Entretien avec Anne Min-Thu Quach

Anne Min-Thu Quach est une des nombreuses députées élues lors de la « vague orange » de 2011, mais aussi, et c’est plus rare, une députée néodémocrate réélue en 2015. Si elle n’est pas forcément la plus connue du caucus, j’ai souvent apprécié ses prises de position, l’élue s’engageant sur des sujets qui me sont chers : après avoir été porte-parole du caucus sur les questions de santé, puis d’environnement elle est porte-parole du NPD pour la jeunesse depuis novembre 2015. Merci encore à elle et à ses assistants pour l’accueil et la mise en place très rapide (autour de 24h !) de ce rendez-vous.

Anne Minh-Thu Quach à la Chambre des communes en mars 2018.

Avant de débuter sur vos combats propres j’aimerai savoir comment vous vivez l’environnement actuel, comment luttez-vous face à un premier ministre comme Trudeau ?

On continue de se position comme le vrai parti progressiste au Canada. On est le parti qui peut défier le gouvernement sur ses discours à saveur progressiste mais qui sont dans les faits éloignés des revendications des groupes de femmes, des groupes environnementaux, de la société civile, qui ne sont pas satisfaits. Pour cela le sens de mon travail est toujours le même, et ce ne sont pas les conservateurs qui vont se positionner sur ces enjeux en défendant un point de vue progressiste.

Sur les sujets progressistes justement on a un gouvernement qui se dit ouvertement féministe, quelle est votre analyse de ça ?

Pour l’instant c’est dans les paroles, dans le dernier budget je crois qu’on recensait presque 700 fois le mot « équité des genres » mais dans les faits on en est pas là du tout. Oui il y a eu quelques avancées comme le cabinet paritaire ou la loi permettant l’octroi de congés payés par l’employeur pour les femmes victimes de violences conjugales, pour qu’elles puisse se remettre sur pied et trouver une nouvelle place. C’est un enjeu sur lequel on s’en positionné et qu’on défendait, on est content que ça ait été fait.

Mais sur d’autres questions comme l’équité salariale, cela fait presque trois ans que les libéraux disent qu’ils vont proposer une loi proactive là dessus. Dans leur dernier budget ils ont écrit qu’ils allaient faire quelque chose dessus, mais il n’y a toujours pas de projet de loi déposé, et encore moins d’engagement concrets ou de budget attribué, on est donc bien encore que dans les paroles.

Sur d’autres sujets comme le développement de refuges et de logements sociaux pour le femme ou le développement de système de garde universels, comme il y a au Québec mais élargit à tout le Canada, ils refusent d’avancer. Si on veut que les femmes travaillent au même titre que les hommes mais qu’elles n’ont pas la possibilité d’inscrire leurs enfants à un service de garde, alors qu’on sait que cela pousse souvent les femmes à rester à la maison, c’est contradictoire. Beaucoup de choses comme ça, qui remontent directement du terrain, sont inexistantes dans les projets de lois.

Par curiosité, quels sont les équilibres femmes/hommes à la Chambre ? Est-ce qu’il y a des règles de parités sur les candidatures comme en France ou pas du tout ?

On n’est que 26 % de femmes, au Nouveau parti démocratique on est le parti qui s’en approche le plus. On est 42 % je crois, pas juste de candidate mais d’élues, et notre leader Ruth-Ellen Brosseau a demandé à plusieurs reprises au Premier Ministre Trudeau ce qu’il entendait faire au niveau de la législation pour qu’aux prochaines élections il y ait des amélioration mais jusqu’ici elle n’a pas eu de réponses. Et ce ne sera pas réglé avec les listes à la proportionnelle puisque la réforme à la proportionnelle a été abandonnée.

Pour en venir à vos portefeuilles, quelles sont les priorités du NPD sur les questions de droit des femmes et de jeunesse ?

Sur les l’égalité femmes-hommes c’est vraiment l’équité salariale que l’on défend sans cesse. Cela fait juste quatorze ans qu’un rapport est sorti sur cette question, toutes les études et consultations ont été mené, il est chiffré, les recommandations sont là. On ne devrait pas attendre pour en faire une loi mais là ils nous disent qu’ils sont encore en train de consulter alors qu’il y a tout qui est là, et notamment les travaux expliquant combien ce serait positif pour tous. Aujourd’hui une femme touche environ 80 % de ce que touche un homme au Canada, au même poste, c’est pas mal en retard pour un pays du G7 et un gouvernement qui se proclame féministe. Et on lie ça beaucoup avec le programme de garde universel, qui est lié à la jeunesse aussi finalement.

Pour la jeunesse on s’est engagé à réduire très fortement le fardeau des étudiants au niveau des prêt étudiants. En congrès on s’est prononcé très récemment en faveur de la gratuité scolaire pour le niveau collégial et universitaire. C’est une mesure très forte, qui serait un soulagement pour beaucoup de jeunes et aussi une vraie assurance d’égalité.

C’est en effet très important mais y-a-t-il d’autres mesures pour ceux qui ne sont pas étudiants, en primaire ou par exemple pour ceux qui ne peuvent pas faire d’études, qui peinent à s’insérer dans l’emploi ?

On parle beaucoup de précarité de l’emploi présentement, de jeunes qui sont travailleurs autonomes pour des plateformes, ce qui paraît leur seul débouché. On veut développer un plan très fort sur la formation pour leur permettre d’avoir d’autres solutions qui les rendent moins dépendants mais quand j’ai dit ça aux libéraux le ministre des finances m’a dit « get used to it », « il va falloir s’y habituer » donc ils n’ont clairement pas envie de s’y attaquer.

Sinon, là je viens d’une conférence de presse sur le sujet de l’exploitation des jeunes mineures. En 2015 la Chambre des communes a adopté à l’unanimité un projet de loi qui s’appelle C-452 qui fait en sorte que les proxénètes et ceux qui font de la traite et de l’exploitation, souvent à 50 % sexuelle, des femmes, en majorité de jeunes femmes, puissent avoir des sanctions cumulatives et qu’il y ait un renforcement du fardeau de la preuve. On ne peut plus voir des jeunes de quatorze-quinze ans à témoigner en cours pour prouver qu’elles sont des victimes par exemple. Un troisième point ajoutait la traite de personnes à la liste des infractions permettant la confiscation des produits de la criminalité.

On avait adopté ce texte, les libéraux ont voté pour, il a eu la sanction royale mais les libéraux disent qu’ils ont soudainement vu un problème constitutionnel avec les peines cumulatives. Ils ont déposé à projet de loi à eux, qui s’appelle C-38, qu’ils n’ont pas encore mis au débat. Cela fait un an qu’ils en parlent mais pendant ce temps les victimes, elles, attendent toujours, et il n’y a aucun plan de financement pour aider celles qui sont touchées par cette criminalité. C’est une autre aberration qui touche beaucoup les jeunes.

On s’est aussi impliqué sur le projet de loi sur la Marijuana. Le gouvernement considère que la légalisation va tuer le marché noir, et on est d’accord là dessus, mais on pense qu’il faut investir beaucoup plus en prévention sinon les jeunes vont se dire « oh c’est légal, c’est donc que ce n’est pas dangereux ». Au départ les libéraux partaient sur du dix millions sur cinq ans, soit deux millions par années et pas juste pour la Marijuana mais pour toutes les drogues ! Alors qu’on traverse en ce moment une très grave crise sur les opioides. Là on est monté à sept millions, mais par comparaison on cite souvent le Colorado qui investi par années 40 millions pour la prévention. Les policiers, les enseignants, demandent de la formation aussi, et ce qu’on entend c’est surtout le gain financier pour l’état, mais il faut aussi faire de la sensibilisation. Et il y a beaucoup de problématiques auxquelles les libéraux n’ont pas pensés, ils sont encore en train de consulter des experts pour savoir quelle quantité de THC va être autorisées dans quels produits, par exemple pour ce qui risque d’affecter les facultés de conduites.

Sur un autre sujet, j’ai regardé votre activité parlementaire et j’ai vu un projet de loi qui m’intéresse particulièrement en tant qu’écologiste, sans doute lié à vos anciens portefeuilles, sur l’alimentation locale.

Oui, je l’ai déposé lors de la précédente législature, j’étais porte-parole en santé, mais il n’a toujours pas été débattu en Chambre, à l’époque les conservateurs s’y étaient opposé. Il s’agit de demander au ministre de l’agriculture au fédéral de se réunir avec les ministres provinciaux de l’agriculture, d’abord pour définir ce qu’est le « local » : pour certains c’est provincial, pour d’autres à 100km à la ronde, pour d’autres c’est le pays – c’est qui peut faire très éloigné mais toujours moins que si ça vient de Chine. Ensuite, le projet demande de faire en sorte qu’il y ai une quantité minimale d’achats de produits locaux dans les 48000 établissements fédéraux, selon la saison évidemment.

On sait que si individuellement on fait un achat de 5 $ d’aliments locaux à l’épicerie ça aide grandement les agriculteurs, donc si l’état fédéral ça engage ça pourrait tout changer. Ça peut leur permettre simplement de survivre, dans les douze dernières années on a perdu près de 10000 fermes familiales. Au Canada un emploi sur huit est rattaché à l’agroalimentaire, c’est beaucoup d’emploi, en région surtout, et pour les jeunes et la relève agricole c’est essentiel de conserver des fermes familiales.

Quand j’ai déposé ce projet de loi, je n’étais pas rattaché à l’agriculture, mais régulièrement dans les comités les gens me disaient que les personnes âgées et les jeunes n’ont pas accès aux fruits et légumes parce que ça coûte trop cher. En défendant les agriculteurs locaux et leurs conditions de travail cela permettait de contrebalancer ça aussi.

C’est un projet déposé il y a longtemps mais c’est toujours un actuel projet, malheureusement il n’est pas à l’ordre du jour. Pourtant en 2015 quand les conservateurs l’ont refusé les libéraux s’étaient prononcés en faveur du projet de loi, maintenant qu’ils sont au pouvoir ils semblent avoir oublié. J’essaie de le faire revenir dans le projet sur l’alimentation mais à ce qu’ils m’ont dit, ils ne comptent pas l’intégrer.

Sur le site de la chambre des communes je me suis aussi intéressés à vos commissions mais je n’en ai vu aucune dont vous étiez membre, c’est normal ?

Oui, c’est la réalité en ce moment, j’ai eu une petite fille qui a trois ans et je suis dans le bon parti, qui a été très accommodant avec ça. C’est connecté aux autres enjeux au fond. Le NPD m’a laissé réintégrer mes travaux au fur et à mesure, je devais voter aux votes prévisibles mais était dispensés des votes imprévisibles qui sont parfois par surprise. Lors de mes « tours de garde », ces moments dans le caucus où l’on se partage des temps où on doit être cinq heure dans la chambre, ont été pris par d’autres collègues, vraiment c’était super généreux mais c’était d’entrée de jeu proposé. Je ne sais pas si c’est comme ça dans les autres partis.

On s’est battu aussi pour avoir une salle spéciale – il y a une garderie mais il faut que les enfants y soient cinq jours semaines ce qui est impossible avec nos agendas, et c’est à partir de 18 mois –, jusqu’ici nous n’avions pas de salles spécifiques. Christine Moore, une collègue néodémocrate qui a eu deux enfants dans les deux dernières législatures, a fait un accord avec la Chambre des communes pour une nounou privée, qu’elle paie avec ses propres fonds, mais la sécurité est assurée par la Chambre. On a maintenant une salle familiale aussi, on ne l’avait pas avant, pour allaiter on allait dans la « salle des époux » qui est à côté de la chambre. Mais parfois les députés la réservent pour des conférences de presse et dans ce cas les femmes qui allaitent doivent partir, si le bébé est en train de dormir il faut le lever et le déplacer…

On a aussi demandé que les votes aient lieu dès après la période des questions, et pas à finir toujours tard le soir. La semaine dernière on a eu des votes tous les jours en fin de journée, les libéraux disent travailler fortement pour la conciliation travail/famille, ça ne se voit pas ici. Ce sont des anecdotes mais c’est important, c’est ce genre de choses qui font que c’est difficile de convaincre des jeunes, et particulièrement des jeunes femmes, de s’engager en politique. On leur dit « venez, c’est faisable de concilier avec des projets de familles », c’est vrai que c’est faisable, mais est-ce que c’est facile ?, là non.

Il y a quand même quelques commissions sur votre page, j’ai notamment vu que vous apparteniez à un réseau autour de la francophonie. Y représentez vous le Québec ou bien tout le Canada ? Avez-vous travaillé avec des élus français ?

J’en suis membre depuis un an et demi, je fais partie du programme jeunesse de la francophonie. Il a été initié il y a trois ans pour permettre aux jeunes parlementaires de réseauter à travers toute la francophonie des quatre continents pour mieux comprendre les enjeux des autres pays. Et finalement on a trouvé ça tellement enrichissant qu’on s’est dit qu’il faudrait que ça nous survive, car ça devait durer deux ans mais on a consacré la troisième année à pérenniser ça en mettant sur pied le Réseau parlementaire de la jeunesse. Il devrait aboutir en juillet et d’ailleurs il y a un sénateur français qui nous a rejoint récemment, Cyril Pellevat, qui est membre du parti des Républicains.

Ma dernière question est plus personnelle, je suis bibliothécaire et j’ai vu que vous étiez membre du comité d’administration de la bibliothèque parlementaire, en quoi ça consiste ?

J’aimerai pouvoir vous le dire mais j’en suis membre depuis 2015 et ce comité… ne s’est jamais réuni ! Il est censé réunir des députés et sénateurs qui travaillent en appui des bibliothécaires et recherchistes du Parlement afin d’assurer le meilleur fonctionnement de cette formidable ressource mais je n’en sais pas vraiment plus. Depuis quelques années on a plusieurs fois demandé aux président des deux chambres d’organiser un comité, mais sans succès.

C’est réellement dommage parce qu’on utilise beaucoup la bibliothèque et les chercheurs. Trente-huit députés se sont ajoutés en 2015, qui peuvent aller à la bibliothèques et utiliser leurs services, ainsi que leurs assistants, il y a peut-être des besoins d’organisation, de ressources ou des aides à mobiliser. Mais nous ne pouvons donc pas les appuyer alors qu’on sollicite énormément leurs aide.

Enregistré le 29 avril 2018
à Ottawa.

Le Front National est l’allié des indépendantistes Québécois. Vraiment ?

mlJoël Morneau (Twitter)

Il y a quelques jours on a appris que plusieurs membres du bureau du Comité national des jeunes péquistes avaient préparé un texte contestant la hausse des frais de scolarité pour les étudiants français et décidé de le cosigner avec de jeunes responsables politiques français… Jusqu’ici pas de problème, cette rupture par Couillard d’un partenariat ancien est contestable. Certains la défendent intelligemment, c’est à dire pas seulement avec un angle budgétaire, c’est le cas de Jean-François Lisée par exemple, mais ce n’est pas le débat. Par ailleurs faire un texte transversal des deux côtés de l’océan est logique.

Seulement Joël Morneau, président des jeunes péquistes d’Abitibi par ailleurs soutien de Bernard Drainville, a pour le moins manqué de jugement. Le texte qu’il a initié, présenté devant le conseil éxécutif, voyait plusieurs responsables jeunes affirmer leurs valeurs communes avec le Front National, présentés comme « des amis souverainistes francophones de la France ». Léo Bureau-Blouin a tout de suite signifié la fin de la récré mais a du faire face à une certaine résistance, les membres du conseil étant assez mitigés, le FN ayant salué publiquement l’élection de Pauline Marois en 2012. Finalement le texte a été rejeté et président des jeunes péquistes a expliqué que ses militants manquaient de culture politique française. C’est le moins qu’on puisse dire. De son côté Bernard Drainville a clairement condamné cette initiative malheureuse, lui qui a déjà du mal à se détacher de l’image de « candidat de la Charte » n’avait aucune envie de se voir acoquiner avec un parti d’extrême droite.

Cette inculture gravissime pour un représentant politique – même jeune – n’est pas pardonnable. Si l’on veut créer des ponts avec la politique française, il faut un minimum la connaître. Malheureusement je vois très régulièrement des militants indépendantistes sincères dirent sur les réseaux sociaux que le Front National a raison, est un parti logiquement partenaire des indépendantistes, etc. C’est totalement aberrant.

Il y a bien sûr le fond raciste, complotiste et antisémite du Front National. Ceux qui imaginent que cela a changé avec Marine le Pen se fourre le bras (et pas le doigt) dans l’oeil. D’une part Jean-Marie le Pen, condamné à de nombreuses reprises pour ses saillies racistes, est toujours député européen et élu régional, d’autre part les dérives des élus et candidats FN se comptent par centaines. Le site L’Entente en soulève très régulièrement : ainsi tel candidat FN appelle à tuer les juifs, l’eurodéputée Sophie Montel parle de « l’évidente inégalité des races », des membres sont très régulièrement exclus pour leurs photos de tatouages et saluts nazis (ce qui n’arrive curieusement pas dans d’autres partis), etc. Il faut aussi rappeler que le FN est anti-avortement, opposé aux droits de homosexuels (comparés par de nombreux élus à des pédophiles et zoophiles), pour la peine de mort, anti-syndicats… Pas vraiment la position du PQ, même le plus identitaire.

Mais au-delà de ça, imaginer une alliance PQ/FN est totalement insensée puisque le FN est radicalement opposé à toute idée d’indépendance des nations. Se proclamer « souverainiste » en France n’a pas du tout le même sens qu’au Québec : la France est un pays souverain, le Québec non. Un souverainiste français est d’abord un militant des frontières, anti-Europe, souhaitant radicalement contrôler l’immigration et militant pour une France unie et indivisible.

En effet, la France a une culture politique qui fait que l’état et la nation sont des concepts mêlés. Il paraît totalement insensé à de nombreux observateurs de les séparés, c’est une exception assez rare au sein du monde.

Le FN est au premier lieu dans ce combat d’arrière garde, combattant tous les militants régionaliste. Ainsi le FN s’est déclaré contre l’apprentissage des langues régionales, a milité très fortement contre la réunification de l’Alsace, considère la ministre de la justice Christiane Taubira comme une terroriste parce qu’elle militait pour l’indépendance de la Guyanne, … De manière générale tout ce qui peut avoir trait à l’idée d’indépendance ou d’autonomie d’une des nombreuses nations françaises s’attire les foudres du Front National, un parti construit sur un mélange entre des collaborateurs pro-Vichy et des barbouzes ayant combattu l’indépendance de l’Algérie. Conformément à son idéologie haineuse, raciste et refusant la différence le Front National est donc profondément colonialiste et anti-indépendance – terme qu’il proclame même fièrement pour expliquer son opposition au référendum d’auto-détermination en Nouvelle-Calédonie1

Alors voir M. Moneau dire qu’« Il faut arrêter de voir le FN comme une gang de fascistes et de radicaux »  et comme des alliés de l’indépendance est simplement pathétique et idiot. Le voir conserver ses responsabilités avec une si grossière erreur, qu’il semble à peine regretter, paraît impensable.

Plus loin, lire que Charles Picard-Duquette, président des jeunes péquistes de l’Estrie, ose dire « Moi, je peux signer, j’ai un coloc noir. Ils oseront jamais me traiter de raciste ! » atteint carrément le scandaleux. Le racisme larvé de ce deuxième commentaire, inexcusable et qui appelle a une réponse prompte du CNJ, montre en tous cas que le racisme larvé est très clairement partagé entre sympathisant FN de tous pays…

logoLogo du FN

1. De fait, hormis les partis directement régionalistes le seul parti français qui milite pour l’indépendance de ce territoire mais aussi de l’Écosse, défend la réunification du Pays-Basque ou la création de régions collées sur les territoires culturels et siège aux Parlement avec les indépendantistes Catalans ou Écossais sont les écologistes...

Entretien avec Ève Péclet, députée de La Pointe-de-l’Île 2/2

La semaine dernière nous publiions la première partie de notre entretien avec Ève Péclet, députée de La Pointe-de-l’Île, porte-parole adjointe de l’opposition officialle en charge de la justice et présidente du caucus jeune du NPD. Après avoir largement parlé de son engagement et du traité de libre échange Europe-Canada (AECG), suite et fin de l’entretien autours des relations internationales, des lois portées par Mme Péclet et de la jeunesse.

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Sur le sujet des affaires internationales, une actualité brûlante a été la crise israélo-palestinienne. À la Chambre des Communes vous vous étiez fermement engagée pour la Paix et la création d’un État palestinien. On a entendu beaucoup de choses sur le NPD à ce propos, et notamment que les députés ne devaient pas s’engager trop visiblement. Pouvez-vous tirer au clair cette affaire et exposer la position du NPD sur le conflit ?

Le NPD a toujours eu la même position concernant le conflit israélo-palestinien; nous défendons toujours une coexistence pacifique entre deux États indépendants avec des frontières négociées, la fin de l’occupation israélienne en Palestine et la fin de la violence envers les civils. Lors du dernier conflit, nous entrions dans une période décisive en ce qui a trait à la situation entre Israël et la Palestine et nous critiquions la position non-équilibrée du gouvernement canadien concernant ce conflit; «ce que nous avons du côté canadien, sous les conservateurs, c’est le négativisme, les reproches, les attaques et les menaces», avait déclaré notre chef, M. Mulcair. Les conservateurs de Stephen Harper gèrent de façon indélicate et inefficace les dossiers diplomatiques de cette importance et nous voyons les répercussions que cela peut avoir. Nous perdons toute crédibilité comme acteur de soutien et nous minons à la base les efforts de nos alliés pour la paix.

Le Canada devrait jouer un rôle constructif dans la résolution de la question israélo-palestinienne et comme nous l’avons fièrement déjà fait sur ​la scène internationale à d’autres occasions. Au lieu de se retrousser les manches et d’agir concrètement pour permettre aux négociations entre les deux États d’avancer, le Canada se place en très mauvaise position en prenant parti ce qui met en péril toutes tentatives de négociations et l’empêche de participer aux efforts menés par nos alliés comme les États-Unis et le Royaume-Uni. Nous appuyons fermement un règlement du conflit israélo-palestinien prévoyant deux États. Nous demandions donc au gouvernement d’appuyer ces efforts car il est clair que ce conflit ne peut être résolu que si les Israéliens et les Palestiniens s’assoient à la table des négociations.

Dans les deux secteurs dont vous vous êtes occupé, pourriez-vous présentez au lecteur un cas emblématique de politique conservatrice que vous avez combattu et les propositions du NPD ?

Au niveau des affaires étrangères, je ne peux passer sous silence les deux décisions prises par le gouvernement conservateur de se retirer du Protocole de Kyoto et de la Convention de l’ONU pour lutter contre la désertification. Cela fait du Canada le seul pays dans le monde à avoir fait marche arrière sur le plan environnemental face aux défis auxquels font face la communauté internationale. C’est une décision qui a été décriée non seulement par beaucoup de canadiens et canadiennes mais, par nombreuses organisations internationales et plusieurs autres États. Je suis prête à admettre que la politique partisane peut jouer au niveau de la politique nationale mais, lorsque l’on représente un État, membre de la communauté internationale, un pays du G7, membre de l’OCDE, le Canada a une responsabilité. Malheureusement, depuis 2006, les conservateurs n’ont pas su faire preuve de leadership et ont clairement miné la crédibilité du Canada aux yeux de la communauté internationale.

Au niveau de la justice maintenant, où devrai-je commencer ? Les principes régissant les politiques conservatrices sont loin de ce que nous connaissons au Canada. « La loi et l’ordre » selon eux. Leur projet de loi C-10 constitue un exemple parfait de l’approche conservatrice en matière justice. Au Québec, nous avons une longue et profonde tradition de réinsertion et de réhabilitation qui guide un peu nos politiques. Pour les conservateurs, ce sont des principes et des valeurs qui n’existent pas. L’ajout de peines minimales obligatoires non seulement enlève le pouvoir discrétionnaire des juges, mais il rend aussi complètement inefficace ce système que nous chérissons ; ce système justement basé sur la réhabilitation plutôt que sur la répression. Les États-Unis, champion de l’approche répressive, commencent à faire marche arrière et réalisent maintenant à quel point ce genre de politiques sont néfastes à long terme. Je lisais justement un article qui donnait en exemple la Floride et le Texas, qui veulent complètement revoir leur approche au niveau de la justice criminelle. Pendant ce temps, nous, au Canada, on fait le contraire, c’est insensé ! Sans vous parler des peines pour adultes imposées aux mineurs ce qui viole les principes fondamentaux de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. Je peux aussi faire mention du projet de loi C-13 (anciennement C-30) sur l’accès légal. Les conservateurs veulent à tout prix adopter un tel projet de loi qui donnerait un accès légal aux informations personnelles des canadiens sans mandat aux agents de la paix et aux fonctionnaires publics.

Bref, avec les conservateurs au pouvoir, on régresse que ce soit en Affaires étrangères ou en matière de justice !

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Pourriez-vous citer une loi que vous êtes fière d’avoir porté, et votre plus gros regret quant à un projet rejeté faute de majorité ?

Je suis vraiment contente que vous me posiez la question car un des sujets qui m’a poussé à vouloir m’impliquer en politique est la responsabilité sociale des entreprises. De ce fait, j’ai déposé le projet de loi C-584, Loi concernant la responsabilité sociale d’entreprise inhérente aux activités des sociétés extractives canadiennes dans des pays en développement.

Le Canada se trouve dans une situation unique au monde. Plus de 75 % des compagnies minières ou des compagnies qui œuvrent dans le secteur extractif sont incorporées ici.

Dans la majorité des cas, ces compagnies sont actives dans des pays où les populations sont vulnérables, compte tenu de divers facteurs, notamment l’instabilité politique ou une sécurité déficiente. Elles se trouvent aussi dans des pays où le respect et l’application des droits des travailleurs, des droits de la personne et de la protection de l’environnement sont souvent inadéquats ou inefficaces.

Or, je crois profondément que le respect de ces principes ne peut être restreint dépendamment des capacités ou de la détermination des États de remplir leurs propres obligations dans ces domaines. On parle de milliers de personnes qui voient leurs droits fondamentaux violés. Des milliers de personnes qui vivent dans la peur de perdre leur maison, de perdre leur famille ou même qui vivent dans l’éternel cercle vicieux de la violence et de la corruption. Ce ne sont pas les valeurs que nous voulons promouvoir, au contraire !

En 2005, un rapport du comité des Affaires étrangères du Parlement canadien reconnaît les conséquences néfastes qu’ont les activités des compagnies minières canadiennes sur les populations des pays en développement et les abus qui ont été commis. Le plus important est que ce rapport précise que les mesures volontaires ont été inefficaces à ce jour et qu’il faut que le gouvernement revoit sa stratégie. Ce rapport a déclenché plusieurs actions de la part du gouvernement notamment qui ont mené des tables rondes nationales en 2007 sur la responsabilité sociale des entreprises. En 2009, le gouvernement conservateur décide de créé le Bureau du conseiller en responsabilité sociale des entreprises en réponse au rapport des tables rondes de 2007. Par contre, il fait bien attention de ne lui octroyer aucun véritable pouvoir. Le conseiller ne détient ni l’autorité d’enquêter sur des plaintes ni le pouvoir judiciaire d’assurer que les parties impliquées participent de bonne foi au processus d’arbitrage.

Le bilan est un échec total car aucun des six cas soulevés n’a abouti en médiation et même trois de ces cas ont vu les compagnies minières, elles-mêmes accusées de violation des droits de la personne, refuser de participer à la médiation. Tous les cas sont donc fermés, et la première conseillère nommée, Marketa Evans, a démissionné en octobre 2013, un an avant la fin de son mandat. Le poste de conseiller reste toujours inoccupé depuis sa démission.

Malheureusement, force est de constater que rien n’a été fait depuis 2005 car même à la suite des consultations le gouvernement adopte un mécanisme volontaire…qui n’a, à ce jour, absolument rien accompli et refuse toujours d’agir !

En 2011 le NPD a fait élire énormément de jeunes de moins de trente ans, en mai vous avez d’ailleurs été élue présidente du caucus jeune du NPD. En quoi ce caucus consiste-t-il, pourquoi vous semble-t-il aussi important d’inclure les jeunes dans la politique et que répondez-vous à ceux qui vous disent qu’ils n’ont pas assez d’expérience/de diplôme/de connaissances (etc.) pour être députés ?

Il y a une chose qui est claire, l’inclusion des jeunes en politique n’est pas un acquis. C’est dommage, parce que pendant toutes ces années, les revendications et les intérêts des jeunes n’ont jamais vraiment pu trouver leur place dans les politiques fédérales. Et malheureusement, ça se ressent !

C’est une tendance que le NPD a commencé a renverser ! Bon, comme vous le savez, je suis la présidente du caucus des jeunes et je peux vous dire que c’est déjà tout un progrès. En 2008, lorsque Niki Ashton a été élue sous la bannière NPD, c’était la plus jeune femme au Parlement. Par contre, il n’y avait pas caucus des jeunes au sein du NPD… ni des autres partis, je suis certaine de ça. Depuis 2011, c’est complètement différent. On compte 22 député(e)s dans le caucus des jeunes, tous ont moins de 33 ans. Notre rôle, c’est de faire en sorte que les politiques dont on discute au Parlement prennent en compte la réalité vécue par des milliers de jeunes au Canada. On veut donner une place aux enjeux qui les touchent lors des débats. On veut aussi aller à la rencontre des jeunes de partout au Canada, pour les écouter et pour comprendre ce qu’ils besoin que l’on fasse pour eux. On est en quelque sorte la voix des jeunes au sein de notre parti mais aussi, au sein du Parlement. C’est de cette façon que je le vois.

Et ce que je réponds à ceux qui me disent que les jeunes n’ont pas assez d’expérience/de diplôme/de connaissances (etc.) pour être député(e)s ? La meilleure chose à faire lorsque qu’on se sent mal représenté, c’est de s’impliquer et de se représenter soi-même. Ce ne sont pas les politiciens de la vieille école qui vont adopter des politiques pour les jeunes ! Si on veut changer les choses, nous sommes les mieux placés pour le faire !

Alors que les prochaines élections approchent, quel regard portez-vous sur vos trois ans de mandats et comment voyez-vous l’avenir ? Et vous représenterez-vous?

Ce n’est pas quelque chose que je cache et je suis très consciente que les gens ont voté pour Jack Layton lors de la dernière élection en 2011. C’est d’ailleurs en partie à cause de lui que j’ai moi-même joint le NPD lorsque j’étais plus jeune. Par contre, les gens ont aussi voté pour le changement, l’espoir et le positivisme que Jack incarnait. Je prends sur moi la prochaine élection, et de ce fait ma réélection, et je pense que ces valeurs ; je les incarne tout autant.

Je suis fière de pouvoir rencontrer les jeunes afin de rebâtir leur confiance envers la politique et afin de les pousser à s’impliquer, à travailler pour bâtir notre future, celui qui répond à nos aspirations. Je suis très fière de ce que mon équipe et moi avons accompli dans le comté. Je suis allée à la rencontre de la population pour les écouter et les consulter sur autant de sujets possibles. Je suis leur voix au Parlement ! Je me bats pour que leurs droits et leurs intérêts soient entendus par le gouvernement. Que ce soit pour l’assurance-emploi ou Postes Canada, les gens peuvent compter sur moi pour les défendre. Nous avons soutenu les organismes communautaires de La Pointe-de-l’Ile et avons travaillé sur plusieurs de leurs projets. Nous sommes là pour les soutenir ! Ce sera aux gens de La Pointe-de-l’Île de décider en 2015 s’ils me font l’honneur de leur confiance pour un prochain mandat.

Entretien réalisé par courriel
de septembre à novembre 2014

Pour aller plus loin 
Site officiel d’Ève Péclet
Page facebook d’Ève Péclet

Crédits images : Photo officielle d'Ève Péclet / Lors d'un rassemblement de soutien en 2013

Entretien avec Ève Péclet, députée de La Pointe-de-l’Île 1/2

Militante associative dans le domaine social, présidente d’Amnistie Internationale dans son université, diplômée en droit, Ève Péclet a été élue députée néodémocrate de La Pointe-de-l’Île en 2011. D’abord porte-parole adjointe de l’Opposition officielle en matière d’affaires étrangères elle est aujourd’hui porte-parole adjointe en charge de la justice. Née en 1988, elle fait partie de ces nombreux jeunes élus arrivés à Ottawa après la vague orange, un statut qu’elle assume et revendique en étant élue présidente du caucus jeune du NPD en mai 2014, avec Pierre-Luc Dusseault comme vice-président. Première partie d’un long entretien dont la fin sera publiée la semaine prochaine.

Avant toutes choses, pouvez-vous décrire votre parcours et ce qui vous a amené à rejoindre le NPD et à en être la candidate ?

J’ai toujours eu une passion pour les gens, pour ce qui se passe autour de moi. Je ne me suis jamais vu comme une personne passive et mon intérêt pour l’implication sociale est venu tout naturellement, à un très jeune âge d’ailleurs. Je crois que c’était plus un besoin pour moi, un peu comme manger ou boire. C’est ce qui m’a permis de passer à travers des moments plus difficiles de ma vie et de rediriger mon énergie sur quelque chose de concret et de positif.

Je me distingue de mes camarades au secondaire en m’impliquant au sein de comités comme Amnistie Internationale et Solidarité Monde. Je mets de l’avant beaucoup d’initiatives et, d’ailleurs, la direction de mon école me remet, lors de ma graduation, un prix pour mon engagement social.

Toute ma vie et mon parcours scolaire sont intimement liés à mon engagement social et je continue de faire du bénévolat dans plusieurs organismes par exemple pour les jeunes décrocheurs ou les personnes itinérantes. Au CÉGEP, je m’implique au niveau de l’association étudiante (à un poste de l’exécutif) et du mouvement étudiant. J’ai continué d’être impliquée à l’Université en tant que présidente et trésorière du comité Amnistie Internationale, vice-présidente du club des débats et gagnante de la 2e place d’un concours de plaidoirie national en droit criminel.

Mon implication politique commence un peu plus tard, après mes 18 ans. Je me rends alors compte que je peux voter, que j’ai une voix et que maintenant, j’ai une certaine responsabilité sociale à être engagée. Je commence à participer aux activités du NPD et devient membre du parti. Je m’implique dans les campagnes de Thomas Mulcair en 2007 et 2008. D’ailleurs, j’étais aussi vice-présidente du comité des jeunes néo-démocrates de l’Université de Montréal.

Bref, c’est un peu mon parcours très militant qui, toute ma vie je crois, m’a amené vers le chemin de la politique. Probablement sans le savoir, jusqu’à temps que je me rende compte que j’avais la possibilité (et la responsabilité) de changer les choses pour ma famille, pour mes ami(e)s et pour tout le monde.

Vous avez été une des nombreuses élues de la vague orange, que beaucoup n’ont pas vu venir. Jeune femme active comment vous êtes-vous intégrée au sein d’un caucus majoritairement masculin, cinquantenaire et fait de nombreux professionnels de la politique ?
Je dois commencer par dire que je n’étais pas seule. Nous avons été près d’une vingtaine de jeunes femmes à faire leur entrée au Parlement en 2011. On pouvait se soutenir ! Ça n’a pas toujours été facile, je dois l’admettre, et ça reste difficile à ce jour. Je l’ai souvent dit : être une jeune femme en politique, c’est hors du commun. On ne répond pas à l’image classique du politicien. La preuve, en ce moment même, lorsque je parle d’un politicien, vous pensez à cet homme d’âge mûr, cheveux grisonnant, costume-cravate non ? Et bien voilà.

J’ai dû travailler fort pour démontrer que j’avais ma place, comme n’importe quel homme, au Parlement. Je suis combative, je suis passionnée. C’était un autre défi pour moi. Mais, le sentiment de devoir se prouver en tant que femme et non en tant qu’individu reste malsain et est, tristement, un des résultats du système patriarcal que l’on connaît depuis toujours. Je ne sais même pas encore ce que je devais vraiment démontrer mais j’ai bien senti que l’idée que je sois capable de bien traiter mes dossiers n’était pas acquise. J’ai eu droit au fameux « tu n’es pas juste belle, tu es aussi intelligente »’ à quelques reprises. Bref, on ne s’attardera pas sur ça !

Je suis bien contente de constater que nos jeunes députées ont su briser ces préjugés. J’espère que nous avons pu ouvrir la porte à une nouvelle génération de femmes en politique !

Vous êtes formée en droit et vous occupez désormais de la justice au sein du NPD, auparavant vous étiez chargée des affaires étrangères, pourquoi ce choix ?

En fait, j’ai commencé au commerce international. J’ai d’ailleurs voyagé en Europe dans le cadre de notre étude sur le traité de libre-échange avec l’Union Européenne. J’ai beaucoup aimé étudier ce genre de dossier et j’avais déjà travaillé sur les règles de commerce international lors de mes études en droit.

Par contre, les affaires étrangères et le droit international ont tous deux toujours été ma passion. On peut le voir dans mon parcours avec ce lien quasi continuel que j’entretiens avec Amnistie Internationale. Ma formation en droit a d’ailleurs en partie été orientée sur le droit international et les institutions internationales. Par contre, la justice et le droit restent mes âmes-sœurs et je ne me vois pas ailleurs pour l’instant.

Le traité de libre-échange fait polémique en France. Beaucoup de partis de gauche ont la crainte d’une négociation donnant tout pouvoir aux entreprises pour briser les lois plus progressistes dans certains pays. Quelle est la position du NPD sur ce sujet et que défendez-vous particulièrement dans l’accord ?
L’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (AECG) est l’accord le plus important négocié depuis l’ALENA. Il serait impossible pour moi de discuter de long en large de toutes les problématiques et enjeux qui y sont reliés en quelques lignes, par contre, il faut noter que le gouvernement canadien a profondément manqué de transparence durant les négociations. En tant que parlementaires, nous n’avons jamais été mis au courant des déroulements des négociations et nous avons été laissés dans le noir total concernant les principaux enjeux sur la table. Nous entreprenions une étude de l’accord sans même en connaître le contenu !

Par exemple, une des problématiques soulevées par nombreuses organisations, y compris le NPD, était la possible inclusion d’un chapitre sur le règlement des différends en matière d’investissement (l’équivalent du chapitre 11 de l’ALENA). Ce genre de mécanisme a été fortement critiqué pour ses effets néfastes sur la souveraineté des États. En pratique, ces mécanismes affectent la capacité d’un État à légiférer ou règlementer des domaines comme l’environnement, la santé publique ou les investissements car ils offrent la possibilité aux entreprises de poursuivre les États pour atteinte aux principes de libre-échange. Le Canada a d’ailleurs été condamné à payer des centaines de millions de dollars en vertu du chapitre 11 de l’ALENA. Nous avons demandé au gouvernement de ne pas inclure de telles dispositions dans l’AECG.

Nous avons aussi des préoccupations concernant la gestion de l’offre des produits laitiers et nous voulons être certains que le gouvernement négocie un traité qui protège nos industries : nombreuses fermes laitières familiales dépendent de la gestion de l’offre au Québec et partout au Canada. Le libre-échange en soit n’est pas mauvais. Dans une économie de plus en plus mondialisée, nous devons permettre à nos industries d’accéder à d’autres marchés tout en adoptant une approche balancée et juste. Nous devons veiller au bien-être de nos industries tout en restant compétitifs. Les gouvernements successifs ont adopté une vision assez simpliste du commerce international en signant des dizaines de traités de libre-échange sans vraiment apporter le soutien nécessaires à nos propres industries. Il faut aussi mentionner qu’il y a des experts dans le domaine de la santé qui ont prévenu le gouvernement des possibles répercussions de l’accord sur les dépenses en matière de médicaments : on parlerait ici d’une augmentation de près de 2 milliards de dollars pour les provinces.

 à suivre la semaine prochaine…

Pour aller plus loin 
Site officiel d’Ève Péclet
Page facebook d’Ève Pécle

Entretien avec Catherine Fournier, bloggueuse et candidate à l’investiture du Bloc dans Montarville

Dans un territoire gouverné par des élus masculins cinquantenaires, Catherine Fournier dénote. Jeune femme indépendantiste, membre du Bloc Québécois de longue date, elle a tenu un blog sur le site du Huffington Post où elle fait très régulièrement œuvre de pédagogie sur ses sujets de prédilection : économie, jeunesse, réappropriation des ressources, etc. Le 17 juin, elle a annoncé sa candidature à l’investiture pour le Bloc québécois dans Montarville. Le but avoué : être la future députée de cette circonscription de reconquête.

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Pour commencer, peux-tu présenter ton parcours, qu’il soit professionnel/scolaire et militant, et pourquoi avoir décidé d’être candidate à l’investiture pour le Bloc dans cette circonscription ?

J’ai décidé de me lancer à l’investiture du Bloc Québécois dans Montarville, car je ne vois pas comment je pourrais mieux assouvir cette volonté de servir ma communauté, de faire une différence dans mon milieu, de changer les choses. En cette ère de l’individualisme triomphant, c’est à ce jour le meilleur moyen que j’ai trouvé pour passer du « je » au « nous ».

Plusieurs choisissent la politique par opportunisme. Quant à moi, malgré ce que diront certains de mon jeune âge, j’aime à dire que je ne ferai pas de la politique de carrière, mais de la politique de conviction. Car au-delà des belles formules de responsabilité citoyenne, c’est avant tout parce que j’ai des idées que je choisis de faire de la politique.

Je porte en moi un idéal, un projet partagé par bon nombre de mes concitoyens à travers l’histoire, ici comme ailleurs. Je souhaite que le Québec aille plus loin, qu’il aspire à plus que ce que lui restreint le cadre canadien. Je souhaite que le Québec prenne en main tous les leviers nécessaires à son plein développement. Je souhaite que le Québec devienne un pays.

C’est ainsi que j’ai commencé à m’impliquer en politique, du haut de mes 18 ans, d’abord en assistant à des événements çà et là, puis en prenant ma carte de membre du Parti Québécois dans les jours suivant la débandade du Bloc Québécois en mai 2011. À ce moment-là, je n’étais plus certaine quant aux perspectives d’avenir du Bloc Québécois, à l’instar de beaucoup de militants en ces temps difficiles. C’est pourquoi j’ai préféré débuter mon implication au pallier provincial en tant que représentante jeune sur le comité exécutif de Marguerite-d’Youville, circonscription dont Monique Richard était la députée. Avec le redécoupage électoral, j’ai eu tôt fait de déplacer mon militantisme au Parti Québécois de Verchères avec Stéphane Bergeron. Par la suite, mes implications se sont vite multipliées et succédées, qu’elles soient au sein de mon comité de programme au cégep, au mouvement étudiant de 2012 ; auprès d’étudiants étrangers, de nouveaux arrivants ou davantage liées à la politique, tant dans la société civile que dans la politique partisane à proprement parler. À ce propos, je cumule notamment les postes de présidente du Mouvement des étudiants souverainistes de l’Université de Montréal (MÉSUM), de conseillère générale à la Société St-Jean-Baptiste de Montréal, de vice-présidente aux communications de la Fondation Équipe-Québec et de conseillère au Réseau Cap sur l’indépendance. En outre, je siège sur l’exécutif national du Forum jeunesse du Bloc Québécois depuis l’été 2013, étant représentante jeune pour le Bloc Québécois de Verchères-Les Patriotes depuis le début de cette même année, Daniel Paillé m’en ayant convaincue à l’occasion de son passage à l’Université de Montréal dans le cadre de la Semaine de la Souveraineté organisée par le MÉSUM, à cette époque présidé par Jean-François Daoust.

Bref, j’ai rapidement compris que malgré sa mauvaise réputation, la politique permet un contact humain privilégié comme nul autre domaine. C’est un moyen de faire des rencontres, de créer des liens, de parler à travers différentes tribunes, de conscientiser. J’ai envie de redonner espoir à ma génération, à toutes celles qui nous précèdent et à toutes celles qui nous suivront. J’ai l’ardent désir de faire la lutte au cynisme grandissant et d’insuffler le goût d’un projet de société. Je suis convaincue que je peux porter ce rôle de modèle de façon constructive et positive. En tant que jeune, en tant que femme et en tant que citoyenne. Du Québec, mais aussi du monde. Et c’est justement pour faire partie intégrante de ce monde que je nous souhaite un pays. C’est essentiellement pour cela que j’ai décidé de me présenter à l’investiture du Bloc Québécois dans Montarville.

On dit toujours que les jeunes québécois ne croient plus en l’indépendance, qu’ils n’en voient pas l’intérêt. Quelle analyse portes-tu sur les chiffres régulièrement donnés dans la presse ? Et quelle stratégie comptes-tu mettre en place pour conquérir cette jeunesse ?

Le plus récent sondage produit chez Léger Marketing montre pourtant un bond de 10 points dans l’appui à l’indépendance chez les jeunes de 18 à 24 ans au cours du dernier mois, pour atteindre 48%. Le sondeur indique que cela est probablement l’effet de la couverture médiatique importante accordée au référendum écossais. Cela renforce l’idée que les jeunes ne sont pas moins indépendantistes qu’avant, ils n’ont simplement pas été politisés autour de ce débat. Lorsque l’indépendance réapparaitra dans l’espace public, qu’on recommencera à en débattre réellement et qu’on arrêtera de s’attarder à la seule mécanique référendaire, je n’ai aucun doute que les jeunes seront aussi nombreux qu’avant à soutenir l’option indépendantiste. L’indépendance, ça concerne l’avenir et donc avant tout les jeunes. En Écosse, 71% des 16 à 18 ans ont voté OUI lors du référendum du 18 septembre dernier. C’est tout dire ! Il faut donc reprendre le contrôle des termes du débat public sur l’indépendance, recommencer à en parler sur le plus grand nombre de tribunes possibles, à chaque occasion. C’est ce que j’ai commencé et compte continuer à faire sans relâche.

Le sujet étant devenu une sorte de tabou au Québec, il ne faut plus se sentir mal à l’aise de le ramener sur la table, sans quoi on continuera à s’engouffrer. De plus, les jeunes se reconnaissent davantage en les jeunes, par simple principe de modèle. Une jeune parlant d’indépendance est donc nécessairement plus interpellant pour eux que lorsque le projet leur est exclusivement expliqué par des baby-boomers. En ce sens, l’ambition de plusieurs jeunes de se porter candidat pour le Bloc Québécois l’an prochain est une excellente nouvelle pour l’option indépendantiste.

Il y a deux arguments que l’on entend régulièrement contre l’indépendance. Le premier est culturel, expliquant que défendre l’idée de nation est être xénophobe et anachronique dans le monde actuel. L’autre est économique, expliquant que le Québec ne peut survivre seul et qu’il serait entièrement dépendant de la perfusion de la péréquation. Qu’as-tu à répondre à ces arguments, parfois brandis de bonne foi ?

Je pourrais en dire long sur ces deux arguments pour le moins pernicieux. Pour faire court, d’abord en ce qui concerne l’argument culturel, aussi belle puisse paraître l’idée d’une « terre sans frontières », celle-ci ne résiste pas à l’analyse politique fondamentale. En effet, le concept d’État-nation est loin d’être dépassé, étant même en recrudescence à l’échelle planétaire. On n’a qu’à penser aux cas écossais et catalan. La raison est simple : il est normal pour un peuple de vouloir contrôler tous les outils de son développement. Aucun rapport avec une quelconque xénophobie. Devenir un pays indépendant, ce n’est pas un geste de fermeture, au contraire, c’est ce qui permet de s’ouvrir sur le monde. On sait que les décisions se prennent de plus en plus aux niveaux supranationaux. Comment participer au monde si on ne siège pas sur les instances internationales ? Seul un pays peut le faire. Une province n’a aucun pouvoir dans un monde globalisé, ou si peu.

En ce qui concerne ensuite l’argument économique, la péréquation est souvent un mythe mis de l’avant par les fédéralistes pour susciter la peur envers le projet d’indépendance. Pourtant, bien que le chèque reçu annuellement par le Québec soit indubitablement élevé, il faut savoir que le Québec contribue à la cagnotte de la péréquation. Ainsi, le montant net est beaucoup moins élevé que ce que l’on voudrait nous faire croire. De plus, le principe de la péréquation est de compenser les investissements que fait le gouvernement fédéral dans les autres provinces canadiennes. Depuis des dizaines d’années, ce sont l’Ontario et l’Alberta qui sont favorisées par Ottawa via de généreuses subventions à l’industrie automobile et à la production pétrolière. Au final, notons aussi que selon les calculs effectués par l’économiste Stéphane Gobeil, si on ajoute tous les transferts effectués par rapport à la provision de biens et services, le Québec perd au change en faisant partie du Canada. Indépendant, il économiserait 2 milliards de dollars par année, en ajoutant l’effacement des dédoublements administratifs. Cela est sans compter les multiples avantages que conférerait l’indépendance au plan économique : fin du déséquilibre fiscal, administration publique plus efficace, politiques économiques définies selon les seuls intérêts québécois, développement régional stimulé, éventuel contrôle de la politique monétaire avec la création d’une monnaie québécoise, et j’en passe !

La jeunesse en politique était une denrée rare. Quoi que l’on pense de la vague orange de 2011, elle a permis l’élection d’un grand nombre de députés de moins de 30 ans. Quel regard portes-tu là-dessus ?

Sincèrement, j’ai été très critique de l’élection de tous ces jeunes en 2011. La plupart d’entre eux n’était en effet pas prêts pour la politique. D’ailleurs, ils ne cherchaient pas non plus à être élus puisque la grande majorité n’a pas fait campagne. On ne peut donc pas leur reprocher leur élection, il va sans dire. Bien que certains jeunes députés néo-démocrates aient rempli leur mandat avec brio, certains autres ont complètement failli à leur tâche de député. Il faut comprendre qu’ils n’y étaient pas préparés. Dans mon cas, et dans celui de plusieurs autres jeunes qui seront candidats pour le Bloc Québécois l’an prochain, c’est une éventualité qui me motive énormément et que je prépare depuis quelques mois déjà. Lors de l’élection fédérale, le 19 octobre 2015, cela fera près d’un an et demi que je travaillerai sans relâche dans cette perspective. En ce sens, je ne doute aucunement de mes moyens et de mes capacités, malgré mon âge. Je suis certaine que je ferai une excellente députée pour les citoyens de la circonscription de Montarville. Je fixe des attentes très élevées par rapport à mon travail et je suis convaincue que j’y arriverai, avec beaucoup d’ardeur mais aussi, de cœur.

On ne peut pas dire que le Bloc soit au meilleur de sa forme depuis quelques temps. De la sévère défaite de 2011 aux départs de deux députés en passant par la démission du chef en cours de mandat… Quelle leçon tirer de ces moments difficiles et comment redonner espoir dans le Bloc ?

Je crois que dans l’état actuel du moment indépendantiste, c’était en quelque sorte un malheureux passage obligé. Depuis le référendum de 1995, les partis politiques indépendantistes se sont éloignés de leur option au point où aujourd’hui, celle-ci est près de deux fois plus populaire que les principaux partis la portant, le Parti Québécois et le Bloc Québécois.

beAvec Mario Beaulieu, chef du Bloc, lors d'une manifestation de soutien au peuple Palestinien

Tu as commencé à tracter, rencontrer des citoyens, tenir des assemblées… Comment ta candidature est perçue et quel accueil ton projet et ta jeunesse reçoivent-ils ?

Tout se passe au-delà de mes attentes. Je croyais que ma candidature, puisque je suis jeune, serait accueillie plus froidement par un allégué « manque d’expérience ». Pourtant, les citoyens et les militants semblent particulièrement enthousiasmés du fait que je sois jeune, justement. Puisque je suis bien connue de la communauté et que je suis présente et impliquée, cela doit probablement les rassurer. Ils savent que je suis là pour les bonnes raisons, c’est-à-dire mes convictions avant tout. J’ai le cœur à la bonne place et j’imagine que ça doit se sentir.

Le Bloc a longtemps été vu comme le pendant fédéral du Parti Québécois. Aujourd’hui il existe plusieurs partis indépendantistes au niveau provincial, que faut-il faire pour tous les réunir derrière le Bloc ? La manière dont le parti a soutenu la Charte des valeurs jusqu’à exclure une des leurs (qui a certes, renié ses convictions quelques semaines après) ne risque-t-elle pas de le couper d’une partie de ses électeurs naturels ?

La question de la Charte des valeurs québécoises a effectivement été névralgique pour le Bloc Québécois. À l’époque, l’ancien chef Daniel Paillé avait décidé d’appuyer sans réserve le Parti Québécois dans ce dossier pour le moins épineux. Bien que j’aie compris ce choix, étant moi-même assez favorable au projet de loi (du moins, à son esprit, pas tant à son mode d’application), je crois que c’était une décision questionnable puisqu’à mon sens, le Bloc Québécois doit avoir comme priorité de rassembler tous les indépendantistes, alors que la Charte menait facilement à la division des troupes. Cependant, avec le résultat de l’élection québécoise du 7 avril dernier et les grands changements à la tête du parti, je crois que ce dossier est bel et bien derrière le Bloc Québécois et qu’il peut désormais vraiment aspirer à rassembler les péquistes, les onistes et les solidaires en son sein puisque sa mission a été recentrée sur l’indépendance du Québec avant tout. Il est d’ailleurs le seul parti politique fédéral à promouvoir cette orientation et ainsi, faire valoir les réels intérêts du Québec.

Bien évidemment toutefois, le Parti Québécois demeure le plus grand parti indépendantiste sur la scène politique québécoise et il est dès lors manifeste que le Bloc Québécois doit entretenir une relation particulière avec lui, d’autant plus que plusieurs militants chevauchent les deux organisations.

Imaginons que tu sois investie, puis que tu remportes l’élection, sur quels dossiers souhaiterais-tu te positionner en priorité ?

D’abord, sur tous les dossiers concernant le gouvernement fédéral, je souhaite faire une pédagogie soutenue et continue de l’indépendance en expliquant aux citoyens québécois pourquoi le Québec gagnerait à être un pays. Cela m’apparait essentiel pour démocratiser le projet et le rendre plus concret aux yeux de la population. Il est évident que les enjeux de nature économique m’interpellent particulièrement étant donné que c’est mon domaine (je termine actuellement mon baccalauréat en sciences économiques à l’Université de Montréal). Je suis également très sensible à tous les dossiers qui touchent l’environnement et je m’intéresse beaucoup aux questions internationales. Ensuite, plus spécifiquement pour ma circonscription, je souhaite porter les dossiers importants du transport pétrolier, du pont Champlain, ainsi que de l’aéroport de Saint-Hubert, pour ne nommer que ceux-là. Il est d’ailleurs très important pour moi de rencontrer les administrations municipales afin d’établir mes priorités. C’est un travail que j’ai déjà commencé en rencontrant les maires et conseillers des municipalités de ma circonscription et en assistant aux séances des conseils de ville. Je compte poursuivre en ce sens dans les semaines à venir.

 Entretien réalisé par courriel
en septembre-octobre 2014

Pour aller plus loin :
Le blog de Catherine Fournier
Page Facebook de campagne

Entretien avec Charmaine Borg, députée de Terrebonne-Blainville

Née en novembre 1990 et très tôt touchée par la politique, Charmaine Borg fait partie des « Cinq de McGill », ces étudiants de l’Université devenus députés néodémocrates en 2011. Une fois la surprise passée, elle a pris ses marques à la Chambre des communes, devenant une spécialiste des questions numériques sans pour autant oublier ses premiers engagements : le social et l’environnement.

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Pour commencer pouvez-vous décrire le parcours qui vous a amené à vous engager au NPD et à porter ses couleurs au Québec ? Vous étiez une militante impliquée, mais ne vous attendiez pas du tout à être élue, comment se sont passés les premiers jours après votre élection ?

Depuis l’adolescence, le NPD a toujours été le parti de mon choix. Je l’ai choisi pour ses politiques sociales, pour sa position en matière d’affaires étrangères ainsi que pour le dynamisme de son chef. À l’âge de 17 ans, j’ai commencé à m’impliquer plus sérieusement au sein du NPD comme bénévole et militante. Au fil des années, je me suis engagée davantage en siégeant sur le conseil exécutif du comité des jeunes néodémocrates du Québec et sur le conseil exécutif du club NPD à l’Université McGill. J’ai aussi eu la chance de participer activement à plusieurs campagnes électorales. Comme notre parti tient particulièrement à encourager la présence des femmes et de la jeunesse en politique, on m’a offert de me présenter aux élections fédérales de 2011 ; offre que j’ai acceptée sans hésiter.

Les premières journées suivant mon élection furent très occupées. En effet, je souhaitais dès lors prendre en charge mes nouvelles responsabilités afin de bien représenter les citoyens de ma circonscription. Je suis donc allée à leur rencontre pour mieux connaître leurs priorités et ainsi, mieux orienter mon travail parlementaire.

Avant d’être élue vous suiviez des études de sciences politiques avec une spécialisation sur l’Amérique latine, pourquoi ne pas avoir voulu vous spécialiser dans les relations internationales ?

D’abord, je suis et serai toujours interpellée par les relations internationales de mon pays. Cependant, être intéressée par un enjeu spécifique ne signifie pas nécessairement être la meilleure personne au sein d’un groupe pour défendre le dossier. Dans le cas du caucus NPD, il y avait déjà un député qui possédait une vaste expérience et une excellente réputation en matière d’affaires étrangères. Puisque notre chef nomme les membres du cabinet fantôme en fonction des compétences, de l’expérience et du mérite, il était tout à fait logique que mon collègue se voie attribuer ce dossier de porte-parole. De mon côté, ça m’a permis de découvrir et de me concentrer sur un autre domaine passionnant, soit celui des enjeux numériques, et je suis très heureuse de la tournure des événements !

Petit à petit, vous vous êtes affirmée comme la spécialiste des enjeux numériques. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre en main ce sujet très technique et pourtant fondamental ?

À la suite de mon élection, j’ai été nommée sur le comité permanent de la justice et des droits de la personne. Peu de temps après, le comité devait se pencher sur un projet de loi contenant diverses mesures sur l’accès légal aux renseignements personnels et j’ai pris en charge l’étude de ce sujet. De fil en aiguille, mon travail sur les enjeux liés à l’accès légal ainsi que sur le projet de loi C-30 fut reconnu par mes pairs et par différents experts du domaine numérique. Par conséquent, Thomas Mulcair m’a nommé porte-parole des enjeux numériques lors du réaménagement du cabinet fantôme. Aujourd’hui, je suis très fière d’être la plus jeune députée à avoir été nommée au sein du cabinet fantôme.

On présente souvent les enjeux numériques comme un gadget, une question mineure. Imaginons que vous êtes face à un citoyen sans connaissance particulière d’internet, qui ne fait qu’y lire ses courriels par exemple, comment lui expliquerez-vous l’importance de votre travail ?

C’est un excellent exemple, car la simple action de lire ses courriels implique divers enjeux très importants. D’abord, l’accès à une messagerie électronique nécessite obligatoirement l’accès à Internet. Idéalement, la connexion Internet de tous les Canadiens serait caractérisée par une vitesse relativement élevée et un prix abordable. Puisque le Canada est un grand pays comprenant plusieurs régions peu peuplées, offrir à tous les citoyens un tel accès à prix abordable, peu importe leur emplacement, représente un défi de taille. Voilà donc l’un des enjeux sur lequel je travaille en tant que porte-parole.

De plus, le fait d’avoir un compte courriel implique nécessairement que la personne concernée partage certains de ses renseignements personnels avec le monde numérique. Je ne crois pas me tromper en affirmant que cette personne tient à ce que ses renseignements soient bien protégés et ne soient pas utilisés, sans son consentement, par l’État ou le secteur privé. Ceci est un autre sujet sur lequel je travaille à titre de porte-parole des enjeux numériques.

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Charmaine Borg signant son assermentation, 2011

Avec les révélations de Snowden et les scandales qui ne cessent d’éclater sur la manière dont les données des particuliers sont traitées, comment a réagi le gouvernement conservateur et que feriez-vous différemment ?

À mon avis, plutôt que de corriger la situation, le gouvernement conservateur a fait le contraire. Alors qu’ils auraient pu mettre en place des mécanismes pour superviser toutes les demandes d’accès aux renseignements personnels effectuées par la GRC et les autres agences de surveillance, les conservateurs ont proposé, dans deux projets de loi distincts (S-4 et C-13), des mesures facilitant le partage de renseignements personnels entre le secteur privé et public, sans mandat et sans consentement.

La Loi sur la protection des renseignements personnels et des documents électroniques doit être mise à jour et c’est ce que j’exige de ce gouvernement. Par exemple, il faut corriger les lacunes présentes dans la Loi qui permettent aux agences gouvernementales canadiennes d’obtenir les renseignements personnels des Canadiens détenus par les fournisseurs d’accès Internet. J’aimerais également qu’un mécanisme de supervision soit mis en place pour s’assurer que les agences de surveillance respectent la vie privée des citoyens canadiens. De plus, je modifierais les projets de loi S-4 et C-13 afin d’éliminer tous les articles facilitant le partage de renseignements personnels sans mandat et sans consentement.

Au-delà du numérique vous êtes fortement impliqué dans les causes sociales et environnementales. Sur ces sujets, le bilan conservateur est lourd… Alors que le Canada s’est retiré du protocole de Kyoto, pensez-vous qu’il soit encore possible d’inverser la tendance ?

Certainement, mais pour ce faire, il faut un changement de gouvernement. Le Canada mérite un gouvernement qui mettra la protection de l’environnement et le développement durable à l’avant-plan de ses politiques… et c’est ce que propose le NPD. Je crois qu’en instaurant un système du pollueur payeur, en faisant des investissements importants dans l’économie verte et en appliquant bien les Lois environnementales canadiennes, notre pays se portera déjà mieux.

Le nombre de jeunes élus a été très important lors de l’élection de 2011. L’engagement des jeunes était un de vos combats avant votre élection, comment perpétuez-vous cet engagement ?

À titre de jeune députée, je souhaite surtout encourager les jeunes à prendre leur place sur la scène politique. Pour ce faire, je vais souvent dans les écoles pour parler aux jeunes et leur présenter mon travail. J’essaie constamment de les inclure dans le processus démocratique en leur présentant différents enjeux qui pourraient les intéresser. J’ai également animé un atelier lors duquel des élèves du secondaire rédigeaient un projet de loi sur les minéraux de conflits. Ce fut une incroyable expérience ! De plus, j’ai organisé un concours de rédaction de projet de loi pour les jeunes du secondaire qui les incitait à aborder un sujet qui leur tenait à cœur.

Beaucoup critiquent la crédibilité des jeunes élus, que leur répondez-vous ? Le fait d’être élue avec cinq autres étudiants (dont quatre de la même université) a-t-il été une force ?

Si les gens examinaient le travail que tous les jeunes élus ont effectué au Parlement et dans leurs circonscriptions respectives, je crois qu’ils réaliseraient rapidement que nous travaillons fort et avec passion. Plusieurs des jeunes députés néodémocrates sont responsables de dossiers importants au sein du cabinet fantôme et jouent des rôles essentiels au sein des comités parlementaires auxquelles ils siègent. À mon avis, le fait d’être plusieurs jeunes politiciens dotés d’une feuille de route impressionnante démontre à la population canadienne que les jeunes ont leur place en politique.

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Pouvez-vous présenter un projet de loi ou une motion que vous avez défendu qui vous a particulièrement tenu à cœur lors de la mandature ?

Selon un ordre préétabli, tous les députés ont l’occasion de proposer un projet de loi qui sera voté par la Chambre des communes. J’ai donc présenté le projet de loi C-475 qui visait à mettre à jour la Loi sur la protection des renseignements personnels et des documents électroniques afin de mieux protéger les Canadiens dans l’ère numérique. L’objectif de mon projet de loi était d’instaurer un mécanisme obligatoire et efficace d’avertissement lors d’atteintes aux renseignements personnels des Canadiens. Parallèlement, mon projet de loi cherchait à inciter les organisations du secteur privé à respecter la Loi – trop souvent ignorée à l’heure actuelle – en accordant au Commissaire à la protection de la vie privée du Canada le pouvoir de rendre des ordonnances.

Malgré l’appui de tous les membres de l’opposition, le projet de loi n’est malheureusement pas passé à l’autre étape du processus législatif, bloqué par les conservateurs. Paradoxalement, le même gouvernement conservateur qui a voté contre mon projet de loi s’est inspiré de plusieurs des propositions présentes dans C-475 pour rédiger son propre projet de loi S-4.

Dans six mois, votre mandat touchera à sa fin. Quel bilan pouvez-vous tirer, quel regard portez-vous sur ces quatre ans et sur le milieu politique et vous représenterez-vous ?

Je suis très heureuse de mon mandat jusqu’à présent. Quand j’ai été élue, je souhaitais être une députée accessible et à l’écoute des citoyens. Plusieurs d’entre eux étant désabusés par la politique, je voulais bâtir un climat de confiance entre les gens de ma circonscription et leur représentante sur la scène fédérale. C’est pourquoi j’ai fait beaucoup de porte-à-porte et j’ai organisé de multiples activités et séances d’information. De par ma façon de gérer les dossiers de citoyens, j’ai le sentiment d’avoir été présente pour eux. Au parlement, je voulais être une voix forte pour les gens de ma circonscription tout en défendant les intérêts des Canadiennes et Canadiens en matière d’enjeux numériques. J’ai donc travaillé sans relâche et aujourd’hui, je crois sincèrement avoir atteint mes objectifs.

J’adore mon travail et j’aime aider les gens. C’est ma passion. Pour moi, la politique est l’ultime façon de participer au bien-être collectif. C’est donc avec la conviction que nous méritons mieux qu’un gouvernement conservateur que j’aurai le plaisir de me représenter comme candidate lors des prochaines élections fédérales.

Entretien réalisé par courriel
en août-septembre 2014

Pour aller plus loin :
Site officiel de Charmaine Borg
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Présentation vidéo de la députée

Entretien avec Pierre-Luc Dusseault, député NPD de Sherbrooke

Petite rupture estivale pour un entretien avec Pierre-Luc Dusseau, en attendant la rentrée. Député de Sherbrooke, il est un des nombreux élus NPD de la « vague orange » de 2011. Mais contrairement à ce qui a pu être dit sur certains de ses collègues, ce n’est pas un élu par hasard, son engagement politique étant ancien. Il se n’attendait peut-être pas à être élu à 19 ans mais a tout de suite choisi d’assumer sa fonction. Retour sur trois ans de mandat.

En 2011 le NPD a raflé de nombreux sièges au Québec, surprenant de nombreux observateurs et parfois même des candidats. Votre cas est différent, dès le début vous y croyiez et avez fait campagne pour gagner, en vous appuyant sur un bagage politique et un territoire que vous connaissiez. Pouvez-vous me présenter votre parcours et l’origine de votre engagement ?

Je me suis engagé au NPD vers la fin de mon passage au CÉGEP. Pendant ma première année universitaire, j’ai été de plus en plus impliqué avec le NPD : que ce soit en étant un des membres fondateurs du NPD de l’Université de Sherbrooke, en participant aux différentes instances de l’aile québécoise du NPD fédéral ou en devenant Président de l’association de circonscription du NPD Sherbrooke. Je me suis joint au NPD en grande partie pour le message positif et optimiste que portait son chef à cette époque : Jack Layton. De fil en aiguille, j’ai appris à mieux connaître le NPD au point de vouloir mettre mon nom sur le bulletin de vote lorsque l’élection générale de mai 2011 est arrivée.

Ce fût une expérience exigeante mais très instructive. Dès le départ, je souhaitais obtenir le meilleur résultat possible pour notre formation politique dans le comté de Sherbrooke. J’ai fait campagne à temps plein en allant dans des endroits publics distribuer des dépliants, en faisant du porte-à-porte et en participant aux débats des candidats. Ces efforts ont porté leurs fruits, mais il ne faudrait surtout pas sous-estimer le poids que la campagne nationale du NPD, avec Jack Layton, a eu sur nos campagnes locales en tant que candidats du NPD au Québec. Ma campagne active et visible au niveau local conjugué à la popularité de notre chef m’a permis de l’emporter dans un territoire considéré imprenable.

Élu à 19 ans et onze mois, vous êtes le plus jeune député de l’histoire de la Chambre des communes. C’est un atout, mais ça peut aussi être très réducteur : avez-vous ressenti un jugement de certains ? (comme un refus de vous prendre au sérieux, ou des tentatives de vous cantonner aux questions de jeunesse…) Je pense cela autant au sein votre caucus qu’après de vos adversaires ou de vos électeurs.

Être le plus jeune député de l’histoire de la Chambre des communes a fait circuler mon histoire à travers le Canada dans les jours suivants mon élection. Des centaines de jeunes mon contacté pour me dire qu’il était inspiré par mon exploit et que ça leur donnait espoir dans le système politique actuel. Par contre, quand je suis arrivé au Parlement, ma crainte était de ne pas me faire prendre au sérieux et d’avoir de la difficulté à faire ma place. Ce n’est pas ce qui est arrivé. Probablement que si je n’avais pas pris mon travail au sérieux et que je ne m’étais pas montré comme une personne responsable, mes collègues ne m’auraient pas considéré. Mais comme j’ai pris mon travail très au sérieux et que j’ai fait mes preuves, je crois avoir gagné le respect de mes confrères et consœurs députés.

L’une des preuves de cette confiance est certainement lorsque mon chef m’a désigné comme Président d’un comité parlementaire. Ce travail me permet de gagner le respect de mes collègues de tous les côtés de la Chambre également. Est-ce que les jeunes députés ont plus de pression pour performer et démontrer leur sérieux ? Probablement. Il suffit de prendre ses responsabilités et prouver qu’on est tout autant qualifié pour faire ce travail.


Pierre-Luc Dusseault en 2011 lors de son assermentation

Le NPD est un parti progressiste, lors des dernières élections il est pour la première fois devenue opposition officielle mais le gouvernement de Stephen Harper à la majorité absolue. Afin de bien faire comprendra votre positionnement, pourriez vous donner un exemple de loi votée par les conservateurs à laquelle vous vous êtes vivement opposé ?

Le soir du 2 mai 2011, j’ai appris une très bonne et une très mauvaise nouvelle à la fois : j’ai été élu député de Sherbrooke et les conservateurs ont gagné une majorité de sièges. J’ai été amèrement déçu de ce dernier résultat. Par contre, ma réaction à quand même été positive. J’ai décidé de me retrousser les manches et de travailler encore plus fort pour faire avancer mes idées contre un gouvernement diamétralement opposé à mon Parti. Cette réalité parlementaire nous a vite rattrapé lorsque nous avons été à la Chambre des communes devant le gouvernement conservateur.

L’un des premiers combats que nous avons mené a eu lieu dès le premier mois de séance : la défense de Postes Canada. C’est une des joutes parlementaires qui m’a le plus marqué depuis mon élection. Nous avons tenu tête aux conservateurs pendant plus de 3 jours consécutifs de débats pour empêcher une Loi de retour au travail suite au Lock-out décrété par la direction de Postes Canada.

De manière plus personnelle, pouvez-vous présenter un projet de loi que vous êtes le plus fier d’avoir défendu et/ou voté ?

Oui, l’un des projets de Loi que j’ai été le plus fier de défendre a été le Projet de Loi sur le bilinguisme des agents du Parlement, présentée par ma collègue Alexandrine Latendresse. C’est un projet de Loi qui a d’ailleurs reçu la sanction royale depuis et j’en suis très fier.

Vous êtes très présent en ligne, que ce soit sur votre site, facebook, twitter, etc. Est-ce vous qui vous exprimez directement ? Si oui, pensez-vous que cela permette réellement de rapprocher élus et citoyens ?

Oui, je publie la très grande majorité des messages qui sont envoyés sur mes comptes de réseaux sociaux. Considérant les expériences que j’ai eues sur les réseaux sociaux, je peux confirmer que ce canal de communication additionnel est très utile et utilisé par mes concitoyens. C’est un nouveau moyen de communiquer directement, sans intermédiaire, avec les citoyens qui m’ont élu comme leur représentant au Parlement fédéral.

 Entretien réalisé par
courriel en juin 2014

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