Au rang de mes publications, on trouve des articles, des scénarios, des textes de catalogues, des entretiens et… des préfaces. Parfois il s’agit de quasi-articles, pour des éditions patrimoniales, parfois il s’agit plutôt de textes brefs faisant appel à moi comme une figure d’autorité externe, un rôle qui s’était accentué quand j’étais en poste à la Cité internationale de la bande dessinée, montrant bien comment l’institution avait pris sa place là-dedans. Je ne suis pas encore un préfacier permanent, mais il commence à en y avoir, voici donc.
On peut les classer dans différentes catégories, beaucoup sont liées à ma collaboration avec les Cahiers de la BD et les sociétés liées, via à Vincent Bernière, qui était soit prestataire, soit éditeur. Toutefois, à partir de 2021, outre le fait que j’écrivais plus souvent des critiques et articles, j’ai pris un poste à symbole, celui de directeur des bibliothèques de la Cité internationale de la BD et de l’image. Et de fait, j’ai vu que je devenais aussi une genre de référence par la fonction. Cela n’a pas duré beaucoup, mais on m’a en partie demandé des préfaces à ce moment-là (et des textes de catalogues pour la Cité, mais c’est plus attendu, et les catalogues seront un futur article), et je pense que ce poste a beaucoup joué dans une réception de ma signature comme une « autorité ». Bon je dis ça et clairement, les préfaces réalisées sont très liées à un travail dans le fanzinat, le patrimoine, etc. mais bon. J’ai senti ça dans des échanges qui ne s’incarnent pas forcément ici, tout n’ayant pas donné de suite.
Valentin le vagabondl’intégrale T1&2, de Jean Tabary, René Goscinny (+ Pierre Tabary et Fred), chez IMAV, éditeur spécialisé dans l’œuvre de Goscinny, 2018-2019. Les deux volumes de cette série sympathique, mais mineure d’un dessinateur que j’aime beaucoup (ha, Totoche, Corinne et Jeannot, Grabadu et Gabaliouchtou !) sont sortis en 2018 et 2019. J’étais vraiment très heureux de travailler dessus même si j’étais prestataire d’un prestataire et que je n’ai eu aucun lien avec l’édition. Il y a toutefois plein de documents inédits et des choses rigolotes redécouvertes sur des pages remontées pour les albums, etc. La bizarrerie est que c’est cosigné, la commande ayant été fait à l’autre rédacteur, j’ai pourtant tout écrit et fais les recherches.
Les Bidochons intégrale T1, de Christian Binet, AUDIE, 2019. Pour le même travail de prestation/packaging j’ai écrit des dossiers complétant des collections Hachette kiosque type « premier n° à 1,99€, deuxième à 2,99€ etc. ». J’ai notamment fait ça pour Bibi Fricotin ou une collection de BD érotique, grâce à Vincent Bernières. Dans les deux cas, c’était vraiment du contrat alimentaire sans intérêt (si ce n’est l’argent, qui est utile). Là il m’avait proposé un truc chouette, le projet d’une collection autour des Bidochon, de Binet, une série que j’aime bien et avec une certaine inventivité au fil des tomes. Il s’avère que quand Hachette veut lancer ce genre de truc il sort d’abord la série dans quelques endroits identifiés, sur quatre numéros, pour tester si ça marche. C’est ce qui a été fait ici et ça n’a malheureusement pas marché (mais un ami vivant à Jarnac a pu trouver ce collector, car c’est un de ces endroits tests, ce qui est mystérieux). Dommage, car c’était chouette, mais le contenu de plusieurs dossiers a été réemployé pour cette intégrale – ma seule collaboration, indirecte encore une fois, avec Fluide Glacial.
Squeak the mouse, de Massimo Mattioli, Revival, 2020. J’ai beaucoup travaillé sur Pif gadget, j’étais un jour avec l’éditeur de ce livre et il me parlait de ses projets. Il m’apprend alors qu’il va sortir ce recueil d’une série ultra trash et culte, avec un troisième tome inédit en France. Il voit peu le lien avec mon travail mais je lui signale que Mattioli c’était aussi un auteur de Pif avec le merveilleux M le magicien. Il a aussi fait pas mal de BD expérimentales importantes, ou underground, et c’est quand même un peu mon monde. J’ai donc écrit la préface, en un temps record, mais j’en suis très content même si je regrette que la charte graphique rejette toutes illustrations des préfaces, il y avait de chouettes trucs. Je suis aussi très fier du titre à mot-valise : « Massimo Mattioli, de la presse jeunesse communiste au space opera pornorifique » Anecdote entre le sourire et le triste : alors que je découvrais le projet, l’éditeur me dit qu’il veut inviter Mattioli au FIBD pour accompagner le livre, mais il était mort quelques jours avant (et ça avait fait peu de bruit), je lui ai donc dit, et il a soudain compris pourquoi il ne répondait plus à ses courriels.
Semi science-fiction, de Léa Murawiec, Flǔtiste, 2023. C’est d’un post du tumblr 1fanzineparjour que vient le titre de ce livre, reprenant notamment le fanzine que je chroniquais alors. J’avais pour être honnête un peu oublié ce mot, que l’autrice a rappelé lors d’un entretien. J’ai été touché de ça et voilà, parfois j’ai des fulgurances ! Lorsque Léa a décidé de réunir plusieurs de ses zines d’Inktober, Antoine m’a proposé d’écrire une préface, et j’avoue ne pas l’avoir vu venir. Elle est assez courte, donc je ne peux pas y raconter grand chose, mais je suis content d’y faire le lien entre Le Grand vide, qui a eu un grand succès (un jour, en salon ils ont marqué Le Grand Vide 2 en bandeau dessus les coquins), cette série de dessins narratifs qui ont en partie servie de travaux préparatoires (et qui, à mes yeux, forment une bande dessinée) et d’autres travaux de Léa, comme Fabuleux vaisseaux ou le super strip « La science-fiction est toujours décevante », qu’elle a longtemps publié dans Biscoto. J’ai été vraiment honoré qu’on me demande de faire ça, c’est un chouette livre, procurez-le vous !
Anthologie Imagex, d’Imagex, The Hoochie Coochie, 2023. On est ici sur un projet qui vient de loin. J’ai été frappé par Colonie de vacanses puis Mauvais rêves, d’Imagex, deux albums mystérieux, une carrière de météore, de quelques années. Par hasard, j’ai pu entrer en contact avec lui près de 20 ans après la fin de sa carrière. Il m’a passé des inédits, des BDs rares, pour Gorgonzola, et m’a autorisé à republier ses travaux sauf que… cela nécessitait des moyens techniques et de distribution que je n’avais pas. Par des hasards de rencontres, d’échanges, The Hoochie Coochie a pu le faire. Restaurées avec soin, les planches de cette anthologie ont valu à l’album une sélection au Prix patrimoine. C’était vraiment un aboutissement essentiel, issu du fanzinat, très accroché à cette notion de patrimoine contemporain que je défends dans mes écrits. J’étais bien content et ai donc écrit un texte brassant la carrière mystérieuse de cette auteur, « Les Fulgurances d’Imagex ». Bon, ce n’est pas une préface, plutôt une postface, mais ne pinaillons pas. Pour rappel, j’ai publié ici une bibliographie d’Imagex et ici un texte sur ses peintures.
Horace, cheval de l’ouest T1, de Jean-Claude Poirier, 2024. On est presque sur le même type de projet, si ce n’est qu’il n’est pas en direct avec l’auteur, JC Poirier étant décédé bien avant ma naissance. Mais donc Pif gadget, et cet auteur dans Pif gadget, à qui j’avais consacré le dossier du Gorgonzola n° 19 et dont j’avais constaté l’influence majeure sur des auteurs et autrices très différents. Rééditer ses séries (et d’abord Supermatou) est un vieux serpent de mer des forums BDs, des éditions pirates existent… Avec le Gorgonzola j’ai pu prendre contact avec sa fille, qui m’avait d’ailleurs autorisé à republier dans le n° 22 une BD adulte méconnue de Poirier. Une certaine confiance a existé même si, comme et même encore plus qu’avec Imagex, je n’avais pas du tout les reins pour porter une réédition. Revival s’étant lancé notamment sur le volet patrimonial, j’ai pu faire l’entremetteur et force est de constater qu’après des décennies d’absence, JC Poirier a retrouvé le chemin des librairies : deux tomes de Supermatou et bientôt deux d’Horace, cheval de l’Ouest, un peu moins connu, mais que je préfère, sans doute parce qu’un peu plus expérimentale, et parce qu’elle était dans les Pif que je lisais enfant, tout simplement. Restaurées et recolorisées par Bilitis Poirier, chacune des planches apparaît presque comme inédite. J’ai pu de mon côté choisir quel volume préfacer et ait bien sûr choisi le premier Horace. C’est un texte dont je suis bien content et qui est particulièrement émouvant puisque, comme l’anthologie Imagex, du fanzine aboutissait quelque chose. Par la suite, d’autres surprises eurent lieu, notamment quand j’ai découvert que Bilitis était une proche d’Alizée, dont elle a fait le maquillage et les making-of durant des années.
Henri Guédon : Histoires imaginaires d’un peintre réel, de Jack Exily, Networksis, 2024. L’ami Jack Exily est un vieux compagnon de route de Gorgonzola, c’est dans les numéros 23, 24 et 25 que nous avons publié les trois récits qui forment ce livre. Henri Guédon, peintre star de la créolité, star mais en fait encore assez méconnu, inventeur du zouk, musicien autant que dessinateur, est ici brossé dans un biopic qui se veut tout sauf exact, mais semblant parfaitement cohérent avec l’esprit du portraitisé. C’est très étrange comme ouvrage, Exily est à l’équilibre entre du brillant et du grotesque, le brillant l’emporte largement. C’est ce que je dis dans le court texte qu’il m’a demandé, faisant ainsi le lien avec la prépublication. Cela m’évoque un vieux commentaire de L.L. de Mars sur Du9 lorsqu’il évoquait le Gorgonzola n° 24 : « des petites perles (le Jack Exily, qui devrait avoir tout pour m’agacer par ses connotations poétiques déroule un mode prosodique qui claudique, bizarre, hypnotique, à la fois artificiel et spontané) ». N’hésitez pas à le commander, ça vaut le coup.
303 hors-série : L’appel du fleuve – La Loire en bande dessinée, avril 2025. La revue 303 a été créée il y a plus de 40 ans par le Conseil régional des Pays de la Loire (le nom est l’addition des numéros des 5 départements de la région) afin de valoriser et faire connaître l’art visuel de la région. Cette revue a installé au fil du temps d’épaisses livraisons mettant en avant aussi bien le patrimoine bâti que l’art contemporain, et a consacré en 2025 un numéro à l’image du fleuve à travers la bande dessinée, appelant pour cela des auteurices de la Région. La proposition est variée : souvenirs, reportages, fiction pure (voir science-fiction), il y a différents modèles de récits, et chacune des BD est suivie d’un court texte d’un autre auteur, en rebond. On m’a contacté comme spécialiste de la bande dessinée originaire de la région (la Mayenne ! 53 est le terter) afin d’écrire l’introduction, seul texte un peu long de l’ensemble. La commande était d’étudier la notion de paysage/représentation des rivières en BD, tout en faisant le lien avec les différents récits. La difficulté pour moi n’était pas tant de parler de BD que de géographie, de penser l’espace… J’avais spontanément en tête Histoire d’une rivière, texte fondateur d’Élisée Reclus (aussi pensé comme un précurseur de l’écologie politique), mais voilà, j’ai lu d’autres choses, brassé large, et tenté une sorte de typologie des approches, en y classant les différentes histoires. C’est un texte écrit dans un drôle de contexte puisque je l’ai rendu la veille de l’accouchement de ma femme, j’étais à la maternité aux premières relectures – la revue a eu la gentillesse de me délester du travail iconographique. Je suis aussi assez fier de ce texte – en fait, les préfaces, c’est pas mal, on peut y dire des choses ! – qui m’a appris pas mal à le rédigeant et m’a donné l’occasion de conjuguer bande dessinée et écologie. Coquetterie, j’ai appelé le texte « Histoire(s) d’un paysage », en pure référence à l’anarchiste-géographe suscité. Alors que le numéro allait sortir, la présidente de la Région annonçait ses coupes massives dans le budget culture. 303 était directement ciblé : 50 % en moins cette année là, plus de subvention du tout l’année suivante, pour une revue dont l’origine est bien la région. C’est pour le moins difficile alors n’hésitez donc pas à acheter directement le numéro sur leur site, et d’autres !
Miguel Tremblé est un collègue bibliothécaire de Montréal, chroniqueur pour la revue Liberté, où il parle des bibliothèques, de celles et ceux qui y vivent, et de ce qu’elles peuvent dires. J’ai été particulièrement marqué par une de ses chroniques nommée « À quoi sert une bibliothèque pendant un feu de forêt ? », parue dans le n° 341 (hiver 2024) dont la première ligne était marquante : « À rien ». Il y a une grande puissance dans ce texte qui, derrière, parle bien sur de l’intérêt de la ressource documentaire face à l’écoanxiété, de l’importance de lieux hospitalier, etc. Mais rappelle aussi que malgré tout, nous ne sommes ni des pompiers ni des médecins, et qu’il faut tenter d’améliorer le monde mais sans non plus que notre vision du métier comme « mission » laisse penser que l’on peut tout faire (ceci n’est pas le sens de la chronique en tant que tel, mais ça m’a amené à cette réflexion).
Revenons un peu sur ton parcours étudiant et professionnel, comment es-tu arrivé au métier de bibliothécaire, avais-u une autre expérience avant et où es-tu aujourd’hui ?
J’ai d’abord une expérience comme intervenant social, avec un baccalauréat1 en sociologie. J’ai un background d’intervention auprès des femmes en situation d’itinérance2 notamment, je ne le mets plus sur mes CV car c’est plus ça que je fais, mais ce n’est pas complètement déconnecté le social et les bibliothèques, bien sûr.
De 2014 à 2017, j’ai travaillé en job étudiant pour le réseau des bibliothèques de l’Université de Montréal, notamment comme technicien puis bibliothécaire aux communications de la bibliothèque. C’était très politique, il fallait harmoniser la communication des 17 bibliothèques, former les agents, valider comment les choses étaient communiquées. J’étais également employé comme agent de recherche pour l’Observatoire sur les profilages – sociaux, raciaux et politiques –, j’ai notamment travaillé avec la Commission populaire sur la répression politique en faisant ma maîtrise de bibliothéconomie. Durant ce temps j’ai aussi travaillé un an pour l’Association pour l’avancement des sciences et techniques de la documentation, qui me mettait en contact avec tous les métiers de ce secteur, j’ai instruit une cinquantaine de dossiers de subvention.
Après obtenu ma maîtrise, j’ai appliqué sur une offre d’emploi et suis entré dans les bibliothèques de la ville de Montréal en 2018. Je n’y avais pas particulièrement de réseau, je n’ai pas été pris d’ailleurs mais la personne qui avait été recrutée a démissionné et ils m’ont appelé alors que j’étais à Amsterdam, mais ils m’ont attendu ! J’ai fait un an à la bibliothèque Mordecai-Richler, trois dans celle du Plateau-Mont-Royal, puis dans celle de Maisonneuve depuis son lancement. On pourra y revenir tout à l’heure mais ici je m’occupe particulièrement de littératie numérique, donc le médialab et des références.
En parallèle, depuis juin 2023 je signe une chronique sur les bibliothèques à tous les deux mois dans la revue Liberté, l’idée étant de les présenter comme des espaces publics et parler de la manière dont les enjeux sociaux traversent mon travail. Un des textes que j’ai préféré écrire c’est « À quoi sert une bibliothèque dans une forêt qui brûle », qui parle de l’épisode des feux de forêt dans le Nord cet été, et comment on ne pouvait respirer dans la bibliothèque tout en tentant d’appliquer le règlement… En 2018 j’ai aussi fait une mission de consultant académique pour la bibliothèque de préfiguration de l’Université de l’Ontario français, c’était intense, j’ai visité plusieurs bibliothèques au Québec et en Ontario, j’ai fait les plans, mais le projet a été annulé alors c’est surtout un beau rapport que j’ai chez moi pour l’instant.
L’Université de Montréal, où tu t’es formé en bibliothéconomie, est une université publique j’imagine ?
C’est assez subtil mais l’Université de Montréal est une université privée, financée avec des fonds publics mais spécialisée en recherche et avec un modèle de développement et un conseil d’administration privés. Les coûts d’inscription sont à peu près les mêmes pour les étudiants québécois. Si j’ai choisi une université privée ce n’est cependant pas spécialement par goût, mais tout simplement parce que c’est la seule université qui offre cette formation en français dans toute l’Amérique du Nord.
Tu étais donc intervenant social, pourquoi avoir décidé de t’orienter vers les bibliothèques ? Avais-tu été à leurs contacts dans ton ancien métier ? Comment à tu pris connaissances des enjeux qui t’intéressaient, as-tu pu échanger sur le métier ?
Je faisais de l’intervention sociale en parallèle de mon baccalauréat en sociologie, sans trop savoir où je m’en allais. Ce qui était intéressant avec la bibliothéconomie c’est que ça continuait en donnant un cadre à l’intervention publique. Cela me permettait de continuer à être au cœur des communautés avec un métier qui a beaucoup de sens, tout en ayant des limites claires. Je suis quelqu’un de sans doute trop empathique pour être intervenant social, je me brûle vite et quand les gens me racontent leur histoire j’y vais avec eux plutôt que de les accompagner. En bibliothèque il y a toujours cet accompagnement, mais il y a un bureau entre moi et la personne, on peut parler de beaucoup de choses mais le contexte limite l’intervention. On parle des gens, on leur donne des outils, on permet la rencontre en travaillant l’autonomie, sans que ce soit toujours dans une situation de crise.
J’aimais déjà bien les bibliothèques, je me sentais bien dans ces lieux, je connaissais deux personnes avec qui j’ai pas mal échangé, je m’en souviens car je leur ai ramené une bouteille quand j’ai eu mon diplôme ! Sur le travail social, je n’allais pas vraiment en bibliothèques avec les usagers des services, mais en 2005 la Grande bibliothèque a été ouverte ici et ça a été un vrai changement de regard sur le métier. C’est Lise Bissonnette qui a porté ce projet et, étant donné que c’est un lieu très ouvert en centre-ville de Montréal, qu’en bibliothèque il y a peu d’agents de sécurité ou que leur rôle n’est pas de juste mettre les gens dehors, que c’est très grand, on a vu beaucoup de présence d’itinérants à la bibliothèque. Je pense que c’était vraiment voulu par les équipes de la BAnQ de ne pas être dans une politique répressive et ça a posé énormément de questions, car ça vient avec un paquet d’enjeux sur la cohabitation des publics, la gestion des odeurs, de la santé mentale… Ce débat-là m’a amené à réaliser que les bibliothèques ce n’était pas que pour les familles dites « normales », que c’était pour tout le monde et ça m’a entraîné vers ce métier.
Malheureusement la chronique n’est pas en accès libre, mais on en voit la moitié sur la plateforme érudit (avec un dessin de Clément de Gaulejac)
Pour désormais rentrer dans ton métier au quotidien, peux-tu nous décrire l’espace de ta bibliothèque actuelle, le nombre d’employés ? À Maisonneuve, nous sommes 45 à peu près. Il y a quatre bibliothécaires et quatre techniciennes3, une cheffe de section qui est au fond la gestionnaire, nous n’avons pas d’agents de sécurité ou de vigiles donc le reste ce sont des aides-bibliothécaires, une dizaine d’emplois permanents les autres étant des auxiliaires. Les conventions de travail sont très cadrées entre les fonctions, mais je dis toujours aux aides-bibliothécaires que selon ce qu’ils vont me donner je vais les exploiter au maximum ! Je ne peux pas les obliger à faire une conférence sur un sujet qu’ils aiment beaucoup mais s’ils en ont envie c’est possible. Il y a aussi deux préposés à l’entretien, qui sont dans les effectifs de la ville. C’est une chance de les avoir car ils sont généralement de l’arrondissement et le bâtiment est très grand donc en en a bien besoin…
Pour le bâtiment justement il est donc très vaste, 3313 mètres carrés sur trois étages avec des escaliers et ascenseurs. C’est souvent la première expérience des gens qui ne s’y retrouvent pas, ne savent pas où aller, la signalisation pourrait certainement être améliorée ! Mais quand même ça a été bien pensé, puisque quelqu’un entrant pour la première fois a tous les services près de la porte. Il y a 9 plateaux qui sont organisés en fonction de différents publics : les tout-petits, documentaires et la fiction jeunesse, les documentaires et la fiction adulte, un agora, une salle de lecture, une salle pour les ados et les jeunes adultes, un médialab, des salles de travail de différentes taille, etc. On a aussi accès au toit sur lequel on a mis un jardin. Ça peut prendre près d’une heure faire le tour de l’installation
Selon toi, quels sont les avantages et les inconvénients de ton métier ? Je l’ai dit au début, il y a vraiment la question du sens, la variété du lien, et à la ville de Montréal les conditions sont quand même assez bonnes pour exercer le métier, les gens aiment venir y travailler et ça se sent. Ce qui pourrait me questionner sont parfois des limites politiques à l’engagement culturel que j’aimerai avoir, parfois le cadre de la ville et de mon arrondissement ne me permet pas forcément d’agir comme je l’aimerai, par exemple sur le lien avec les communautés non-francophones. Une chose aussi c’est que nous sommes dans le seul territoire francophone majoritaire d’Amérique, c’est très ancré et il y a des politiques pour lutter contre un recul de cela, au provincial, mais moi je suis dans un quartier extrêmement multiculturel et changeant. Mais ce que ça veut dire c’est que parfois au quotidien, par exemple pour les heures du conte ou l’adaptation des services, je ne peux pas accueillir tout le monde de la même manière car je n’ai pas le droit de diffuser une action culturelle qui ne soit pas en français. Il y a des bibliothèques de la ville de Montréal où le conseil d’arrondissement le permet, mais la CAQ4 a fait passer un projet de loi, la loi 14, qui nous oblige à avoir un accueil de prime abord en français, et une programmation uniquement en français, ce qui n’était pas du tout la ligne des gouvernements il y a quinze ou vingt ans où il s’agissait d’accueillir les gens le mieux possible dans la bibliothèque pour qu’ils s’y sentent bien et s’intègrent à la communauté et, éventuellement, ensuite, apprennent le français. Là le mandat est très différent, c’est la francisation, et on n’a pas le droit de parler aux gens dans leur langue même si on la parle, sauf s’ils sont ici depuis moins de six mois, et la charge de la preuve leur revient, par exemple en venant avec un papier avec une date précise. Dans ces cas j’ai l’impression que c’est mal faire mon travail que de ne pas accueillir ces gens, mais c’est très minoritaire dans l’intérêt général de mon travail et face au champ d’action qui est le mien dans la très grande majorité de mes projets. Une inquiétude que j’ai, liée aux salaires, c’est que même si les conditions sont plutôt bonnes, avec l’augmentation du coût de la vie, se loger à Montréal devient de plus en plus complexe. Je crains que les employés des bibliothèques ne puissent plus habiter là où ils travaillent, ce qui crée un évident problème pour être au plus près de la communauté.
Si tu devais décrire une journée type, forcément artificielle, quelle serait-elle ? Les trouves-tu assez créatives, diversifiées ? On s’entend qu’il n’existe pas une journée pareille, mais disons que si ça devait l’être ce serait deux heures de travaux administratifs – répondre aux courriels, etc. Un autre deux/trois heures au bureau de références, j’en fais quand même pas mal dans la semaine, je peux continuer des tâches mais je suis disponible pour le public. Il s’agit de faire du renseignement, du conseil, et je m’occupe entre autres du centre d’impression, je suis vraiment le spécialiste de la photocopieuse et j’explique comment faire des recherches. Je dirais aussi une heure de développement de projet, idéalement, et le reste pour le médialab, la littératie numérique. On voit dans cette journée fictive que oui, les tâches sont très diversifiées, on m’accorde beaucoup de confiance dans mon travail donc je peux vraiment trouver des solutions adaptées. C’est tout sauf répétitif et ennuyeux, j’aime vraiment mon métier.
Alors justement peux-tu revenir sur la littéracie numérique, la littéracie elle-même étant un concept peu connu en France ? Quels sont les enjeux de ton poste, tes principales missions, les difficultés auxquelles tu peux être confronté ? Nous on a trois axes de littéracie5, celle comme elle est le plus entendue peut-être comme la francisation, alphabétisation, accès à la lecture et à la culture, la littéracie ordinaire, on a aussi la littéracie environnementale, puisque nous sommes dans un territoire urbain, donc on a des jardins partagés avec des actions pour apprendre comment faire pousser de la nourriture, on fait des balades pour découvrir les arbres dans le quartier, et la littéracie numérique donc, qui est plus mon axe à moi. Il s’agit non seulement de permettre au public de trouver l’information numérique, d’avoir du recul par rapport à elle, mais aussi d’avoir un aspect de création. Au médialab, on cherche à donner aux gens les outils pour qu’ils puissent eux-mêmes se lancer dans la création numérique. Par exemple si je veux travailler sur les fake news, c’est sûr que je peux faire une conférence sur les fake news et dire aux gens de faire attention sur YouTube, mais si je fais ça je vais avoir trois personnes, alors que si je fais un atelier de création de fausses nouvelles où on va créer un document expliquant combien selon toutes les études scientifiques il est très bon pour la santé de manquer de sommeil et de jouer aux jeux vidéo toute la nuit, là c’est beaucoup plus drôle. On va regarder des exemples de fausses nouvelles, on va discuter, on va parler scénario, utiliser une caméra, et on va laisser un artefact. C’est un concept que j’ai piqué à David Lankès, l’idée c’est qu’au-delà de l’apprentissage individuel il y a des apprentissages collectifs. Avec cette vidéo, on va l’exposer, pour la montrer à la communauté, les parents vont être fier, quelqu’un qui va passer là va se demander ce que c’est et on lui parlera du médialab. Avec les artefacts de ce qu’on a créé ensemble, c’est repartagé à la communauté. Et il y a aussi tout un rôle d’accès, on a soudain appris avec la crise de la COVID que le gouvernement s’attend à ce que chaque citoyen ait accès à internet, puisse imprimer des documents et puissent prendre des photos pour prouver leur identité. Moi, dans ma communauté, il y a beaucoup de gens qui ne savent pas faire ça, donc on a développé tout un centre de numérisation, copie, impression… et surtout on t’aide ! Comme je dis souvent « c’est toujours plus agréable de se fâcher contre un être humain », parce que la machine, elle ne répond pas. Quand ils sont fâchés, à bout de patience, ils viennent nous voir, et on tente de débloquer avec eux, même si nous ne sommes ni techniciens de photocopieuse ni informaticiens. On discute, on développe des compétences. Quand quelqu’un vient me voir en pleurant car elle ne comprend pas pourquoi le gouvernement lui a envoyé telle lettre je l’écoute et je lui dis par exemple « vous avez besoin de l’imprimer, de le signer et de l’envoyer par courriel, mais avez-vous une adresse courriel ? », ainsi on développe un vocabulaire avec la personne, on identifie les problèmes, parce que bien sûr il n’y a personne qui se lève le matin en disant « ah tiens ! j’ai un problème de littératie ! », personne ne fait ça, on le sait. Mais on peut identifier des problèmes, et donner des moyens à la personne pour qu’elle développe ses compétences. J’ai l’impression qu’ici l’approche des difficultés d’écritures ou d’accès est approchée avec moins de complexes qu’en France, où la place de l’écriture et de la littérature est symboliquement très forte, ce qui donne l’impression qu’on a du mal à imaginer qu’une part de la population est incapable de lire ou écrire. Au Québec il y a un aspect nettement moins écrasant, voire parfois un peu d’anti-intellectualisme, mais cela permet d’amener des discours qui ne sont pas vus comme méprisant, ou condescendant, on inscrit nos actions pour comprendre l’information, les maisons d’édition, la culture, dans le cadre d’un lien avec la culture populaire. L’autre enjeu de mon poste c’est le référencement social, un concept que je développe pas mal. Je suis dans Hochelaga-Maisonneuve, un quartier avec une histoire ouvrière, mais des travailleurs initialement plutôt bien lotis, où la désindustrialisation des années 70 a fait qu’il y a eu beaucoup d’emplois perdus, et c’est devenu beaucoup moins riche. Il y a cependant eu un soutien communautaire, un développement des services, les aides sociales, ce qui fait qu’on est dans le quartier où il y a le plus d’associations au mètre carré du Québec : ici tu peux trouver à manger gratuitement, aller à des activités avec ta famille, etc. À la bibliothèque, j’arrive avec un tout autre cadre et budget que les associations. Mon salaire est versé par le municipal mais l’action de littératie est portée par le provincial, qui a développé 125 bibliothèques d’un coup dans les années 80 pour développer la culture et l’accès à la lecture et l’écriture. On estime encore aujourd’hui que 50 % de la population a des difficultés à résumer un texte court, ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas lire des mots ou recevoir une prescription, mais c’est quand même intense. Comme dans ce quartier il y a un fort historique d’entraide communautaire, je suis dans un milieu très propice pour développement le référencement social : je fais des recherches, je compile les services qui existent, je crée des guides, des petits dépliants, je reçois des gens… Moi dans ma bibliothèque j’ai des gens qui viennent consommer dans les toilettes, des travailleuses du sexe qui viennent faire du racolage sur le terrain, des jeunes ados qui n’ont nulle part où aller après l’école, des gens qui viennent juste utiliser les toilettes, où ils peuvent se laver par exemple. Et ces gens ne viennent pas pour de la littératie ! Mais on essaie de les envoyer vers les bonnes ressources, d’où le lien avec les associations, les guides… Je suis présent sur le terrain là où ils ont leurs besoins pour les amener à entrer à la bibliothèque et, au-delà de leur usage, à les voir regarder un peu des BDs sur le côté, à regarder un concert, des contes multilingues (car finalement, j’ai réussi à la faire cet été). Pour ça on fait souvent des actions devant la bibliothèque, pour attraper ceux qui n’osent pas entrer, on l’a fait avec de la musique – tu passes tu ne peux pas y échapper –, mais on a aussi organisé par exemple un événement de lutte, un sport qui a une grosse histoire dans le quartier, c’est vraiment le théâtre populaire ici. Cette culture de la lutte est perçue comme vraiment différente de la bibliothèque, et nous on a mergé les deux, les lutteurs et lutteuses qui venaient racontaient leur histoire et présentaient les ressources de la bibliothèque sur le côté. Notre slogan était : « La bibliothèque Maisonneuve, le seul lieu où tu peux conjuguer ta lutte et la littérature ». L’ensemble de ça j’appellerai ça la référence sociale, c’est-à-dire offrir des services à la communauté, mais le faire en lien avec elle, que le service de littérature ne soit pas pensé de manière abstraite, devant un individu qui serait par exemple déjà lettré, mais plutôt en fonction des conditions sociales réelles. La bibliothèque doit être pensée avec ce qui existe car elle n’arrive pas dans un milieu amorphe, il y a déjà des choses, et c’est mon travail de lier tout ça. On n’est pas là pour faire tomber une culture sur les gens, ils ont déjà une culture. Alors comment on lie tout ça ?
Cela fait fortement penser au concept des droits culturels, qu’on utilise aussi, ce n’est pas une notion utilisée au Québec ? Ha non, je ne l’ai jamais entendu comme ça ici
Et sur l’action sociale, cela ne crée-t-il pas parfois des conflits d’usages, des désaccords ? Cela peut arriver, mais on maintient le cadre. On est un lieu très ouvert, nous n’avons pas de vigiles, on offre beaucoup de libertés mais à un moment on a un règlement intérieur, ce ne peut pas être le foutoir, et c’est important aussi, dans notre rôle, de rappeler ce cadre. Parce que ce cadre il permet à des gens très différents de vivre ensemble dans le même endroit, après on ne le présente pas de manière coercitive, c’est un plutôt un accord qu’on passe ensemble. Sur la consommation de drogue, ou la gestion des odeurs, cela peut être difficile, dans ce cas souvent les collègues m’appellent et j’ai de petits trucs, ça ne marche pas toujours. Une bibliothèque du réseau qui emploie pour moitié une travailleuse sociale, l’autre moitié étant payée par une association, et qui fait un travail en lien avec la bibliothèque en allant à l’extérieur, qui est vraiment ancrée dans son milieu, on n’a pas ça ici mais on regarde6. Je fais des statistiques sur nos actions, nos publics, et je sais que c’est reçu par l’arrondissement.
En termes de formation, avez-vous des obligations dans la profession ? Suis-tu des séminaires, des colloques ou des congrès de bibliothéconomie ? Ce sera court : oui ! Régulièrement. Il n’y a pas d’obligations comme pour les employés médicaux, je dois faire un travail de veille, attendu par mon arrondissement, sur les évolutions du métier, mais c’est une auto-évaluation que je fais, accompagné par ma gestionnaire en fonction des objectifs de mon employeur et des miens.
Pour toi, quelles sont les compétences attendues pour exercer ce métier ? Au-delà de la compétence sociale, je pense que le maître mot qui définit les bibliothécaires par rapport à d’autres postes c’est l’organisation. On fait de la documentation, du service aux publics, et pour que les réponses soient bien cohérentes je passe beaucoup de temps sur des guides et tableaux Excel, plus que j’aimerais mais c’est important pour établir ce cadre sécurisant où tous peuvent se retrouver, justement.
Tu parles d’Excel, quel est le niveau de maîtrise de l’outil informatique bureautique attendu pour travailler en bibliothèque ? Formellement je ne peux rien exiger des aides-bibliothécaires sur ce sujet, d’ailleurs même les horaires je les fournis en format papier à la demande. Mais ici les collègues aiment qu’on leur demande leur avis et être engagé dans leur travail, donc je fournis des outils qu’ils prennent ou non. Tout le monde est formé pour l’utilisation du catalogue évidemment. Cependant les tableaux statistiques ou l’aide au Médialab il s’agit des bibliothécaires et techniciens. Personnellement j’utilise Photoshop, mais on a aucune obligation de maitriser ces logiciels plus technique.
La bibliothèque en travaux, en septembre 2020. Photo de Jude0905 trouvée sur Wikimédia. CC BY-SA 4.0
Quels sont les partenaires principaux de ta bibliothèque ? Institutionnels comme privés. Pour le Médialab je fais beaucoup avec le Pavillon d’éducation communautaire, j’embauche des animateurs de cet organisme, qui sont programmeurs ou artistes numériques par exemple, et ils réalisent des actions d’éducation populaire à la bibliothèque. Cela n’a pas été simple car nous n’avions pas exactement les mêmes régimes de paiement, mais hormis cela ça fonctionne très très bien. On a un autre partenariat un peu sur le même modèle avec une structure qui vient s’occuper de nos jardins. Il y a bien sûr les écoles avec une trentaine de groupes scolaires qui visitent la bibliothèque à chaque semaine… On est en contact avec Dopamine, qui est par et pour les personnes consommatrices de drogues, qui viennent soit nous former, soit rencontrer des gens qui en ont besoin, on n’a pas d’intervenant sur place mais ils passent régulièrement. Avec la ville de Montréal on travaille avec EMMIS, qui sur une base volontaire permet d’avoir des personnes volantes avec des questions spécifiques. Par exemple si je suis face à une personne qui parle russe et qui veut parler de papiers administratifs et se désorganise devant moi je peux lui dire « attendez un peu, quelqu’un va venir vous voir », ça prend 30 minutes et ils viennent m’aider. Par rapport à toutes les autres bibliothèques que j’ai vues, on est aussi assez en lien avec la police de Montréal, ça surprend un peu mais ils font des rondes régulières, ils n’arrêtent personne ici bien sûr, et finalement nous n’avons pas de vigiles à demeure… On a aussi pu, sur des actions, réaliser des partenariats avec des commerçants, par exemple un atelier Wikipédia sur le fromage, et on s’est associé à une fromagerie qui en a fourni, on a appris à utiliser Wikipédia et à découvrir des fromages et des producteurs locaux.
Quelques questions plus pratiques, peux-tu nous donner les horaires d’ouvertures ? Te satisfont-ils ? On ouvre à 10 h et fermons soit à 17 h soit à 19 h, ça répond plutôt bien aux besoins. Le samedi et dimanche on ouvre plus tard, les gens n’aiment pas trop ça… Mais nous sommes ouverts les sept jours de la semaine.
Matériellement, quels types de documents offrent les collections de la bibliothèque ? On a 75 000 documents en tous avec bien sûr des livres, revues, de la musique… Mais notre offre spécifique à nous ce sont vraiment les équipements numériques : on prête des appareils photo, des écrans verts, des boites lumineuses, des tablettes graphiques, des ordinateurs avec des logiciels de création… On a vraiment une bonne offre. On constate d’ailleurs qu’avec notre parc d’ordinateur aujourd’hui on n’a plus vraiment d’attente, à la limite nous n’aurions plus besoin de faire de réservations car il y a assez pour la demande, ce qui est nouveau. À Montréal d’autres bibliothèques ont d’autres spécialités. Il y a 47 bibliothèques dans le réseau, et c’est au fond une seule et même collection, on a des bibliothèques spécialisées dans divers prêts d’objets : une va avoir des raquettes de ski, l’autre des outils de jardinage, l’autre des instruments de musiques. Ces objets-là doivent être remis aux bibliothèques d’attache contrairement aux autres documents, mais la même carte permet d’emprunter partout.
Qui est responsable du choix des livres et des collections ? Le choix c’est principalement la centrale, qui fait 90 % des acquisitions et du traitement. Ma collègue s’assoit avec la responsable de collection deux fois par année, elle lui donne les grandes orientations, les priorités, et elle s’en retourne faire les achats en lien avec la centrale. Pour les documents demandés par la communauté, nos usagers, et des projets divers j’ai un budget discrétionnaire d’environ 10 %. Cela inclut le matériel à acheter au médialab par exemple, qui est un service local et pour lequel c’est nous qui possédons l’expertise. Même chose pour des collections particulières comme la collection « Poètes du quartier » pour lequel les modalités d’acquisition peuvent être particulières. Pour ce qui est des demandes des usagers on achète pas mal tout, en se disant que ça va être emprunté par quelqu’un d’autre.
Puisque tu m’as parlé de l’obligation linguistique, y a-t-il des livres en d’autres langues que le français quand même ? Oui, à une époque c’était un peu comme voulait chaque endroit, désormais certaines bibliothèques reçoivent le mandat de développer des collections spécifiques en mandarin, en espagnol, en anglais… on peut renvoyer sur ces bibliothèques puisque la carte permet l’accès. À la bibliothèque Maisonneuve on a uniquement du français et de l’anglais, un 10 % des collections, principalement des best-sellers, et on refuse les autres langues, même quand c’est des dons, ce qui a pu être incompris par exemple lors du début de la crise en Ukraine, on a eu des propositions notamment de livres jeunesses, qui ont été refusés puisqu’on est une bibliothèque francophone.
Avez-vous un taux de renouvellement cible des collections ? Et des lignes spécifiques de désherbage/élagage ? On est quatre bibliothécaires avec chacun nos spécialités, qu’on couvre de l’achat à la suppression, il n’y a rien de très exceptionnel. Sur le renouvellement nous n’avons pas d’objectifs fixés, entre autres parce qu’on a encore de la place sur les tablettes, mais la majorité de la collection date de moins de cinq ans, ce qui est déjà une indication. Il y a eu des débats récents sur la question de la censure, de la liberté d’expression. Par exemple quand il y a eu le scandale avec les livres de Matzneff ils n’ont pas été retirés, pas rachetés évidemment, mais pas retiré là où ils se trouvaient. Et de temps en temps il y a des plaintes sur la représentation de la diversité sexuelle, récemment avec un papa qui vient se plaindre un matin parce que dans un livre deux pingouins mâles sont amoureux… Mais au fond on est en Amérique, on subit les grands courants culturels de ce genre, mais on est plutôt supporté par les autorités, donc on continue nos démarches de collections représentant la diversité de la collection, mais je t’avoue que ça nous inquiète avec l’avancée du fascisme aux États-Unis.
La bibliothèque accueille un certain nombre d’activités, en partenariat notamment, en avez-vous en participatif avec les usagers ? En partie, on a une table de groupe, où peuvent participer des usagers. Ce n’est pas pour un projet individuel mais on lance des appels à projets et ensuite on reçoit ça et on sélectionne.
En termes de communication, que déployez-vous ? On a toujours un mélange de communication numérique et de programmes papier. Au début on réalisait un envoi postal, ce qu’on ne fait plus, mais on le distribue toujours largement, notamment lors des événements extérieurs. On apparaît aussi dans le calendrier communautaire du quartier qui liste tous les événements et se retrouve partout dans les cafés, etc.
Quel SIGB utilisez-vous ? Ça s’appelle Sierra, je ne sais pas ce que l’on peut en dire ?
Comment faites-vous la classification ? On utilise la Dewey, adaptée pour le Médialab et les objets où ce n’est pas prévu par l’outil. On a juste sorti les romans policiers pour les mettre en évidence. Pour le reste on applique une Dewey assez précise qui va jusqu’à six chiffres après le point. On prend en fait les notices de la Grande bibliothèque, diffusées dans tout le Québec.
Selon vous, quels sont les facteurs qui influencent la fréquence de la visite des usagers la bibliothèque ? Présentement nous sommes très désirables : le bâtiment est neuf et est en lui-même est une sorte de carte de visite, même s’il peut impressionner. Il est vraiment très beau et attire beaucoup de visiteurs, même des groupes étrangers. Au-delà de ça il est important que dans l’éducation les personnes soient habituées à l’idée de rencontrer une bibliothèque, de s’y sentir légitime, et là il y a un fort déterminisme social. L’accessibilité universelle, la large ouverture et la programmation jouent aussi, comme la diversité de la collection et la propreté.
Selon toi, comment la bibliothèque peut-elle augmenter le nombre de ses usagers ? Honnêtement, actuellement on est toujours plein, sans espace en plus – que l’on ne va pas avoir, et c’est déjà très grand – je ne vois pas vraiment comment on pourrait accueillir plus de gens. L’espace jeunesse est toujours rempli, les tables sont toutes prises, y compris les salles de travail réservables…
J’ai du mal à saisir comment se combine l’autorité du provincial et du municipal, y-a-t-il une loi qui organise votre travail au-delà des directives municipales ? Comment cela fonctionne-t-il ? Il y a vraiment plusieurs paliers de responsabilité, historiquement le développement des bibliothèques municipales est une volonté provinciale, venue du mouvement indépendantiste québécois qui voulait que le peuple puisse s’émanciper et éventuellement devenir un peuple indépendant. Ça, c’est très historique, la volonté d’avoir des bibliothèques n’émane d’aucune ville mais bien d’une volonté politique par le haut. Les bibliothèques se sont donc développées avec de larges financements provinciaux, notamment pour les bâtiments, mais maintenant ça a été repris par les structures municipales comme un service normal et il est attendu qu’un conseil municipal consacre une partie de ses budgets au développement social et culturel (parfois aussi appelé « Loisirs »). Ensuite c’est aux professionnels de déterminer les orientations du service, on suit des normes venant de nos associations professionnelles par exemple, ou des demandes provenant des autres services municipaux. Pour résumer : l’arrondissement qui est mon employeur demande à ce que je fournisse une série de services à sa population, moi je dois le faire au mieux en fonction des normes professionnelles, lors des grands projets on peut se retourner vers le gouvernement du Québec pour obtenir des subventions (par exemple pour l’agrandissement de bâtiment ou la réalisation de mandats sociaux qui sont sous sa responsabilité). Tous ces niveaux de responsabilité, cela peut créer des tensions, récemment la ville de Montréal, même pas l’arrondissement vraiment la ville, a pris une position auprès du gouvernement pour dire que ce n’était pas à eux de nous dire quoi faire sur la question de la langue de nos services, et moi ma tâche c’est d’adapter mon offre en fonction des politiques à un moment déterminé. C’est complexe !
Le section des touts petits de la bibliothèque Maisonneuve, photo de Lëa-Kim Châteauneuf (CC BY-SA) trouvée sur WikiCommons. Mme Châteauneuf, une collègue, a aussi offert une photo pour mon article, et est présidente de Wikimédia Canada !
Que changerais-tu dans ta bibliothèque si tu le pouvais ? Sincèrement, je peux pas mal changer ce que je veux, j’ai du mal à trouver à part ce que j’ai déjà évoqué ! Disons une rampe d’accès pour les poussettes dans l’espace des enfants, on a un bâtiment neuf, avec une réflexion sur l’accessibilité universelle plutôt bien faites sauf que quand on arrive dans la section des tout petits : il y a trois marches ! Et forcément il y a beaucoup de parents avec des poussettes à cet endroit ! J’ai des dizaines de personnes à chaque semaine qui cherchent la rampe. Il y a un ascenseur mais c’est peu pratique, c’est plus loin, parfois en panne. Définitivement une rampe pour les poussettes !
Au-delà de la rampe d’accès, quelle serait ta bibliothèque idéale ? Au fond pour moi c’est toujours la notion de bibliothèque comme espace public, qu’elle soit un espace de vie. On doit y retrouver ce qu’il faut pour apprendre, mais apprendre c’est large, donc des espaces de rencontre, de mise en commun… L’idée c’est que ce soit adapté à chaque fois à la communauté que la bibliothèque dessert, donc ça ne peut pas se reproduire d’un endroit à l’autre, mais mettons que si l’espace est essentiel, il y a une bibliothèque à Toronto qui a poussé le concept jusqu’à supprimer les documents pour offrir de magnifiques espaces de coworking, il me manquait quelque chose. Des artefacts justement ! Ça peut être des livres ou autres choses, mais il me semble qu’il faut des preuves physiques matérielles pour voir ce qui est produit par la communauté. Tout ça peut paraître abstrait, mais l’architecture a une grande importance dans la construction imaginaire du lieu. Il y aurait de grands espaces, des plus petites salles pour se retrouver en groupe, de grandes fenêtres, mais ce lien fort aux espaces et aux traces matérielles de la communauté, avoir accès à ce que les autres ont fait et nous même participer à cet ensemble.
Entretien réalisé en Zoom le 03 février 2025, puis repris par courriel
1 Le terme « baccalauréat » désigne au Québec l’équivalent de la licence en France, et non du baccalauréat.
2 Terme québécois pour désigner les sans domicile fixe.
3 En termes de grade cela s’apparente assez bien à bibliothécaire et assistant de conservation en France, les aides-bibliothécaires se rapprochent des adjoints du patrimoine.
4 La Coalition Avenir Québec est un parti de droite nationaliste, mais qui n’est pas indépendantiste, au pouvoir depuis 2008. Le terme nationaliste n’a pas le même sens en France qu’au Québec, sur l’échiquier français la CAQ serait proche du centre droit, avec une teinte sur l’identité québécoise et sa défense qui sont propres au milieu minoritaire canadien.
5 La littératie désigne la capacité à accéder, comprendre, utiliser et produire l’information, elle peut se décliner sur différents sujets et implique une part active de l’usager, l’amenant vers une autonomie, une montée en compétence.
Cet article ne se veut pas du tout un texte sur les jeux de mots dans la BD, le titre est un peu trompeur, il s’agit plutôt de parler d’un jeu de mot que j’ai utilisé en titre de mon mémoire de Master 1, qui portait sur la transmission idéologique et la propagande dans les bandes dessinées de Vaillant à Pif Gadget.
Il s’agit bien sûr de « par la bande », expression qui fait un lien + qu’évident avec le neuvième art. Ma compagne s’était étonné de ce titre, ne connaissant pas l’expression et pensant à une invention, mais pas du tout (je ne suis guère poète, dommage). Rappelons le sens avec le Larousse : « Familier. Par des moyens indirects. ».
Si j’étais très fier de l’avoir trouvé, la réalité est que des tonnes d’auteurs l’utilisent constamment pour parler de BD. Quand j’ai prolongé mon mémoire dans un ouvrage chez PLG l’éditeur a renoncé à ce titre, je ne comprennais pas pourquoi. Quand je vois ci-dessous cette liste, certainement non exhaustive, de titres l’utilisant je ne peux que l’en remercier, et mon trait de génie apparaît fort paresseux. Pour ma défense, au delà du jeu de mot facile, il y avait quand même un minimum de sens puisqu’il s’agissait d’étudier des processus de transmission idéologique parfois masqués, typiquement le sens de l’expression.
Classement chronologique, liste ouverte aux ajouts, un peu à la manière (qui m’avait marqué mais que je ne retrouve pas) d’un listing de Vincent Sardon sur son site où il relevait des dizaines et dizaines (centaines ?) de noms de festivals, de revues, fanzines, sites, avec le mot « bulle » dedans pour parler BD.
En 1977 Pierre Fresnault-Deruelle, un des pères français de la théorie de la BD, nommait déjà ainsi son « essai sur les comics ».
Le CEDEJ Egype/Soudan publie en 1986 ce dossier sur la politique Egypte France en regards croisés via la bande dessinée.
En 1993, les éditions Syros et la chercheuse Odette Mitterrand choisissent de passer par ce jeu de mot pour aborder l’histoire dans une visée pédagogique, le jeu de mot semble ici aussi pertinent : comment faire avaler de l’histoire aux élèves l’air de rien, via la BD bien sûr ! (sur le fond je suis moins d’accord d’emblée mais je n’ai pas lu l’ouvrage et il est sans doute bien plus pertinent).
Sorti en 2000, ce roman autobio du frère d’Alex Varenne, qui eu une carrière dans la BD, raconte son passage assez désabusé dans ce monde, et notamment un séjour à Angoulême. Le titre souligne l’aspect un peu curieux et éloigné de se vie de cette séquence. Illustré par Willem quand même.
La seule fiction de l’ensemble je pense, le sujet est clair, c’est un recueil de strip sur le foot paru en 2000. Le jeu de mot sert à évoquer la forme du contenu.
Le Blog culturel (fort intéressant) de SeBso porte ce nom depuis 2005
A vrai dire, j’ai pensé au début que celui-ci ne parlait pas de BD mais voulais juste insister par son titre sur une approche en pas de côté de la communication. Mais cet ouvrage de 2013 a bien pour projet « une forme d’exposition originale : l’évocation d’une quinzaine de bandes dessinées (du Nid des Marsupilami à Little Nemo, en passant par Le Secret de la Licorne ou Lucky Luke) lui sert d’ouverture à l’exposé des principaux problèmes et théories. »
Réalisé par un professeur de gestion, ce livre veut réhabiliter l’image du comptable et explorer son image dans la culture populaire. Publié en 2017 par l’Association Professionnels et Directeurs Comptabilité et gestion. 108 pages quand même. (et oui, Baudoin en couv, il faut dire qu’il a laché sa carrière de comptable pour se lancer dans la BD)
Lécroart croise l’OuBaPo et ses paternels de l’OuLiPO en 2023 dans cette bande dessinée, et forcément…
Porté par le Trésor de la langue française au Québec, en partie disponible en ligne, la Langue par la bande illustre en BD des expressions québécoises typique. Le premier volume sorti en 2024 a eu du succès, un deuxième est tome est sorti en 2025. Les planches du tome 1 sont en ligne, pas le deuxième j’ai l’impression.
La revue Incise n° 8, publiée par le Théâtre de Gennevilliers, a proposé en 2025 un article d’Alexandre Balcaen (ed Adverse) qui utilise ce jeu de mot. « Par la bande, dessiner la marge » est le titre de ce texte. Je ne l’ai pas lu mais je dirais que vue la posture toujours aux lisière de ce qu’est ou non la bande dessinée, il y a là-aussi un peu de sens dans l’utilisation du jeu de mot. Celui-ci a été repris pour nommer l’exposition consacrée à la maison d’édition à La Roche-sur-Yon.
Crédit bandeau : les titres sont cités, mais la chouette photo en épaisseur du Fresnault-Deruelle vient du site stripologie.
Voici un objet passionnant (signalé par Tzvetan Liétard), à vrai dire à la limite du hors-sujet car il s’agit avant tout d’un texte, à peine illustré, mais manuscrit, et dans un journal qui publie beaucoup de dessins, par un auteur de bandes dessinées – elles-mêmes souvent pleines de texte -, alors les frontières… Voici en tous cas Casse-têtes, une des chansons d’un 45 tour d’Yves Montand sorti en 1978. Une chanson qui dénonce la violence, celle des policiers sur les manifestants comme des chasseurs sur les phoques, une chanson sur la bêtise brute de la répression, mais aussi sur la manière dont elle vide l’esprit des victimes et peut éradiquer toutes résistances. Membre du Mouvement de la paix et des Droits de l’homme, acteur régulier pour Costa-Gavras et ses films engagés, habitué de chansons de soutiens à diverses causes, le chanteur-acteur n’a pas encore rejoint le tournant de la rigueur et soutenu le libéralisme, rien d’étonnant dans ce texte donc, même si son engagement profond et direct à la TV peut étonner :
Son origine se trouv dans le n°332 de Charlie Hebdo, le fameux journal satirique, dont la couverture de Reiser évoquant un bébé phoque résonne d’ailleurs avec le texte :
Jean-Marc Reiser, couverture du Charlie Hebdo n° 332, 24 mars 1977.
Dans ce numéro, apparaît le texte « Un moment d’amnésie », qui se veut poème, évoquant des visages divers, tous disparus et suggérés. Le texte chanté est le même, seul le titre change. C’est a priori Montand lui-même qui l’a lu, et a demandé à Gébé de l’utiliser – à sa grande surprise. On a donc quelque chose de quasi littéral, comme dans le Frère d’armes des Bérus. La chanson fonctionne, en déclamant avec des rythmes saccadés. C’est brillant, mais cela reste au fond l’adaptation d’un texte, et non d’une bande dessinée, contrairement au titre des Bérus. En étant honnêtre, c’est donc un cas hors sujet. Mais j’ai trop aimé cette découverte pour ne pas la partager.
Groupe mythique de ma jeunesse, Stupéflip est à la fois très punk, aux sonorités hip-hop matinées d’électro, et construit une fascinante cosmogonie propre. Elle se développe autour du « crou », des personnalités des personnages-artistes et de régions semi-autonomes (étrangement, ces évocations m’ont souvent évoqué Pascal Brutal, série postérieure où la Bretagne est indépendante). Tout ça est assez complexe, des chansons se comprennent sans connaissance de l’univers (les classiques À bas la hiérarchie ou Comme Les Zot »), mais les albums sont vraiment construits – à l’ancienne – avec leurs pistes qui s’enchaînent et créent un tout. Et un récit à trou qui se rempli ici où là, dans des vapeurs louches. Pour les curieuses et curieux, un wiki dédié a été réalisé par les fans.
Bien que le dessin soit important dans le groupe, le membre King Ju réalise les artwork, pochettes, etc., appuyant la construction de l’univers de cette cohérence graphique, et que le groupe s’appuie souvent sur des références populaires, il est assez peu fait référence à la bande dessinée. Il y a plus régulièrement des références à l’univers cinématographique/télévisuel par exemple. Cependant, outre le fait qu’un des pseudo de King Ju soit Rascar Capac, momie de Tintin dont le nom est alors souvent évoqué, une de leurs premières chansons fait une référence explicite, et assez peu commune.
Cette référence est au cœur d’un titre central : Stupéflip (tout simplement). Cette chanson apparaît pour la première fois en 2002 en première et (sous une autre orchestration) pistes du premier maxi. On la retrouve l’année suivante en deuxième piste du premier album, pure introduction à l’univers à découvrir, martelant ce refrain :
Stupeflip, Stupeflip c’est l’truc stupéfiant Beaucoup d’travail comme pour un album d’Astérix Stupeflip, Stupeflip c’est l’truc stupéfiant ça t’agrippe, ça t’attrape et ça fait pas d’sentiment
S’il y a bien une bande dessinée populaire, c’est Astérix, seule à systématiquement dépasser le million d’exemplaires vendus à chaque sortie (les deuxièmes dépassent rarement la moitié de ce chiffre), et elle apparaît finalement peu en chanson. Il existe un très étrange (comme beaucoup de ses productions) album concept de Richard Gotainer mais produit officiel, puisqu’illustré par Uderzo*. Bref, ici on évoque Astérix.
Chose intéressante, la bande dessinée d’Uderzo et Goscinny n’est pas évoquée pour son fond. On pourrait imaginer, dans ce monde de régions en guerres constantes, une référence à la force de la potion magique ou à la résistance d’une petite zone face à l’envahisseur. Mais non. La référence vient simplement marquer le dur labeur de la création d’un groupe, le comparant à la réalisation d’un Astérix.
Plus connue d’entre toutes les bandes dessinées, Astérix sert de référent, plus pour ce qu’il incarne de connaissance pour tous que ce qu’il est. Aborder le travail, le métier, la difficulté de dessiner, même rapidement, est assez rare, et il est certain que réaliser une planche de bande dessinée est plus lourd qu’une illustration. King Ju dessine, il sait sans doute cela pour s’y être frotté, on peut imaginer que son expérience ait joué. De fait, Uderzo a cravaché dans sa carrière, rendant à une époque plusieurs planches par semaines dans des styles très différents pour tenter de gagner sa vie, ses biographies (et sa bibliographie) en témoignent. Pas sur cependant qu’être simplement renvoyé à l’aspect laborieux de cette création soit si flatteur mais, hé, Stupéflip ne flagorne pas.
** En plus de la pochette d’Udzero, Vive la Gaule (1987) a connu un album illustré par Gotlib et Uderzo, édité par Albert René, maison d’édition d’Uderzo. On peut difficilement faire plus validé par l’auteur. L’album musical comme livre sont très étrange, mais intrigant, la pochette est particulièrement hideuse et ratée.
L’image de bandeau est la pochette de Stupéflip, album de 2003 et donc deuxième occurence de la chanson, mais moi, au lycée, je ne connaissais pas le maxi.
Comme régulièrement, index des articles, recension, entretiens réalisés dans un cadre universitaire, ou au moins proche. J’ai encore quelques articles en attente, puis il y aura un creux, lié à la parentalité et à la fin de thèse (deux sous parties encore !).
Comme à chaque fois, cliquer sur les images amène sur l’article et j’ai tenté d’organiser par type d’articles (articles, entretien, recensions). Et enfin, tout n’est certes pas absolument universitaire, mais ça me semble réunir les travaux ayant cette ambition/exigence.
D’abord j’ai un peu honte, j’avais zappé dans mes précédents index (et c’est quelque chose pour un livre parle d’invisibilisation) la parution au printemps 2024 de l’importante somme Construire un Matrimoine de la BD – Créations, mobilisations et transmissions des femmes dans le neuvième art, en Europe et en Amérique, dirigée par Marys Renné Hertiman et Camille de Singly et publié aux Presses du réel/ArTec. J’y ai écrit un article appelé « D’Yvette Lapointe à Zviane, les femmes dans la création de bande dessinée au Québec ». La bonne nouvelle est que récemment le livre a été mis en accès libre sur openedition ! Vous pouvez donc le retrouver en cliquant sur l’image, mon article comme tout le reste :
Vient ensuite un article qui a mis du temps à sortir, ça faisait longtemps que je voulais étudier un peu plus Yvan Pommaux (j’avais déjà parlé un peu Angelot du Lac dans mon article sur Bayard), notamment la série des John Chatterton, que j’ai lu enfant pour le premier tome, et dont je n’ai découvert les deux autres volumes que bien plus tard. La rencontre avec une collègue spécialiste du conte lors de mes études à l’INET a permis à cet article de naître. C’est avec beaucoup de plaisir que je cosigne donc avec Eva Barcelo-Hermant « John Chatterton : un chat noir dans le labyrinthe des contes et des éditions » pour Publije, revue de l’Université du Mans spécialisée en littérature jeunesse, université où nous avons justement tous les deux fait notre master sur ces sujets.
Dernier article universitaire strictement, un extrait de ma thèse à vrai dire, « Julie Doucet, traverser les frontières » est paru dans l’International Journal of Canadian Studies/Revue internationale d’études canadiennes vol. 63 en cette fin d’année. J’y explore l’énorme influence de l’autrice dans le champ francophone/anglophone, à travers les éditions, rééditions, réceptions, de son travail, et quelques planches iconiques dont le sens semble étonnament transporté au fil des éditions. Au-delà de ça, ça me fait toujours plaisir d’être publié dans des revues canadiennes, celle-ci est publiée par les Presses universitaires de l’Université de Toronto.
Sinon, j’avais publié chez l’Égouttoir il y a plusieurs années une version corrigée et illustrée d’un travail définitionnel du fanzine. Voici la présentation qu’en faisait l’éditeur : « Passionné par les fanzines, auxquels il a consacré de nombreux textes depuis ses années de lycée, Maël Rannou a finit par se lasser qu’on lui demande : « « « Mais un fanzine, c’est quoi ? » » ». Afin de ne pas répéter toujours la même chose, il propose avec Définir le fanzine un bornage historique et plusieurs définitions évolutives de ce concept qui n’a cessé d’évoluer et de couvrir des réalités mouvantes. Afin de montrer cette diversité et d’ouvrir le débat, Lénon, Alex Baladi, El Chico Solo, Léa Murawiec, Jean-Paul Jennequin, Caro Caron et Jean Bourguignon, tous et toutes actifs dans le fanzinat de bande dessinée, ont apporté en BD ou dessin leur propose vision du fanzine. » Ce fut un best-seller, à l’échelle du fanzinat, avec un deuxième tirage (ça fait 300 en tout, calmons-nous) et comme il est épuisé et que je ne fais plus trop de salons, j’ai voulu le rendre dispo. On le trouve donc sur HAL, archives ouvertes de la recherche en France, en fichiers imprimables !
Si là aussi ce n’est pas directement universitaire, j’ai écrit l’introduction du hors-série de la belle revue 303 « L’Appel du fleuve, la Loire en bande dessinée ». Cette revue consacrée à l’art visuel en Pays de la Loire, dont l’existence risque d’être frontalement menacée par la casse culturelle de la présidente de région, propose ici de nombreuses visions de la Loire en bande dessinée, de l’évocation intime au reportage en passant par l’histoire sociale, le futurisme ou l’onirique. Mon texte tente une typologie d’approches du paysage en bande dessinée, mêlant les récits du numéro et d’autres publications, convoquant Élisée Reclus ou Catherine le Forestier. Un texte écrit pile avant d’aller à la maternité, c’est Histoire(s) d’un paysage.
Du côté des entretiens, deux ont été publiés, tous deux réalisés avec ma camarade Irène Le Roy Ladurie. Le premier poursuit mes travaux réguliers sur Pif gadget, en donnant la parole à Claude Bardavid, dernier rédacteur en chef du magazine « canal historique », à l’occasion d’un dossier de Comicalités consacré aux magazines de bande dessinée en France. Titré d’une joyeuse citation, on peut lire « « On n’avait pas l’impression de travailler à la mine » » en cliquant sur l’image :
L’autre a été réalisé il y a plusieurs années et a mis son temps pour arriver en ligne, un dialogue avec Tony Neveux, typographe qui a tenté de créer une spécificité sur la typographie d’auteurices de bande dessinée. Pensé pour un dossier sur la lettre dans la bande dessinée de la revue neuvième art, l’entretien a fini par sortir isolément. « Pour moi, une lettre est une image » est à lire ici :
Si le site n’est pas strictement universitaire, son exigence et son sérieux me semblent tout aussi proches. J’ai donc le plaisir de ponctuellement écrire des recensions pour Nonfiction. La première en mars derniers « L’écocritique, un concept pour lier environnement et littérature », à propos de L’Écocritique. Repenser l’environnement au prisme de la littérature (Sophie Chiari, 2024), l’autre tout récemment « Les éditeurs sous toutes les coutures », à propos d’Être éditeur. Histoire, discours, imaginaires, d’Anthony Glinoer (L’Échappée, 2024). Deux livres verts dans les deux cas, aux sujets bien distincts, les deux sont toutefois de belles réussites :
Et enfin, c’est sur neuvième art, mais vraiment très bref, j’avais écrit un panneau de l’exposition MédiaBD consacrée à l’histoire de la bédéphilie. Ce n’est qu’à peine 2000 signes, et je concluais avec « Le fanzinat bédéphile aujourd’hui ». Pour la peine je mets le lien direct juste avant mais ici un lien vers toute l’exposition, car c’est intéressant et ça va vite à lire :
Troisième chanson du LP Damien est vivant, le titre de Marie Klock revendique directement une série franco-belge classique, un peu planplan, en titre. De quoi suprendre face à une pochette un rien plus audacieuse (et légèrement génante) et à la modernité généralement portée par les propositions de la chanteuse. Boule et Bill est un des titres clippés de l’album :
Finalement, au-delà de la promesse initiale, bien peu de Roba là-dedans, foin de « coquin de cocker ». La lancinante et répétitive musique semble marteler un ennui, une difficulté à s’extraire d’une matière lourde, un texte d’apparence plat est plasmodié, décrit un lent quotidien… Dans tout cela la bande dessinée classique, à la papa, apparaît comme ce qu’elle est : assez ennuyeuse, mais avec le mérite de toujours ressembler à ce à quoi elle doit ressembler, sans même besoin de l’ouvrir réellement. Un doudou, éventuellement. C’est un peu ce à quoi ressemble le rapport ultra-nostalgique de beaucoup de fans de BD franco-belge incapable de la sortie du rapport à l’enfance.
« Après ? J’alterne les siestes Entre le canapé et le lit Je fais des allers-retours, quoi Avec, parfois, un Boule et Bill à la main Boule et Bill que je n’ouvre même pas Mais qui me rassure. »
PS : Marie Klock a d’autres liens avec la bande dessinée, et notamment québécoise, elle était déjà apparue sur ce site dans mon entretien préparatoire (dans le cadre de mon doctorat) avec Zviane, puisque c’est la chanteuse qui avait fait un long entretien (au titre polémique) avec elle dans Libération. Je n’avais même pas fait gaffe au début, j’aime quand tout se recroise, tout est dans toute.
J’avais choisi un extrait du clip de « Mille milliards » comme bandeau de mon article portant l’index de ces chansons évoquant la bande dessinée. Ce qui aurait d’ailleurs pu être un piège puisque j’indique bien dans les règles de cet index que les clips ne comptent pas, et que je me réfère aux albums et non aux adaptations, l’image est pourtant une référence directe au générique iconique du dessin animé qui passait à la TV dans mon enfance.
Mais, ouf, pas d’erreur, puisqu’au-delà du clip il n’y a guère de doute sur le fond : la chanson, troisième piste de l’album Saint-Valentin (2024, on en reparlera car une autre des chansons de l’album parle BD) est entièrement dédiée à la bande dessinée, même si celle-ci est objet de fantasme plutôt que description de l’action réelle.
Et non, ce n’est pas un clip hommage aux Daft punk
Citer le texte serait un peu vain puisque tout le texte parle de Tintin, et de Tintin à travers les yeux du Capitaine Haddock, filant l’idée d’une romance gay non assumée, un classique dans l’analyse de ces étranges BD franco-belges où tant d’hommes vivent ensemble (Spirou et Fantasio, Blake et Mortimer, Tintin et Haddock donc), certes toujours avec des lits séparés, mais parfois dans les mêmes chambres ! Facile, donc, de glisser vers une imagination fertile en actions peu catholiques. Une pratique d’ailleurs assez courante dans la fanfiction où le « Shipping » (un terme pour la mise en couple de personnages qui ne le sont pas dans le canon) homoérotique est un classique. Le ship Tintin/Haddock a même son nom connu des fans, qu’on retrouve sur le Wiki Tintin : Haddotin, selon l’usage voulant que les ships s’incarnent par une fusion des noms des personnages en relation.
Les paroles nous projettent dans l’esprit, pas trop embrumé d’alcool, du capitaine, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Il admet être le cliché du gros barbu amoureux d’un jeune imberbe, soulignant le problème de la différence d’âge (« Je me voyais pas y’a 20 ans / Moi, amoureux d’un homme enfant… »), mais aussi l’aspect très désincarné d’un Tintin au visage le moins précis possible et fait pour qu’on projette un peu tout. Le texte déroule différentes références aux albums (la Lune, le Karaboudjan, le fait d’aller au Pérou ou au Tibet…) et la conclusion est assez maline, référant directement à l’existence de réelles aventures tout en rappelant la constante invisibilisation de l’homosexualité dans l’histoire, que ce soit celle de personnages réels comme de fiction :
« 1000 milliards de mille sabords C’est toi Tintin que j’aime fort 1000 milliards de mille sabords Je t’aimerais jusqu’à ma mort Et si un jour, dans le futur Quelqu’un écrit nos aventures Je fais le vœu pourtant facile Qu’il ne masque plus notre idylle »
PS : les ships Tintin sont nombreux, l’article Wiki parle d’autres mix de personnages, une chanson en évoque un autre très punks et peu connue, nous en reparlement : Tintin aime Milou, de 8-6 power.
Depuis quelque temps je vois sur mon Facebook des publicités pour Je Bouquine, une revue que j’ai toujours bien aimée (même si, abonné, j’ai avant tout lu les BD et regardé les images que lu les romans, mais je le faisais, au bout d’un moment). Je n’allais toutefois pas m’abonner mais j’avais été rendu curieux pas la miniature, reprenant la couverture du n° 480 de février 2024. Réalisée par PrincesseH, elle illustre le thème des petites filles rebelles, de Ségur à aujourd’hui, on reconnaît la coiffe type d’une Sophie, avec un beau roux, sur un personnage coupé en deux à la verticale. Le nœud rose cache un peu le « B » et je lis donc Je Rouquine.
Je trouve le jeu de mots drôle, et imagine un numéro explorant les petites rebelles rousses, et il y en a, avec ce que la rousseur a charrié de négatif (de diabolique), mais aussi de vivacité, de courage, de personnages positifs in fine. On pense évidemment à Fifi Brindacier (un personnage très politique qui a souffert de ses traductions françaises), à la relativement récente princesse Disney Mérida dans Rebelle en passant par la merveille Anne de la Maison aux Pignons vers. Très récemment l’énorme succès de Mortelle Adèle témoigne du goût pour les rousses rebelles, même si elle revient clairement aux origines diaboliques.
Bref, pressé de voir le sommaire de ce Je Rouquine, je clique et, double déception, d’une part je tombe sur une offre d’abonnement construite sur une citation de l’écrivain d’extrême droite Sylvain Tesson, d’autre part c’est le numéro le plus récent qui est visible. Je fouille un peu et tombe sur la couverture en grand, pas de mention de rousseur sur la couv, au-delà de l’image bien sûr, et pour cause : le nœud ne créer pas un R parfait, il passe juste dessus.
Je ne peux m’empêcher de trouver que le hasard est trop gros, et pourtant il semble que ce jeu de mots potentiel, mais pas allé jusqu’au bout, soit un hasard, ou une expression de l’inconscient du graphiste. Je n’irais pas jusqu’à dire un délire du regardeur que je suis, car la réception reste une réception, donc entendable même quand elle est curieuse. Même s’il est certain ici que l’image joue à bloc : il est fort probable qu’avec un personnage blond ou brun en couverture ma lecture n’ait jamais été orientée sur ce jeu de mots potentiel – de la lecture d’images.
Le rap français est rempli de référence aux mangas, ou plus souvent aux anime, évidemment il est difficile de savoir si les chanteurs font référence aux versions papier ou à leurs souvenirs du petit écran. Orelsan convoque aussi bien les Chevaliers du zodiaque, Ken le survivant ou Dragon Ball… toutes des séries passant dans sa jeunesse dans le Club Dorothée. Sincèrement j’imagine mal que cette génération, qui est aussi celle de l’explosion du manga fin 1990-début 2000, n’ai pas aussi en tête les bandes dessinées, au moins pour une partie des références. Je serai moins certain pour des références à Goldorak par exemple (comme cette fameuse chanson des Fatals Picards, qui n’est certes pas du rap).
En tous les cas, Nekfeu a fait la preuve de son intérêt pour les mangas, donc je pars un peu arbitrairement qu’il fait référence à quelque chose qui peut être un anime ou un manga, il l’a assez aimé pour être allé le lire, voire l’a découvert sous cette forme. Et débutons donc avec ce qui est un des premiers gros tubes solo de Nekfeu, jusqu’alors connu comme membre du collectif l’Entourage ou des groupes S-Crew et 1995 : On verra, dont le single extrait de Feu a été certifié disque de diamant à sa sortie en 2015.
La phrase qui nous intéresse est anecdotique, elle m’avait valu une discussion marrante. Dans une bibliothèque où je travaillais, j’avais eu l’occasion de parler de Nekfeu avec un usager trouvant ça bien écrit (on reviendra sur l’aspect « littéraire » de Nekfeu) mais reprochant toujours aux rappeurs de faire l’apologie des drogues. En l’occurrence, si On verra est assez banal dans sa thématique (Carpe diem, il faut vivre maintenant plutôt que se tuer au travail, il faut savoir profiter) c’est une chanson en réalité assez moraliste (voire conservatrice) sur la drogue et tout un tas d’autres plaisirs artificiel.
Tout en mettant joyeusement en scène de l’alcool dans son clip, son texte reproche dès le début aux jeunes de ne plus savoir s’amuser sans, regrette que la nourriture soit devenue « consommation rapide », que les jeunes parlent + via écrans qu’en vrai, il explique qu’il ne laissera pas conduire un ami qui a bu (et c’est très bien)… Et on arrive donc à la phrase interprétée comme une apologie de la drogue :
« Oui, je pense qu’à m’amuser mais, pour la coke, j’ai le nez de Krilin »
Sauf que Krilin, dans Dragon Ball, est un personnage certes humain mais qui n’a pas de nez. Cet attribut est même le ressort comique d’un épisode où il affronte un certain Bactérie, luttant avec son immonde odeur. Krilin suffoque, défaille, jusqu’à ce que, sur le décompte de l’élimination, Sangoku lui rappelle un détail (sens de lecture original) :
« Avoir le nez de Krilin » pour de la cocaïne, c’est littéralement ne jamais pouvoir en prendre. Une position assez constante puisqu’en 2011, dans un duo, il chantait déjà, avec une charge + politique : « Jamais pris de C, j’reste à l’abri des problèmes de bourges »
De l’importance de certaines références dans la réception des œuvres.
Une incompréhension d’autant plus amusante que Nekfeu est connu, et apprécié, voire célébrée, pour ses références littéraires. La page Wikipédia nous dit ainsi, en cohérence avec le discours médiatique :
L’album contient plusieurs références littéraires : trois titres explicitent cette idée, ils empruntent leur nom à des ouvrages (Martin Eden de Jack London, Le Horla de Guy de Maupassant, Risibles Amours de Milan Kundera) ; il fait également référence à Demande à la poussière de John Fante, Émile Zola ou encore Michel Houellebecq.
Nulle référence à Dragon Ball, pourtant un livre, mais on ne parle pas de bande dessinée ici, encore moins de mangas, mais de littérature, m’enfin !