la traduction, qui a \u00e9t\u00e9 ponctuellement \u00e9voqu\u00e9e, mais n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e \u2013 impossible de tout faire, j\u2019en conviens&nbsp;! Quoi qu\u2019il en soit, chez elle, cette impr\u00e9gnation japonaise s\u2019associe \u00e0 sa culture propre, en particulier dans sa derni\u00e8re bande dessin\u00e9e, inspir\u00e9e d\u2019un conte de f\u00e9es tch\u00e8que. Le propos de Franti\u0161ek Sk\u00e1la a \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9 ce sujet des jeux d\u2019influences plurielles. L\u2019auteur est en effet revenu sur son activit\u00e9 premi\u00e8re d\u2019illustrateur de livres pour enfants, et de livres scientifiques, du fait que la bande dessin\u00e9e en Tch\u00e9quie \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e dans les ann\u00e9es 80-90 comme trop occidentale et donc \u00e9veillait une forme de m\u00e9fiance, et l\u2019auteur a donc donn\u00e9 l\u2019exemple d\u2019une l\u00e9gitimation personnelle trouv\u00e9e d\u2019abord par le biais d\u2019une litt\u00e9rature elle-m\u00eame d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"718\" height=\"548\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-52.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-118\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-52.png 718w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-52-300x229.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 718px) 100vw, 718px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Franti\u0161ek Sk\u00e1la, <\/em>Jak C\u00edlek L\u00eddu na\u0161el<em> (2006, extrait)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4b883809fb87fcf88e3c4613bd999066\">Les bandes dessin\u00e9es de Franti\u0161ek Sk\u00e1la sont influenc\u00e9es par son art de plasticien et l\u2019auteur aime \u00e0 jouer de l\u2019illusion de r\u00e9el comme en t\u00e9moigne son photo-roman en for\u00eat pour lequel il a travaill\u00e9 avec des poup\u00e9es et marionnettes. Cette r\u00e9f\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour l\u2019auteur d\u2019insister sur la ressemblance de ce projet avec un tournage de film dans son exigence, en ce qu\u2019il s\u2019est l\u00e0 par ailleurs inspir\u00e9 d\u2019une s\u00e9rie sur les vampires d\u00e9couverte dans la revue&nbsp;<em>Le Monde des soviets<\/em>. L\u2019approche de Pavel \u010cech s\u2019est quant \u00e0 elle un peu singularis\u00e9e dans cet ensemble \u00e9clectique puisque l\u2019auteur s\u2019est tout de suite positionn\u00e9 dans un rapport \u00e0 un medium sans paroles et a r\u00e9fl\u00e9chi, en illustrateur reconnu, \u00e0 la relation qu\u2019il entretient avec la couleur, qu\u2019il per\u00e7oit vraiment depuis un point de vue de praticien&nbsp;: non pas fond\u00e9 sur une r\u00e9flexion logique mais sur une intuition h\u00e9sitante, reflet de ses pr\u00e9occupations narratives touchant l\u2019enfance, ce qui lui a permis de se placer dans le sillage de Karel Zeman. Pour terminer, le mod\u00e9rateur a interrog\u00e9 les relations des intervenant.es \u00e0 la bande dessin\u00e9e franco-belge et les r\u00e9ponses donn\u00e9es ont donn\u00e9 un \u00e9ventail de rapports possibles, avec Franti\u0161ek Sk\u00e1la, qui a dit ne d\u00e9tenir aucune connaissance sur le sujet, Katerina \u010cupov\u00e1, famili\u00e8re des canoniques&nbsp;<em>Ast\u00e9rix et Ob\u00e9lix&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>Lucky Luke<\/em>, et qui se dit surtout sensible \u00e0 la diversit\u00e9 des styles de la bande dessin\u00e9e franco-belge, et Pavel \u010cech, enfin, qui a approch\u00e9 le franco-belge par Pif, tr\u00e8s rare en Tch\u00e9quie, remarque qui aurait pu poser, l\u00e0 aussi, la question de la r\u00e9ception de r\u00e9f\u00e9rences traduites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f1e68c274b933addc729b7bf7b78c91b\">La 4<sup>e <\/sup>et derni\u00e8re table ronde enfin, mod\u00e9r\u00e9e par Florian Rubis, portait sur \u00ab\u00a0La bande \u00a0dessin\u00e9e, l\u2019animation et la t\u00e9l\u00e9vision en R\u00e9publique tch\u00e8que\u00a0\u00bb. Elle r\u00e9unissait Kate\u0159ina \u010cupov\u00e1, dessinatrice mais aussi pr\u00e9sente ici en tant qu\u2019animatrice de formation, et qui travaille r\u00e9guli\u00e8rement pour les studios tch\u00e8ques, Vojt\u011bch Ma\u0161ek, dessinateur de bandes dessin\u00e9es mais aussi sc\u00e9nariste et r\u00e9alisateur, connu pour son \u0153uvre <em>Sestry Dietlovy<\/em> pour laquelle il a employ\u00e9 une technique consistant \u00e0 redessiner des photographies, \u00e0 les superposer et \u00e0 les recadrer par collage, et Lucie Lomov\u00e1, autrice qui s\u2019est fait une r\u00e9putation avec sa s\u00e9rie pour enfants <em>An\u010da a Pep\u00edk<\/em>, tr\u00e8s populaire et adapt\u00e9e en animation. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"310\" height=\"447\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-54.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-121\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-54.png 310w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-54-208x300.png 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 310px) 100vw, 310px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-6b42fba2afb8ec0d28e094e020678927\">Dans un premier temps, les intervenant.es ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9.es \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la relation entre la t\u00e9l\u00e9vision et les \u0153uvres dessin\u00e9es en R\u00e9publique tch\u00e8que. Selon Lucie Lomov\u00e1, la t\u00e9l\u00e9vision tch\u00e8que a une tr\u00e8s grande histoire de diffusion d\u2019animations, qui est apparue tr\u00e8s vite comme un univers cr\u00e9atif plus tol\u00e9r\u00e9 que la bande dessin\u00e9e, m\u00eame si Katerina \u010cupov\u00e1 reconna\u00eet que la t\u00e9l\u00e9vision publique a d\u00e9velopp\u00e9 cet art qu\u2019elle a d\u2019abord destin\u00e9 aux enfants et que ce n\u2019est que dans un second temps que celui-ci s\u2019est ouvert aux jeunes adultes. Ces observations ont permis \u00e0 la table ronde de s\u2019interroger sur les influences et innutritions, en particulier transm\u00e9diatiques, de la bande dessin\u00e9e tch\u00e8que. En particulier, Katerina \u010cupov\u00e1 a insist\u00e9 sur le fait que les projets des studios se concentraient sur le gaming et que \u00ab\u00a0productions mixtes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0co-production\u00a0\u00bb, &#8211; \u00e9cho \u00e0 l\u2019\u00e9clectisme qui a structur\u00e9 cette journ\u00e9e du \u00ab\u00a0cycle \u00e9tranger\u00a0\u00bb -, constituaient des mots d\u2019ordre. Cette r\u00e9flexion sur les productions mixtes a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour l\u2019autrice de revenir sur une de ses influences majeures, Tezuka, mais aussi sur une relation transm\u00e9diatique traditionnelle en R\u00e9publique tch\u00e8que\u00a0: celle qu\u2019entretiennent la bande dessin\u00e9e, la t\u00e9l\u00e9vision et l\u2019animation en th\u00e9\u00e2tre de marionnettes, dernier art dans lequel on reconna\u00eet les grands standards de l\u2019illustration. Cet art conna\u00eet son apog\u00e9e dans les ann\u00e9es 50-60 avec Ji\u0159\u00ed Trnka, dessinateur ambidextre surtout connu pour ses films d\u2019animation en volume sur le folklore slave. Le mod\u00e9rateur a illustr\u00e9 ce propos au moyen de l\u2019exemple du personnage de la petite taupe, &#8211; visiblement + connu en France que Goldorak -, destin\u00e9 aux tout petits, qui ne parle pas mais dont la compr\u00e9hension lui appara\u00eet universelle. Katerina \u010cupov\u00e1 a en particulier d\u00e9fini Karel Zeman, &#8211; dessinateur et r\u00e9alisateur de films d\u2019animation tch\u00e8ques, + t\u00f4t \u00e9galement d\u00e9fini par Pavel \u010cech comme mod\u00e8le -, comme une de ses influences majeures. L\u2019animatrice voit en effet en lui le symbole de la libert\u00e9 de la cr\u00e9ation et ce mod\u00e8le la motive \u00e0 s\u2019interroger sur les effets de l\u2019intervention du volume dans l\u2019animation, qu\u2019elle interpr\u00e8te comme la marque d\u2019un surr\u00e9el mais qui n\u2019emp\u00eache pas l\u2019illusion de fonctionner &#8211; question pr\u00e9cis\u00e9ment au c\u0153ur de la toute toute premi\u00e8re table ronde du week-end.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"436\" height=\"330\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-55.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-122\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-55.png 436w, https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2025\/08\/image-55-300x227.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 436px) 100vw, 436px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Ji\u0159\u00ed Trnka, <\/em>Ruka<em> (<\/em>La Main<em>, court-m\u00e9trage d\u2019animation, 1965)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-bf3ec372780f63654280a94d66c7a665\">Ce grand week-end fini, que dire, hormis peut-\u00eatre, esp\u00e9rer toujours un c\u0153ur grand ouvert, &amp; encore tout plein d\u2019autres toutes toutes deuxi\u00e8mes fois.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9ac00cf961d1ea846fe5a532228b76c6\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte-rendu du SoBD 2022 (du 2 au 4 d\u00e9cembre 2022) Beno\u00eet Vidal, Pauline \u00e0 Paris (FLBLB, 2015) Voil\u00e0, c\u2019en est fait, je peux le dire : je ne suis plus une profane aussi neuve ni gousse de vanille aussi fra\u00eeche qu\u2019en d\u00e9cembre dernier. Quelle curieuse exp\u00e9rience que faire ce SoBD 2022, 1er festival BD, cr\u00e9\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/2025\/08\/20\/toute-toute-deuxieme-fois\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Toute toute deuxi\u00e8me fois\u00a0<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":102,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[50,8,22,53,40,52,7,49,48],"class_list":["post-98","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compte-rendus","tag-animation","tag-anime","tag-bande-dessinee","tag-bande-dessinee-tcheque","tag-lecture","tag-livre-jeunesse","tag-manga","tag-roman-photo","tag-webtoon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":125,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98\/revisions\/125"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media\/102"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maelrannou.fr\/baindemousse\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}