Je l’évoquai dans un précédent post, me voici père de deux enfants, forcément merveilleuxes. Vous trouverez ci-dessous le faire-part, en BD et dessin bien sûr, réalisé avec leur mère, Natacha Czornyj-Béhal (déjà vue ici ou ici). Mais au-delà de cette BD, un mini fanzine exclusif (sur les réseaux j’ai diffusé le PDF d’impression car c’était l’intention), parsemé d’indications et d’hommages plus ou moins intimes (Alice, le trilinguisme, une barre de pole et un poster d’Alizée, des carottes, une grotte lieux de paix à la Gaston, un vers détourné d’un autre Gaston pour nous lier au Québec, et sans doute des moins conscients), sur un faire-part on donne des prénoms, et je voudrais y revenir ensuite.
Et puis il y a des hasards, la naissance le 22 janvier, jour de l’unification de l’Ukraine, on maitrise des symboles, d’autres s’imposent.




Comme leurs parents, nos enfants ont donc trois prénoms (je m’appelle ainsi Maël, Simon, Vivien, sachez-le), chacun construits sur le même principe : un prénom slave, un prénom celte et, en troisième, un prénom de personnage de bande dessinée.
Que se cache-t-il donc derrière ? Rien d’incroyable, mais comme on le demande parfois, et qu’on a quand même réfléchit…
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Anya est un prénom qui est vite venu, par amour d’Anya Jenkins, notre personnage préféré de Buffy. Bon, c’est un démon de la vengeance ultra capitaliste, mais c’est surtout un très beau personnage, à mes yeux une claire métaphore de l’autisme et, comme dirait cet article, celle qui a bien que démone a sans doute le cœur le plus humain de toute la série (un peu comme Dawn est la plus essentiellement magique en étant la moins magique). Le monologue d’incompréhension de l’épisode « The Body » m’a brisé le cœur, et par ce prénom nous voulions aussi rendre justice au personnage vis-à-vis de sa fin inacceptable. C’est ensuite qu’on s’est rendu compte que le prénom était slave, diminutif d’Anastasia (c’est d’ailleurs ainsi que s’appelle le personnage dans le dessin animé), puis nous avons vérifié ce qu’il en était du nom plus largement : pour beaucoup il fera sans doute penser à l’héroïne de Spy X family, manga et anime à grand succès que nous avons regardé pour nous assurer que le perso n’était pas horrible : elle est adorable, très bizarre et mignonne, parfait

J’avais en tête de donner des prénoms bretons à mes enfants, Natacha pas forcément de donner des prénoms ukrainiens, ce hasard nous a semblé intéressant et nous avons donc élargit à des aires plus larges (slave/celte) et décidé de donner un nom de chaque à chacun des enfants. Je ne connaissais pas le prénom breton Bleuenn, qui contracte le mot
« fleur » et le mot « blanc » (gwen). C’est joli, et mon frère s’appelant Gwendal, j’aimais bien le rappel. On a découvert la chanson de Gilles Servat pour sa fille, très belle, pleine de sonorité rappelant le babil, on la passe régulièrement aux petits car il y a de chouettes jeux sur les mots, les rimes, les rebonds. Reste à savoir ce que disent les parties en breton.
Sunnymoon est plus complexe. L’origine est simple, c’est le nom d’une princesse de Donaldville (oui) inventée par Blutch pour Fluide glacial, dans de très étranges épisodes entre l’absurde, l’amer, le fantasque… Sunnymoon se voit imposer la recherche d’un mari par son père, est poursuivie par les hommes, est malade… pas forcément le plus positif même si elle est rebelle et que son air très Nouvelle vague est merveilleux. Mais c’est une série que j’aime beaucoup, elle a été importante pour moi et, surtout, c’est un très beau prénom que cette « lune ensoleillée » (qui fait écho à la « lune trempée de lait » de Servat). J’avais un peu peur que ce prénom inexistant soit refusé, mais il est sur les actes de naissance et je doute qu’il soit contesté désormais, il existe donc désormais.

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Owen n’est pas un prénom breton mais plus lointainement celte, on retrouve un saint irlandais, cela voudrait dire « beau », parfois « fort ». On l’avoue c’est d’abord la sonorité qui nous a attirés, avec leur long nom on voulait du court, et c’était assez convaincant. Comme pour Anya j’ai un peu cherché dans les références et ma foi, peu de roman ou films sur un Owen si ce n’est un roman de John Irving assez curieux nommé Une prière pour Owen, où c’est un petit personnage à la voix improbable, qui fascine ses camarades de classe, est passionné, perdu au fond des USA, qui tue par accident la mère de son meilleur ami, qui reste son plus loyal sujet tant Owen est christique. Je n’ai pas encore trminé le roman de 500 pages mais c’est mon premier Irving, une star des années 80-90 un peu moins lu aujourd’hui, bien présent en bibliothèque (chose étonnante dans ce livre Owen a une voix très aiguë, et en même temps très sonore, qui est représentée par des majuscules, ce qui s’apparente à un cri aujourd’hui, mais on s’y fait). Par la suite on s’est rendu compte qu’Owen était aussi la forme anglicisée du prénom d’Owain Glyndŵr, dernier Prince de Galles non anglais, leader des guerres d’indépendance du Pays de Galles, ce qui m’est plutôt sympathique même si je ne souhaite aucun destin guerrier à mon enfant.

Milan est le prénom slave, nous n’avions même pas regardé le sens à vrai dire – je découvre que cela veut dire « aimable, doux » ou « aimé du peuple », ce qui me plaît bien. Si l’idée nous est venue via Milan Kundera, un auteur qui m’a beaucoup marqué et qu’a également croisé Natacha dans ses études de lettres, ce n’est pas un hommage direct, mais ça nous va qu’on pense à lui. C’était avant tout esthétique. Il s’avère que la racine est commune à Émile, prénom du grand-père aimé de Natacha, ce qui tombe bien.

Philémon, c’est le héros de Fred, une bande dessinée profondément onirique, inventive, un personnage en marinière, avec son âne mangeur de pissenlit. L’explorateur des lettres de l’océan Atlantique sur la mappemonde, des mises en pages qui explorent les codes du médium, et beaucoup de douceur et d’humour même si parfois le pauvre Philémon est balloté dans un monde un rien absurde. Je suis très très heureux d’avoir un enfant qui porte ce nom, moi qui ai tant lu, enfant, deux aventures du personnage (dans des éditions toutes remaquettées pourries, mais qu’importe) dont les titres sont déjà si incroyables : Le Piano sauvage et Le Château suspendu. Je commence à racheter la série, comme toute autre référence aux divers prénoms des enfants, pour une étagère spéciale dans notre bibliothèque.
