{"id":209,"date":"2021-02-02T16:25:50","date_gmt":"2021-02-02T15:25:50","guid":{"rendered":"http:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/?p=209"},"modified":"2021-02-02T16:25:50","modified_gmt":"2021-02-02T15:25:50","slug":"eloge-deloge-des-fins-heureuses-de-coline-pierre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/?p=209","title":{"rendered":"\u00c9loge d&rsquo;\u00c9loge des fins heureuses, de Coline Pierr\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Cela fait longtemps que je parle d&rsquo;\u00e9crire sur <em>\u00c9loge des fins heureuses<\/em>, de Coline Pierr\u00e9. \u00c0 tel point que pour celles \u00e0 ceux \u00e0 qui j&rsquo;en parle depuis des mois risquent de trouver ce billet un rien d\u00e9cevant. Mais puisque le livre devrait tr\u00e8s bient\u00f4t \u00eatre r\u00e9\u00e9dit\u00e9 (le site annonce fin janvier depuis des mois, nous sommes en f\u00e9vrier), voici quelques mots.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-211\" srcset=\"https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-300x300.jpg 300w, https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-150x150.jpg 150w, https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-768x768.jpg 768w, https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2-100x100.jpg 100w, https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur2.jpg 1936w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><figcaption>Les images illustrant ce billet sont tir\u00e9es du site de Monstrograph.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais achet\u00e9 <em>\u00c9loge des fins heureuses<\/em> alors que je faisais une commande \u00e0 Monstrograph, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par le fanzine <em>Tu vas rater ta vie et personne ne t&rsquo;aimera jamais<\/em>, de Martin Page, et avait donc d\u00e9couvert la petite structure qu&rsquo;il tient avec Coline. J&rsquo;avais aim\u00e9 le titre d&rsquo;<em>\u00c9loge<\/em> et l&rsquo;avait command\u00e9 avec curiosit\u00e9 mais sans plus. La lecture a \u00e9t\u00e9 plaisante mais, surtout, m&rsquo;a un peu secou\u00e9. Puis je suis pass\u00e9 \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;an dernier Monstrograph a \u00e9t\u00e9 largement mis sur le devant de la sc\u00e8ne apr\u00e8s le succ\u00e8s d&rsquo;<em>Au-del\u00e0<\/em> <em>de la p\u00e9n\u00e9tration<\/em>, de Martin Page, et, surtout, <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/debats\/2020\/10\/01\/pauline-harmange-elle-les-hommes-elle-les-deteste_1800981\">la pol\u00e9mique li\u00e9e \u00e0 la publication de Moi, les hommes, je les d\u00e9teste, de Pauline Harmange<\/a>. Les deux livres ont fait couler beaucoup d&rsquo;encre, aid\u00e9 par des imb\u00e9ciles tentant de les censurer contre toute logique. Ils sont depuis r\u00e9\u00e9dit\u00e9s chez des \u00e9diteurs moins artisanaux que Monstrograph, o\u00f9 tout est fait quasi manuellement. Les d\u00e9bats particuli\u00e8rement vifs qui ont suivi la publication du Harmange (un livre tout \u00e0 fait recommandable) ont fait pas mal parler de la petite maison d&rsquo;\u00e9dition, parfois en en faisant la structure du seul Martin Page, une classique invisibilisation un rien ironique. Coline Pi\u00e9rr\u00e9, co\u00e9ditrice et autrice, y a donc publi\u00e9 l&rsquo;<em>\u00c9loge des fins heureuses <\/em>en 2018, il m\u00e9rite tout autant de bruit (pas besoin de la fureur) que ses camarades de catalogue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tr\u00e8s difficile d&rsquo;\u00e9crire un texte int\u00e9ressant sur <em>\u00c9loge des fins heureuses<\/em> pour la simple et bonne raison que le texte est court (96 pages) et particuli\u00e8rement clair. Il n&rsquo;y a pas de verbiage ou de mot en trop, les id\u00e9es sont avanc\u00e9es dans une parole excessivement limpide, brassant pourtant de multiples id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrice pour la jeunesse, Coline Pierr\u00e9 d\u00e9crit entre autres combien les romans pour enfants ou adolescents portent toujours en eux cette part d&rsquo;ouverture heureuse. Il semble logique, \u00e0 ces \u00e2ges, d&rsquo;offrir des r\u00e9cits d&rsquo;apprentissages, des travers\u00e9es parfois rudes, mais des d\u00e9bouch\u00e9es un minimum optimiste. Un classique qui am\u00e8ne souvent \u00e0 voir la litt\u00e9rature jeunesse au mieux comme na\u00efve, au pire comme incapable de subtilit\u00e9. Car la subtilit\u00e9 est dans la noirceur, le po\u00e8te romantique (le brun t\u00e9n\u00e9breux\u00a0?), dans les pleurs que l&rsquo;on arrache et qui apprennent que non, \u00ab\u00a0la vie n&rsquo;est pas comme dans les romans\/films\u00a0\u00bb. Pourtant, nombre de romans classiques finissent mal. C&rsquo;est \u00e0 n&rsquo;y rien comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours de r\u00e9habilitation de la litt\u00e9rature jeunesse et de ses fins heureuses port\u00e9 par Coline Pierr\u00e9 n&rsquo;est pas un discours corporatiste, il affirme une ligne et une vision du monde \u00e0 \u00e9largir bien au-del\u00e0 de la jeunesse. En r\u00e9servant uniquement le bonheur conclusif aux enfants, on inscrit au fer rouge son impossibilit\u00e9 pour la suite de la vie. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre fait plaisir, il est temps de devenir adulte et d&rsquo;admettre que r\u00eaver est une perte de temps. Outre que c&rsquo;est une bien triste vision de l&rsquo;\u00e2ge adulte (j&rsquo;ai ador\u00e9 mon lyc\u00e9e mais sans doute plus ma vie de trentenaire que de coll\u00e9gien), elle est \u00e9minemment conservatrice. Ce m\u00e9pris des fins heureuses \u00ab\u00a0non subtiles\u00a0\u00bb de la litt\u00e9rature jeunesse ou du r\u00e9cent \u00ab\u00a0young adult\u00a0\u00bb n&rsquo;est au fond qu&rsquo;un discours bien connu d\u00e9cr\u00e9tant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative. Et franchement, je n&rsquo;ai aucune envie de lire une histoire de Margaret Tatcher.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/maelrannou.fr\/envrac\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2021\/02\/heur1.jpg\" alt=\"L\u2019attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est heur1.jpg.\" width=\"674\" height=\"674\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Mon premier instinct quand j&rsquo;ai voulu \u00e9crire sur ce livre \u00e9tait de creuser cette ligne, de dire que sans le vouloir <em>\u00c9loge des fins heureuses<\/em> \u00e9tait un livre puissamment politique. Sauf que je l&rsquo;ai relu et que le livre le veut parfaitement. Le projet politique y est \u00e9crit noir sur blanc (avec le gros mot \u00ab&nbsp;politique&nbsp;\u00bb)&nbsp;: on veut des com\u00e9dies musicales (et pas \u00e0 la <em>La la la land<\/em>), on veut des utopies qui ne se terminent pas sur l&rsquo;\u00e9crasement de l&rsquo;espoir, on veut des fictions qui assument de pouvoir changer le monde. Comment pourrait-on attendre des lecteurs qu&rsquo;ils y aspirent si on leur rentre au burin dans le cr\u00e2ne que tout est vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec&nbsp;? Attention, Pierr\u00e9 ne professe pas un chemin sans obstacle, l&rsquo;apprentissage peut \u00eatre cahoteux, mais des lectures qui redonnent espoir plut\u00f4t qu&rsquo;elles enfoncent la t\u00eate sous l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>La posture de l&rsquo;\u00e9crivain vivant dans le malheur, tirant son talent de son attitude (auto)destructrice, de l&rsquo;alcool, du g\u00e9nie \u00ab&nbsp;ombrageux&nbsp;\u00bb (terme cachant souvent un personnage violent et abusif), est tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9crite. Elle fait partie de la mythologie&nbsp;: il faut \u00eatre pauvre, seul et frigorifi\u00e9 pour sortir un chef d&rsquo;\u0153uvre, et qu&rsquo;importe si Proust et Flaubert \u00e9taient rentiers. L&rsquo;autrice parle donc au passage de son histoire intime dans d&rsquo;int\u00e9ressantes digressions (toujours dans un texte extr\u00eamement bref, je vous l&rsquo;avais dit que c&rsquo;\u00e9tait dense) et, <a href=\"https:\/\/www.monstrograph.com\/product\/petite-encyclopedie-des-introvertis\/\">toute introvertie qu&rsquo;elle soit<\/a>, nous dit qu&rsquo;on peut \u00eatre heureux et \u00e9crire. Cette triste mythologie, qui se r\u00e9sume souvent \u00e0 de la complaisance, est dramatiquement courante, et pas qu&rsquo;en fiction. Il y a quelques mois sur twitter je voyais encore une doctorante expliquer qu&rsquo;un de leur professeurs leur indiquait que si ses th\u00e9sards ne faisaient pas au moins une d\u00e9pression durant leurs ann\u00e9es de recherche, c&rsquo;est qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas assez investis. Moi qui viens de d\u00e9buter mon doctorat apr\u00e8s des ann\u00e9es d&rsquo;attente et d&rsquo;envie, j&rsquo;avais juste envie de crier \u00ab&nbsp;D\u00e9sol\u00e9, mais j&rsquo;aurai le doctorat heureux&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le livre de Coline Pierr\u00e9 n&rsquo;y \u00e9tait pas pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi mes livres favoris restent pourtant des monuments de tristesse et de violence \u2013 la trilogie des jumeaux d&rsquo;Agota Kristof occupant \u00e0 elle seule mon podium personnel. Bon. Nous sommes tous p\u00e9tris de contradictions. Et l&rsquo;on n&rsquo;efface pas des d\u00e9cennies de glorification du drame en un claquement de doigt. Mais depuis ma rencontre avec la provocatrice po\u00e9tique du bonheur d&rsquo;<em>\u00c9loge des fins heureuses<\/em> les choses sont un tant soit peu diff\u00e9rentes, et c&rsquo;est sans honte qu&rsquo;en litt\u00e9rature comme dans la vie (et dans mon engagement politique) j&rsquo;assume de r\u00eaver en grand. La fin heureuse n&rsquo;arrive pas seule, elle se construit, elle s&rsquo;esp\u00e8re et, avant cela, il faut d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;imaginer possible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour lire, acheter, offrir, diffuser <em>\u00c9loge des fins heureuses,<\/em> et le re-\u00e9puiser quand il sera enfin redisponible <a href=\"https:\/\/www.monstrograph.com\/product\/eloge-des-fins-heureuses\/\">c&rsquo;est sur la boutique de Monstrograph<\/a>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait longtemps que je parle d&rsquo;\u00e9crire sur \u00c9loge des fins heureuses, de Coline Pierr\u00e9. \u00c0 tel point que pour celles \u00e0 ceux \u00e0 qui j&rsquo;en parle depuis des mois risquent de trouver ce billet un rien d\u00e9cevant. 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