Troisième chanson du LP Damien est vivant, le titre de Marie Klock revendique directement une série franco-belge classique, un peu planplan, en titre. De quoi suprendre face à une pochette un rien plus audacieuse (et légèrement génante) et à la modernité généralement portée par les propositions de la chanteuse. Boule et Bill est un des titres clippés de l’album :
Finalement, au-delà de la promesse initiale, bien peu de Roba là-dedans, foin de « coquin de cocker ». La lancinante et répétitive musique semble marteler un ennui, une difficulté à s’extraire d’une matière lourde, un texte d’apparence plat est plasmodié, décrit un lent quotidien… Dans tout cela la bande dessinée classique, à la papa, apparaît comme ce qu’elle est : assez ennuyeuse, mais avec le mérite de toujours ressembler à ce à quoi elle doit ressembler, sans même besoin de l’ouvrir réellement. Un doudou, éventuellement. C’est un peu ce à quoi ressemble le rapport ultra-nostalgique de beaucoup de fans de BD franco-belge incapable de la sortie du rapport à l’enfance.
« Après ? J’alterne les siestes Entre le canapé et le lit Je fais des allers-retours, quoi Avec, parfois, un Boule et Bill à la main Boule et Bill que je n’ouvre même pas Mais qui me rassure. »
PS : Marie Klock a d’autres liens avec la bande dessinée, et notamment québécoise, elle était déjà apparue sur ce site dans mon entretien préparatoire (dans le cadre de mon doctorat) avec Zviane, puisque c’est la chanteuse qui avait fait un long entretien (au titre polémique) avec elle dans Libération. Je n’avais même pas fait gaffe au début, j’aime quand tout se recroise, tout est dans toute.
J’avais choisi un extrait du clip de « Mille milliards » comme bandeau de mon article portant l’index de ces chansons évoquant la bande dessinée. Ce qui aurait d’ailleurs pu être un piège puisque j’indique bien dans les règles de cet index que les clips ne comptent pas, et que je me réfère aux albums et non aux adaptations, l’image est pourtant une référence directe au générique iconique du dessin animé qui passait à la TV dans mon enfance.
Mais, ouf, pas d’erreur, puisqu’au-delà du clip il n’y a guère de doute sur le fond : la chanson, troisième piste de l’album Saint-Valentin (2024, on en reparlera car une autre des chansons de l’album parle BD) est entièrement dédiée à la bande dessinée, même si celle-ci est objet de fantasme plutôt que description de l’action réelle.
Et non, ce n’est pas un clip hommage aux Daft punk
Citer le texte serait un peu vain puisque tout le texte parle de Tintin, et de Tintin à travers les yeux du Capitaine Haddock, filant l’idée d’une romance gay non assumée, un classique dans l’analyse de ces étranges BD franco-belges où tant d’hommes vivent ensemble (Spirou et Fantasio, Blake et Mortimer, Tintin et Haddock donc), certes toujours avec des lits séparés, mais parfois dans les mêmes chambres ! Facile, donc, de glisser vers une imagination fertile en actions peu catholiques. Une pratique d’ailleurs assez courante dans la fanfiction où le « Shipping » (un terme pour la mise en couple de personnages qui ne le sont pas dans le canon) homoérotique est un classique. Le ship Tintin/Haddock a même son nom connu des fans, qu’on retrouve sur le Wiki Tintin : Haddotin, selon l’usage voulant que les ships s’incarnent par une fusion des noms des personnages en relation.
Les paroles nous projettent dans l’esprit, pas trop embrumé d’alcool, du capitaine, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Il admet être le cliché du gros barbu amoureux d’un jeune imberbe, soulignant le problème de la différence d’âge (« Je me voyais pas y’a 20 ans / Moi, amoureux d’un homme enfant… »), mais aussi l’aspect très désincarné d’un Tintin au visage le moins précis possible et fait pour qu’on projette un peu tout. Le texte déroule différentes références aux albums (la Lune, le Karaboudjan, le fait d’aller au Pérou ou au Tibet…) et la conclusion est assez maline, référant directement à l’existence de réelles aventures tout en rappelant la constante invisibilisation de l’homosexualité dans l’histoire, que ce soit celle de personnages réels comme de fiction :
« 1000 milliards de mille sabords C’est toi Tintin que j’aime fort 1000 milliards de mille sabords Je t’aimerais jusqu’à ma mort Et si un jour, dans le futur Quelqu’un écrit nos aventures Je fais le vœu pourtant facile Qu’il ne masque plus notre idylle »
PS : les ships Tintin sont nombreux, l’article Wiki parle d’autres mix de personnages, une chanson en évoque un autre très punks et peu connue, nous en reparlement : Tintin aime Milou, de 8-6 power.
Le rap français est rempli de référence aux mangas, ou plus souvent aux anime, évidemment il est difficile de savoir si les chanteurs font référence aux versions papier ou à leurs souvenirs du petit écran. Orelsan convoque aussi bien les Chevaliers du zodiaque, Ken le survivant ou Dragon Ball… toutes des séries passant dans sa jeunesse dans le Club Dorothée. Sincèrement j’imagine mal que cette génération, qui est aussi celle de l’explosion du manga fin 1990-début 2000, n’ai pas aussi en tête les bandes dessinées, au moins pour une partie des références. Je serai moins certain pour des références à Goldorak par exemple (comme cette fameuse chanson des Fatals Picards, qui n’est certes pas du rap).
En tous les cas, Nekfeu a fait la preuve de son intérêt pour les mangas, donc je pars un peu arbitrairement qu’il fait référence à quelque chose qui peut être un anime ou un manga, il l’a assez aimé pour être allé le lire, voire l’a découvert sous cette forme. Et débutons donc avec ce qui est un des premiers gros tubes solo de Nekfeu, jusqu’alors connu comme membre du collectif l’Entourage ou des groupes S-Crew et 1995 : On verra, dont le single extrait de Feu a été certifié disque de diamant à sa sortie en 2015.
La phrase qui nous intéresse est anecdotique, elle m’avait valu une discussion marrante. Dans une bibliothèque où je travaillais, j’avais eu l’occasion de parler de Nekfeu avec un usager trouvant ça bien écrit (on reviendra sur l’aspect « littéraire » de Nekfeu) mais reprochant toujours aux rappeurs de faire l’apologie des drogues. En l’occurrence, si On verra est assez banal dans sa thématique (Carpe diem, il faut vivre maintenant plutôt que se tuer au travail, il faut savoir profiter) c’est une chanson en réalité assez moraliste (voire conservatrice) sur la drogue et tout un tas d’autres plaisirs artificiel.
Tout en mettant joyeusement en scène de l’alcool dans son clip, son texte reproche dès le début aux jeunes de ne plus savoir s’amuser sans, regrette que la nourriture soit devenue « consommation rapide », que les jeunes parlent + via écrans qu’en vrai, il explique qu’il ne laissera pas conduire un ami qui a bu (et c’est très bien)… Et on arrive donc à la phrase interprétée comme une apologie de la drogue :
« Oui, je pense qu’à m’amuser mais, pour la coke, j’ai le nez de Krilin »
Sauf que Krilin, dans Dragon Ball, est un personnage certes humain mais qui n’a pas de nez. Cet attribut est même le ressort comique d’un épisode où il affronte un certain Bactérie, luttant avec son immonde odeur. Krilin suffoque, défaille, jusqu’à ce que, sur le décompte de l’élimination, Sangoku lui rappelle un détail (sens de lecture original) :
« Avoir le nez de Krilin » pour de la cocaïne, c’est littéralement ne jamais pouvoir en prendre. Une position assez constante puisqu’en 2011, dans un duo, il chantait déjà, avec une charge + politique : « Jamais pris de C, j’reste à l’abri des problèmes de bourges »
De l’importance de certaines références dans la réception des œuvres.
Une incompréhension d’autant plus amusante que Nekfeu est connu, et apprécié, voire célébrée, pour ses références littéraires. La page Wikipédia nous dit ainsi, en cohérence avec le discours médiatique :
L’album contient plusieurs références littéraires : trois titres explicitent cette idée, ils empruntent leur nom à des ouvrages (Martin Eden de Jack London, Le Horla de Guy de Maupassant, Risibles Amours de Milan Kundera) ; il fait également référence à Demande à la poussière de John Fante, Émile Zola ou encore Michel Houellebecq.
Nulle référence à Dragon Ball, pourtant un livre, mais on ne parle pas de bande dessinée ici, encore moins de mangas, mais de littérature, m’enfin !
En mars 2005, j’ai 16 ans depuis peu et je publie le 3e numéro de Gorgonzola, fanzine créé quelques mois aupparavant avec pour volonté de faire découvrir la BD que j’aime à mes copains pour pas cher, de publier mes pages (j’arrêterai relativement vite) et de développer en papier toute l’explosion vécue des blogs BD.
Gorgonzola c’est un fanzine de création fait dans ma campagne, qui devient un ticket d’entrée pour les festival, des stands, de nouvelles rencontres, etc. Je retiens souvent qu’au n°16 de janvier 2011 on fait notre premier gros dossier rédactionnel (sur le BD Argentine), avant d’instituer un dossier régulier sur un thème d’histoire de BD relativement récente à partir du 18 de janvier 2013.
Si ce n’est pas faux, c’est une petite réécriture de l’histoire assez amusante puisque dans tous premiers numéros, j’avais mis un peu de rédactionnel : des entretiens d’auteurs, un classique vu dans d’autres fanzines. Et le casting est pas mal : Matt Konture au n°2, Nikita Mandryka au n°4, un obscur chanteur au n°5 (Billy B. Beat, mais j’aime toujours beaucoup) et au n°3, déjà, Julie Doucet.
J’avais été soufflé par ma découverte de Ciboire de Criss en 2003/2004, j’avais une amie québécoise depuis quelques années et je rêvais de cet endroit, j’avais aussi vu ma première pièce de Mouawad, qui lui aussi pointait là-bas.
Bref, j’ai écrit à l’Association, qui a transmis mes questions. Elles n’étaient pas folles, que par courriel, banales en large partie. J’ai illustré d’images prises sur internet, déformées par ma « maquette » sous Publisher, mais j’ai retenu qu’elle était très gentille. Je dépose l’entretien ici, il ne vous apprendra rien, c’est un document, disons.
Donc voilà, en mars 2005, déjà Julie Doucet, déjà des entretiens.
En octobre de l’année suivante je publiais une demi-page dans un fanzine de BD québécois, Ça pue ! n°4, publié par l’autrice Iris. La page est plutôt nulle (même si je suis très reconnaissant à Iris de l’avoir publiée), mais c’est une parodie/hommage autofictionnel de Doucet. Déjà donc, des années avant de lui dédier le n°2 de mon égozine Ceci est mon corps. Je rajoute cette BD sans grand intérêt si ce n’est documentaire à la suite de l’entretien.
En septembre 2022, j’irai chez elles quelques heures, pour un long entretien pour neuvième art. L’année suivante au FIBD j’animais un plateau génial avec elle, Diane Obomsawin, Siris La Poule, Marc Tessier et Julie Delporte.
Ça vient de loin quand même !
PS : On notera qu’au début de Gorgonzola les trois auteurices de BD interviewés le sont tous avec une pratique de l’édition, qu’elle soit à petite échelle comme Doucet, où en librairie voire en kiosque. Ce rapport à la conception et à la diffusion des livres n’est pas anecdotique à mon avis, même si à l’époque je ne le conceptualisais pas.
Au lancement des Cahiers de la BD, l’éditeur avait proposé une chronique signée par divers auteurs sous le pseudo gag de Daniel Merveille (en hommage à Daniel Vermeille, auteur culte de Rock & Folk). Il s’agissait d’une sorte d’Oncle Paul racontant les concept avec un ton bonhomme débutant toujours par « Bonjour les enfants » tout en parlant quand même du sujet, le tout en 3000 signes. On y a écrit sur le festival d’Angoulême, les bulles… j’avais fait celui-ci sur le roman graphique, jamais publié, il y a bien cinq ans, j’ai essayé de la remettre dans la revue, puisqu’elle avait été oublié, mais il semble qu’elle soit refusé.
Il s’avère que j’aime bien ce que j’y raconte, même si c’est bref et ne casse pas trois pattes à un canard, moi qui ai dans mes cours sur la BD un slide nommé « Contre le roman graphique ».
Bonjour les enfants. J’ai appris que certains d’entre vous ne voulaient plus m’entendre parler de BD, car ils préfèrent le « roman graphique ». Pourquoi pas, mais êtes-vous au moins d’accord entre vous sur ce que ça veut dire ?
Le premier à utiliser ce terme est le critique américain Richard Kyle en 1964. Son but est purement marketing : il n’y a pas de tables sur la BD dans les librairies et il veut être mis avec les essais littéraires. Personne ne note vraiment l’usage et c’est Will Eisner qui le popularise en 1978 avec A Contract with God. Le dessinateur du Spirit veut se démarquer de ses anciens travaux et publie quatre nouvelles dessinées : des sujets lourds, une ambition narrative, un format entre comics et littérature, du noir et blanc. Voilà pour lui la définition du roman graphique.
L’expression « roman graphique » fonctionne très bien, même Marvel la reprend quelques années plus tard pour des aventures vendues plus cher, avec des super-héros et en couleur, retenant surtout l’idée de cibler un public différent. Le terme « roman » permet de se distinguer de la masse, de montrer qu’on ne lit pas n’importe quoi, surtout à ceux qui n’y connaissent rien. Sur le fond, la chose est plus discutable. Après tout dès 1918 le Belge Frans Masereel publie un « roman en gravures ». Il y a un siècle ! Rodolphe Töppfer, lui, faisait de la « littérature en estampe ». Et le genre est monnaie courante jusqu’au 50’s sans que personne ne s’en émeuve. Il s’agit alors de rendre accessible des idées politiques, avec des images et impressions venues de l’affiche.
En France, au début des 80’s, Casterman publie sa collection « Les Romans (À suivre…) » en parallèle de sa revue, l’idée est surtout de publier des récits assez longs, sortant du cadre de l’album, et d’accompagner les éditions de Pratt. Il y a bien une ambition littéraire dans les premiers numéros, mais cela devient vite flou. Flammarion lance une collection « Roman BD », mais il s’agit juste de petit format quand les Humano mettent le même terme pour leur collection de one-shot. Autant dire qu’entre le roman graphique de superhéros, les pré-graphic novel et ça, Eisner y perdrait son américain.
Le terme s’installe ainsi, présent sans s’imposer. Après la vague de (re)découverte de la BD alternative au début des 90’s des éditeurs relancent des collections Roman BD, désignant cette fois a priori plutôt un format : entre l’album et le poche, 150 pages minimums, en noir et blanc. De quoi signer les plus porteurs des auteurs alternatifs. Mais le manga arrive et bouscule tout, avec une pagination qui y ressemble, mais en moins cher. D’autres, comme Taniguichi, sont publiés aux côtés des volumineux « bédéromans ». Le terme ne désigne alors finalement qu’un format. Mais voilà que certains y présentent 200 pages de gags en couleurs. Et que l’on cartonne la couverture.
Une chose est certaine, le roman graphique ce n’est pas tout et n’importe quoi. C’est une chose précise. Reste à savoir laquelle.
« Salut aussi à Rantanplan ! » chantent les Bérus dans leur hymne « Salut à toi ! », difficile de savoir si le chien du pénitencier de Lucky Luke est évoqué directement ou si c’est un ami (surnommé selon le chien sans doute – mais cela devient trop léger pour figurer dans l’index. Ce sera là !) mais les rois du punk français ont à leur répertoire un titre moins connu et profondément ancré dans le neuvième art, et ce dès leur premier album. « Frères d’armes » est la septième piste du mythique Macadam massacre, sorti en 1984.
Si vous la découvrez à l’instant, vous vous demandez peut-être quel rapport on retrouve avec la bande dessinée dans cette chanson. Si vous avez la pochette quelque part, le nom du parolier vous éclairera – tout en vous surprenant : Gérard Lauzier. Le futur cinéaste de films comiques qui ont peu marqué l’histoire était alors une célébrité de la bande dessinée : prix du scénario à Angoulême en 1978, Prix Adamson (prix suédois) du meilleur auteur étranger en 1981, Lauzier est même sacré Grand prix de la ville d’Angoulême en 1993. A posteriori il fait partie des noms un peu contestable mais avec ses Tranches de vies, il incarne une certaine BD sociologique, montrant la petite bourgeoisie, avec des dialogues ciselés – parfois très drôles, mais aussi assez sexistes et défaitistes. Cela lui vaudra d’ailleurs une altercation avec le groupe de dessinateurs punks Bazooka à la fin des années 1970. L’anecdote est connue, a été raconté plusieurs fois, voici la version donnée en 2007 par Lauzier dans un entretien à Bodoï :
j’ai déjà été insulté – ce qui, d’une certaine manière, est une forme d’hommage. Il s’agissait du groupe de dessinateurs Bazooka, qui officiaient à Libération dans les années 1970. Lors d’une édition du Festival d’Angoulême, ils m’avaient reproché d’être un fasciste misogyne. Et avaient fracassé à terre l’un de mes originaux. En partant, Kiki Picasso m’avait craché dessus. À l’époque, cette réaction était surtout idéologique : ces anarchistes se voulaient provocateurs. Claire Bretécher avait aussi été prise à partie.
Bref, pas très punk tout ça, Lauzier est d’ailleurs souvent cité comme un auteur de droite, même s’il moque parfois son milieu.
Et pourtant « Frères d’armes » a un texte de Lauzier. C’est impensable, comment aurait-il pu se retrouver à écrire pour le groupe ? La réponse est simple, contrairement à Fred pour Dutronc ou Menu pour Les Satellites, c’est assurément d’une adaptation faite sans son accord préalable (je serai curieux de savoir si, à terme, il a touché des droits d’auteurs, ce qui ne m’étonnerait pas). C’est un cas assez unique puisque l’intégralité de la chanson est une reprise de textes présents dans des bulles de « Frères d’armes », deuxième épisode de la courte série de western parodique Al Crane, dessinées par Alexis et paru dans le Pilote mensuel n°26 de juin 1976, puis en album l’année suivante chez Dargaud – cette fois le récit ouvre l’album, ce sera aussi le cas de la réédition de 1992 chez Vent d’Ouest.
Contrairement aux autres chansons de cet index, il m’est donc impossible de copier la partie du texte parlant de bande dessinée, aucune n’en parle directement, tout est hommage et reprise. C’est un extrait d’un dialogue entre Al Crane et un lieutenant, après plusieurs pages muettes on arrive sur un massacre d’Amérindiens pendant que les deux évoquent leurs souvenirs de joyeux carnages. C’est extrêmement bavard, très descriptif, évidemment noir. Voici le texte en question, tout est dit à l’exception de la deuxième bulle, ce qui donne l’impression d’un monologue et permet de faire de l’ensemble un bloc (avec parfois des successions de textes rapides qui brisent le rythme original comme le passage « Quelles journées ! Les vôtres… »)
Ce morceau est d’autant plus curieux que le précédent est une musique, sans texte à part des cris de joie et de loups, des crépitements de feu, une reprise à la guitare de « When Johnny Comes Marching Home » (dont l’air est lui-même une reprise, mais le titre de la chanson des Bérus est clair sur la reprise : « Johnny revient de la guerre »). Ce morceau se termine avec un son amenant directement celui d’après, comme une continuité. Il apparaît vraiment comme l’intro de « Frères d’armes », deux deux reprises atypiques formant un tout au milieu de « Macadam massacre » et une manière complètement unique d’évoquer la bande dessinée.
Pour continuer cet index annoncé il y a quelques jours. J’imagine qu’au début il y aura beaucoup d’articles dans un temps court, puis ça se calmera.
Ici, avec un chanteur que j’aime beaucoup et que j’ai eu de la chance de voir en concert. Un Néozélandais devenu un des plus grands chanteurs français, traducteur de Dylan et Léonard Cohen, entre autres. Il a aussi beaucoup écrit lui-même, dont cette chanson pacifiste contre la guerre du Vietnam, sortie en 1966 (et non 1968 comme indiqué sur YouTube) sur le deuxième album du chanteur Joue, joue, joue :
Ici nous sommes dans un cas d’évocation très rapide de la bande dessinée, ça ne peut pas toujours être une longue référence. L’ensemble fait deux vers.
Ici nous sommes dans un cas d’évocation très rapide de la bande dessinée, ça ne peut pas toujours être une longue référence. L’ensemble fait deux vers.
« Toi qui lisais les bandes dessinées Et te voyais en surhomme vainqueur »
Pas très positif évidemment, un jeune homme part à la Guerre, le cerveau embringué par des discours patriotiques, l’ennui, la volonté de se sentir vivre, et dans cette propagande les comics, de super-héros sans doute. Il faut dire qu’elle a bien existé.
Peu de choses de plus à en dire sinon que cela m’a fait penser à l’essai d’Eco – passionné de bande dessinée et chercheur curieux s’il en est -, de Superman au surhomme (1993 en France), liant Nietzsche et l’enfant de Krypton.
PS : Notons que si l’ouvrage sort en 1993 en France c’est a priori une traduction, sans doute amendée je n’ai pas pu vérifier à l’instant, d’un texte paru en 1976 en Italie avec un titre ne jouant pas du tout de cette comparaison : Il superuomo di massa.
Pour commencer cet index, une chanson que j’aime énormément, et un premier quasi hors-piste, avec une très belle chanson d’Anne Sylvestre sur son album Tant de choses à vous dire (1986). Une chanson atypique, combien parlent d’un dessinateur et de son œuvre en général plutôt que d’un personnage, un titre ?, une grande douceur et beauté, c’est Anne Sylvestre, en liberté aussi, car autoproduite à ce moment-là.
Sauf que… Jean-Jacques Sempé ce n’est pas à proprement parler de la bande dessinée. Il en a fait : un Petit Nicolas est en BD, au début, L’ascension sociale de monsieur Lambert est une BD parue dans Charlie mensuel en 1974, mais la très grande majorité du travail de Sempé, et ce pour quoi il est célébré est de l’illustration. On pense aux illustrations du Petit Nicolas et, surtout, à ses grands dessins légendés, drôles, suspendus, ce qu’on appelle ailleurs des cartoon et qui n’est pas très développé en France même s’il y a d’autres grands noms. Ce sont clairement à ces images qu’Anne Sylvestre fait référence.
Il reste que par son travail du dessin narratif, et par ses amitiés et collaborations, principalement Goscinny, ainsi que par le fait d’être publié dans Pilote, Sempé est très souvent intégré au champ de la bande dessinée. Il est connu des amateurs du neuvième art, a publié dans d’autres magazines de BD, et avait été célébré comme membre du champ en recevant un Fauve d’honneur au festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2010.
Ouvrons donc cet index avec ce pas de côté, mais pas trop, et Anne Sylvestre :
« Et je laisserai sans doute Quelque chose derrière moi Alors le plus bel hommage Ça serait de me laisser
Me promener dans l’image Je ne ferais que passer
Et je serais provisoire Une fourmi dans l’histoire Rassurée Un être humain dans la foule Dans la tendresse qui coule De Sempé
Comme un point dans une image Comme un petit personnage De Sempé »
PS : On oubliera volontairement que lui-même a toujours nié être membre de cet univers, déclarant à France Culture huit ans après avoir accepté le prix du FIBD : « J’ai horreur de la bande dessinée, des petits carrés et des grosses lettres ! » Bon j’ai toujours entendu qu’il était nettement moins sympathique que ses dessins.
Qui aime l’approche à la fois sérieuse amusée de la langue française, le Québec et la bande dessinée québécoise (mais aussi le hockey, ce qui est moins mon domaine, même s’il peut croiser la langue ou la BD) connaît le blog de l’Oreille tendue, dont on dit qu’elle s’appellerait Benoît Melançon. Il y a publié de nombreuses choses, dont une bibliographie critique de la BD québécoise, en explorant on retrouve aussi un texte sur les fanzines québécois publié en 1983, mais aussi des rubriques récurrentes. Parmi elles, « Chantons le hockey avec… », qui récolte des chansons diverses évoquant ce sport. Depuis que je connais cette rubrique dès que j’entends une évocation de BD dans une chanson cela me donne envie d’une liste du même genre.
Faute d’avoir convaincu Melançon de la faire, j’ai donc finalement décidé de faire ce relevé moi-même !
Je ferais comme lui, un post par chanson, ce post initial servira de référence et d’index. Au fur et à mesure je créerai les pages des chansons citées ci-dessous, avec l’extrait musical et l’extrait de paroles, éventuellement une petite réflexion.
Précisons que dans mon cas, je pense surtout à des chansons en français, je n’exclue pas d’autres langues, mais ce serait un corpus à part et nécessairement enrichi par des contributions extérieures.
Théoriquement je me fixerai vraiment sur les paroles, et pas les clips ou autres choses : pochettes illustrées (sujet déjà exploré par d’autres, mais riche !), auteurs de BD paroliers (cela peut se croiser, comme Fred pour Dutronc ou Menu pour Les Satellites), ou même nom de groupe avec les Wampas, qui ont tiré cette belle sonorité d’un épisode de Rahan.
Une difficulté à poser, que le hockey ne pose pas, je crois : quand Orelsan ou Nekfeu évoquent Dragon Ball, ils se réfèrent sans doute + à l’anime qu’au manga, quand Gainsbourg évoque Barbarella je me suis dit que c’était probablement + la figure mythique du film que la BD de Forest. Une hypothèse erronée erronée puisque le chanteur (que j’ai adoré et dont je suis largement revenu) a sorti cette chanson avant le film, et a fait la musique et la narration un film étrange produit par l’ORTF en 1965, fondé sur des dessins de Forest, justement, à savoir Marie Mathématique, petite sœur de Barberella, avec des textes du poète André Ruellan. Fichtre.
Je conclus de ces hésitations que je relèverai les références ayant un lien avec la bande dessinée (sous toutes ses formes où nominations : manga, comics, roman graphique, illustrés…) quand bien même cela pourrait venir d’un récit plurimédiatique. J’exclurai cependant les génériques ou chansons directement issues d’une adaptation en film, dessin animé, etc.
Idex de chansons bande dessinantes (mise à jour perpétuelle)
Graeme Allwright Johnny (les comics de super-héros, 1966)
Tai-Luc Tu voulais (Grand-père) (Pif Gadget / 2007)
Image : Oldelaf dans le clip de Mille milliards (2024)
Merci à Anthony Rageul, Laurent Boutin, Benoît Melançon, Jimmy Beaulieu, Yannick Lejeune, Elric Dufau, Benoît Barale, Tzvetan Liétard, ManuSw pour les suggestions.
Je ne sais pas si vous connaissez Jérôme Gorgeot, depuis plus de 20 ans il fait des BDs autobios, avec une focale sur une vie qu’on ne voit pas trop dans les BDs : un gars de province, à une époque marqué à droite, etc. Je l’ai croisé pour la première fois sur le site BDAmateur et j’avoue qu’il m’énervait, j’étais ado et encore sans droit de vote et il se vantait d’aimer Sarkozy ! Il en est revenu, sans devenir de gauche, mais a pris beaucoup de distance avec ça je pense… Il était journaliste de presse quotidienne régionale, devenu directeur de cabinet, revenu largement de la politique il a étrangement une petite célébrité sur Tik Tok ! Je sais en tous cas que j’étais étonné par cet autobiographe qui semblait avoir beaucoup de références communes avec moi mais être très différent.
À un moment je ne l’aimais pas du tout, je l’avoue, puis le type est sympathique et a posé clairement des gestes nécessaires pour moi (dans une BD des années 2000, il défendait Dieudonné et la liberté d’expression, mais il a ensuite condamné très clairement la dérive quand il a vu « l’humoriste » faire monter Faurisson sur scène, les deux fois en BD, en assumant se sentir trahi et couillon. Pour moi sur ce sujet Faurisson est la bascule absolue, avant il y a déjà des choses, mais tu peux essaye de croire à l’humour, là non). Bref je vous dis ça car à la base Jérôme c’est quelqu’un qui existe dans un paysage un peu lointain, dont je lisais au début le travail avec énervement mais en étant intrigué, et petit à petit moins énervé, toujours intrigué. On a fini par se croiser, discuter, et bon, sans devenir un fanatique de son travail j’apprécie de le lire et de le voir. Se montrer y compris dans ses erreurs, sans vraiment de fard (non d’autocomplaisance) c’est pas si commun.
Le dernier Egoscopic, couv de Berbérian
Comme beaucoup de fanzineux, Jérôme a une activité diverse à côté de celle d’auteur (et je ne parle pas de faire bouillir la marmite, mais toujours dans le champ des BDs), notamment celle de coorganisateur d’un festival et, surtout, d’éditeur d’un collectif. Ce collectif, Egoscopic, était consacré à l’autobiographie en BD, à une époque où c’était bien plus commun qu’avec Ego comme X, mais en fait plus si commun d’avoir une anthologie juste à ce sujet. Egoscopic a connu 20 numéros copieux (cent pages, en couleur) entre 2012 et 2023, puis s’est arrêté, c’est déjà une longue vie pour un zine et comme souvent ça épuise l’énergie – être auteur est une chose, organisateur de collectif une autre, et vendeur sur des salons vraiment une autre. Bref on peut commander les numéros disponibles ici, c’est curieux Egoscopic car il y a vraiment des contenus inégaux, en ce sens c’est un vrai fanzine bédéphile à l’ancienne, le Jérôme Gorgeot « fan de » y a contacté ses stars : Lolmède, Baudoin, Placid, Duffour, Fifi, Barale, Rochier… au milieu de ses copains, de parfois débutants, de gens croisés sur d’autres stands, j’aime beaucoup cet esprit, c’est dit.
Bref, aussi par le contexte de mon rapport à Jérôme, de ces souvenirs anciens, j’ai mis du temps à me pencher sur Egoscopic, alors que bon, je fais de l’égozine, ça aurait été une débouchée logique. Je ne sais plus comment j’ai fait des pages pour le n° 19, je sais que Jérôme aimait Ceci est mon corps, et j’avais justement une idée de récit court, mais je me demande si ce n’est pas suite à une demande d’El Chico Solo, et que je me suis dit « quitte à être dans ce numéro »… on ne saura jamais mais j’explique bientôt plus clairement la phrase qui vient d’être écrite. En tous cas, en novembre 2022 est sorti le n° 19, sous une belle couv de l’ami Jean Bourguignon (on a fait un bouquin ensemble) et j’y propose des pages. Mais, chose plus curieuse, j’y apparais plusieurs fois ailleurs !
Mon exemplaire, légèrement corné, du n°19, couv de Jean Bourguignon
En effet, j’apparais sans surprise dans ce numéro dans mes 3 pages autobiographiques, « Mes vêtements vous parlent », dont l’objet est comme souvent de raconter ma vie à travers des détails de l’expression du corps ou, dans ce cas, de ce qu’il y a dessus. Ce sont des pages assez classiques de ce qui ressemble à mon travail.
Par ailleurs, il s’avère que l’ami El Chico Solo (interviewé comme « fanzineux disparu » dans Gorgonzolail y a des années, depuis régulier de mon zine puis leader suprême du groupe « J’AI ! »), qui publie dans Egoscopic depuis plusieurs numéros, avait décidé d’y raconter son Angoulême précédent. Comme il y a croisé des dessinateurs, il leur a demandé de se dessiner eux-mêmes pour être collé dans ses pages. D’ailleurs c’est un collage littéral puisque ce n’est pas numérique, il imprime au bon format nos dessins et zou. Il ne s’agit que de trois petits dessins, visibles ci-dessous, mais ça se passe dans mon appart avec mon regretté chat Lénine, qui aimait tant dormir sur des gens nouveaux.
Je suis donc personnage dans ma BD, c’est classique. Dans celle d’un autre, ça l’est moins, mais je me dessine. Et voici que je retrouve sur mon disque dur deux pages d’Aleksandar Zograf, formidable dessinateur serbe, régulier de Gorgonzola (et dont on a publié un beau recueil de dessins,Visions hypnagogiques, pas cher), qui fait régulièrement des BD reportages pour une revue de son pays. En octobre 2021, il est venu à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême pour des journées d’étude internationales, nous nous y étions rencontrés pour la première fois. Comme je venais d’arriver là-bas comme bibliothécaire, je faisais visiter les réserves patrimoniales aux invités, et il m’y a dessiné. Je suis donc apparu dans un magazine serbe, apparemment dans une traduction italienne aussi. J’avais traduit ses planches (depuis l’anglais) et Yvang les avait lettré (c’est lui qui lettre toujours Zograf, et d’autres, pour nous), cela devait être publié sur le site de la CIBDI mais ça a changé de direction, le post n’a pas eu lieu, bref. Et donc j’avais ses pages, je ne me voyais pas les mettre dans Gorgonzola, en plus on perdait la couleur, je les ai proposés au camarade Gorgeot qui s’est réjoui d’avoir ainsi l’auteur de Bons baisers de Serbie (un album à vraiment lire) au sommaire ! Et me voici dans un troisième récit, cette fois sous une autre plume.
En version pas trop lisibles pour que vous achetiez le numéro, les pages du camarade Zograf, et ma chemise à carreaux !
Je n’aurai participé qu’une fois à ce chouette fanzine, je le regrette un peu, mais jusqu’ici je n’étais jamais apparu dans des BDs d’autant d’auteurs différents dans un même numéro (sauf dans Ceci est mon corps mais je demande à des copains de parler de moi, c’est un peu différent), alors ma foi, c’est quand même pas rien ! Bon, je doute que ce soit un argument marketing pertinent en soi (sauf s’il y a des fans de moi, inconnus au bataillon), mais vous aurez au moins eu un aperçu de la diversité des auteurs de ce beau fanzine, à commander ici donc, je le redis.
Bandeau : couv des numéros 12, 10 et 16 par Denis Truchi, Zac Deloupy, et Rémy Cattelain (une des stars aussi, un des plus drôles dessinateurs de presse actuel)